Le syndrome du sac collecteur d’urine violet pour les infirmières.

Auteurs et références

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Purple urine
Urine bag
Urinary catheter
Urine violette
Poche à urine
Sonde urinaire

Le syndrome du sac collecteur d’urine violet est rare et bénin. Un métabolisme excessif du tryptophane par des bactéries intestinales produit sa couleur. Il signale une infection urinaire bactérienne. Une constipation est souvent associée. Sa prise en charge comprend : les antibiotiques (si justifiés), le traitement de la constipation et le replacement du système de sondage. Savoir reconnaître ce syndrome permet d’en assurer le traitement efficace et permet de rassurer les proches et les équipes.

Purple urine bag syndrome is rare and benign. Excessive metabolism of tryptophan by intestinal bacteria produces its color. It informs on a bacterial urinary tract infection. Constipation is often associated. Its management includes antibiotics (if required), treatment of constipation, and replacement of the probing system. Knowing how to recognize this syndrome allows it to be treated effectively and helps to reassure relatives and teams.

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Une femme de plus de 90 Ans est hospitalisée en unité gériatrique aiguë pour décompensation cardio-respiratoire. Suite aux traitements entrepris, une rétention d’urine survient dès les premières heures de l’hospitalisation. Une sonde vésicale à demeure a été posée. Trois semaines plus tard, une constipation gêne régulièrement la prise en charge de cette dame et ses urines présentent une coloration violette, nettement visible sur cette photographie. À titre de comparaison, le fauteuil et le mur en arrière-plan sont, eux aussi, violets.

La stratégie de prise en charge est simple (vu la bénignité de cette affection - détaillée ci-après) et se déroule en quatre étapes : éliminer l’urgence, prélever, assurer l’hygiène, rassurer.

Éliminer l’urgence (rare) : La présence d’un tableau clinique de choc ou d’occlusion intestinale doit être signalée sans délai aux médecins et une mise en sécurité débutée. Les constantes sont vérifiées avec une attention particulière sur la température et le retard de selles.

Prélever : Une analyse d’urine à la recherche d’un micro-organisme urinaire par le biais d’un ECBU sur sonde peut s’avérer nécessaire selon le contexte clinique. Elle est réalisée sur sonde et sur prescription médicale.

Assurer l’hygiène : Le changement du système de cathétérisme incluant son sac collecteur est souhaitable. Un traitement adapté de la constipation [1], selon son stade et ses complications, accompagne cette prise en charge. Il est lui aussi soumis à une prescription médicale (sauf protocole validé dans l’unité). Le niveau d’hydratation est évalué et stimulé (sauf avis médical contraire - hyponatrémie par exemple).

Rassurer : Il est important de sensibiliser les équipes et les proches à ce syndrome et de savoir l’expliquer pour rassurer, car il peut être la source d’inquiétudes et conduire à un parcours hospitalier inapproprié (passage aux urgences, transfert en unité de soins aigus, etc.).

Le médecin décidera ou non d’une antibiothérapie, au cas par cas, selon la clinique, les résultats de l’analyse et de de données l’antibiogramme. Les colonisations sur sonde sont fréquentes et n’appellent pas à une antibiothérapie systématique. Une simple surveillance paraît suffisante. En cas de réapparition (plus ou moins) rapide du problème, il semble excessif de recommencer l’ensemble de cette stratégie, il sera utile d’adapter l’approche à l’antériorité.

Le syndrome du sac collecteur d’urine violet (Purple Urine Bag Syndrom - PUBS) [2] est une affection rare décrite pour la première fois en 1978 [3]. Une récente revue systématique de la littérature [4] indique qu’il atteint plutôt la femme (pour 54 % des cas rapportés) âgée (75,6 ± 12,8 ans) en institution. Une constipation y est fréquemment associée. Il signale une infection des voies urinaires [5]. Sa survenue est liée à une diminution de la motilité intestinale générant une prolifération bactérienne. Cette prolifération favorise la métabolisation du tryptophane par les bactéries intestinales. Ce processus produit de l’indoxyl sulfate qui est excrété dans les urines puis est dégradé en indoxyl par les sulfatases et phosphatases des bactéries urinaires. Les micro-organismes les plus fréquemment associés à ce syndrome sont l’Escherichia coli (plus de 20 % des cas rapportés), la Proteus mirabilis, la Morganella morganii, la Klebsiella pneumoniae, la Providencia stuartii ou rettgeri et le Pseudomonas aeruginosa. Cet indoxyle se convertit en indigo (bleu) et indirubine (rouge) dans le sac collecteur de la sonde urinaire. Le mélange d’indigo et d’indirubine entraîne une décoloration caractéristique violacée de l’urine.

La majorité des personnes présentant un PUBS sont des femmes (58 %). L’institutionnalisation y est fréquemment associée ainsi que l’alitement, la constipation et les troubles cognitifs. Le cathétérisme urinaire par un système clos avec sac collecteur est le support de ce syndrome qui signe une infection urinaire au pH alcalin.

Ce syndrome est le plus souvent bénin et inoffensif. Toutefois, dans certains cas, l’évolution peut être péjorative. Une analyse des cas publiés entre 1980 et 2016 fait état d’un taux de mortalité global des PUBS de 6,8 %, avec une chute notable à 4,3 % au cours des 5 dernières années (2011-2016) [4]. La recherche de facteurs de risque de mortalité montre que le sexe féminin, la leucocytose, le choc à la présentation, la présence d’un diabète et enfin l’urémie sont associés au PUBS [6].

Dans la pratique clinique, le syndrome s’observe sous l’aspect de différents types d’infection urinaire. Il peut s’agir d’une infection urinaire asymptomatique, d’une simple bactériurie. Lorsqu’elle s’associe à une atteinte parenchymateuse (touchant le rien ou la prostate), cette infection peut se présenter sous la forme d’une pyélonéphrite, ou d’une prostatite chez les hommes. Dans ces cas, une hyperthermie accompagne la coloration violette des urines et un tableau clinique de choc septique (dont la chute de la tension artérielle, l’élévation de la fréquence cardiaque, l’apparition de marbrures au niveau des genoux et la diminution de la diurèse sont les principaux signes) peut y être associé. La recherche d’une constipation et de ses complications doit être systémique.

Le syndrome du sac collecteur d’urine violet est rare et bénin dans la grande majorité des cas. Il est secondaire à un métabolisme erratique du tryptophane par des bactéries intestinales et signale une infection urinaire bactérienne, ainsi qu’une constipation et justifie une prise en charge spécifique et simple. Les présentations initiales avec état de choc, ainsi que la coexistence d’un diabète, exposent les personnes sondées à des évolutions péjoratives. Sa mortalité est estimée à environ 4,3 % depuis les années 2010. Le traitement comporte l’instauration d’une antibiothérapie lorsqu’il est requis, une prescription adaptée à une éventuelle constipation et le replacement du système clos de cathétérisme urinaire. Les équipes de soins, particulièrement gériatriques [7], peuvent y être confrontées. Il est important qu’elles connaissent ce syndrome pour en assurer le traitement et pour apaiser les craintes des proches, souvent inquiétés par cette coloration inhabituelle des urines.

[1] Emmanuel A, Mattace-Raso F, Neri MC, Petersen K, Rey E, Rogers J. Constipation in older people: A consensus statement. Int J Clin Pract. 2017 Jan;71(1). doi: 10.1111/ijcp.12920. Epub 2016 Dec 9.
[2] Khan F, Chaudhry MA, Qureshi N, Cowley B. Purple urine bag syndrome: an alarming hue? A brief review of the literature. Int J Nephrol. 2011;2011:419213. doi: 10.4061/2011/419213. Epub 2011 Oct 1.
[3] Buist NR. Purple urine bags. Lancet. 1978 Apr 22;1(8069):883-4. doi: 10.1016/s0140-6736(78)90239-8.
[4] Yang H, Su Y. Trends in the epidemiology of purple urine bag syndrome: A systematic review. Biomed Rep. 2018 Mar;8(3):249-256. doi: 10.3892/br.2018.1046. Epub 2018 Jan 23.
[5] Su Y. A warning sign of infection. J Emerg Med. 2012 Feb;42(2):183-4. doi: 10.1016/j.jemermed.2010.05.083. Epub 2010 Oct 2.
[6] Su Y, Yang H. Risk factors of mortality in patients with purple urine bag syndrome. J Drug Assess. 2019 Feb 6;8(1):21-24. doi: 10.1080/21556660.2019.1579727. eCollection 2019.
[7] Lin C, Huang H, Chien C, Tzeng D, Lung F. Purple urine bag syndrome in nursing homes: ten elderly case reports and a literature review. Clin Interv Aging. 2008;3(4):729-34. doi: 10.2147/cia.s3534.

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