10 signes d'Alzheimeroublis normaux ou signal d'alerte ? #

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Francine a hésité trois mois avant d'appeler sa sœur.

Trois mois à observer son père. À noter dans sa tête les petits détails qui s'accumulent. La question posée trois fois dans la même heure. Le prénom du voisin, celui qu'il connaît depuis quarante ans, qui ne lui revient plus. La casserole oubliée sur le feu. Le rendez-vous chez le dentiste manqué deux fois de suite, alors que papa était jusque-là d'une ponctualité sans faille.

Ce soir-là, Francine a fini par décrocher le téléphone. Sa sœur a écouté. Et puis elle a dit la phrase que des millions de familles prononcent chaque année :

« C'est normal, Francine. Il vieillit. »

 
 

Vous avez peut-être retrouvé une facture oubliée sous une pile de journaux, ou entendu la même question pour la troisième fois du repas. Vous en avez parlé autour de vous, et la réponse est tombée : « c'est l'âge. » Depuis, vous hésitez entre la peur de dramatiser et la peur de ce qu'un médecin pourrait trouver. Ces deux peurs se tiennent, et elles disent l'attention que vous portez à votre parent. Les dix repères qui suivent vous aideront à trier ce que vous observez : ce qui relève de l'âge, et ce qui mérite un rendez-vous.

 

10 signes d'Alzheimer : oublis normaux ou signal d'alerte ? - maeker.fr

 

« C'est l'âge » : la phrase la plus dangereuse #

Francine aurait pu écouter sa sœur, se rassurer et attendre, comme la plupart des familles, par amour et par peur. Voir son parent changer est douloureux. Croire que c'est l'âge rassure. Le moment de consulter s'éloigne.

Le problème, c'est que la frontière entre vieillissement normal et maladie d'Alzheimer est parfois floue. Certains oublis sont banals. D'autres sont des signaux d'alerte. Les dix signes qui suivent aident à faire cette distinction. Le diagnostic reste l'affaire du médecin. Ces signes vous donnent les repères pour savoir quand il est temps de consulter.

Et consulter tôt ouvre deux portes. D'abord parce que certaines causes sont réversibles : une dépression, un médicament, une carence en vitamines peuvent mimer une maladie d'Alzheimer. Ensuite parce qu'un diagnostic précoce donne du temps. Du temps pour organiser l'avenir, mettre en place les aides, profiter des bons moments, et préparer sereinement ce qui peut être anticipé.

10 signes de la maladie d'Alzheimer

 

Votre parent oublie des événements entiers : est-ce normal ? #

C'est le premier signe que Francine a repéré. Son père lui avait raconté le déjeuner de dimanche chez son frère, un déjeuner qui n'avait pas eu lieu. Un souvenir inventé de toutes pièces, raconté avec conviction. Et le lendemain, quand Francine lui a demandé ce qu'il avait fait la veille, la question est restée sans réponse.

La différence est là. Le vieillissement normal fait oublier un nom, un rendez-vous, un numéro de téléphone. Et le souvenir revient, spontanément ou avec un indice. La maladie d'Alzheimer empêche de fixer de nouveaux souvenirs : la personne ignore qu'elle a oublié, et le souvenir reste perdu, même avec des indices. Et souvent, elle pose la même question trois fois, cinq fois, dix fois dans la journée, sans se souvenir de l'avoir posée.

⚠️ Alzheimer : oublier des événements complets sans s'en souvenir ensuite, même avec des indices. Poser sans cesse les mêmes questions. Oublier une phrase prononcée 5 minutes plus tôt.

✅ Vieillissement normal : oublier parfois un nom ou un rendez-vous, et s'en souvenir plus tard spontanément.

Il n'arrive plus à gérer ses comptes ou suivre une recette ? #

Francine s'en est aperçue en triant le courrier de son père. Trois factures impayées. Pas une, trois. Son père, ancien comptable, d'une rigueur sans faille depuis soixante ans. Elle a ouvert le chéquier : des erreurs de calcul, des chèques libellés deux fois au même destinataire, un chèque signé… sans montant…

Dans le vieillissement normal, une erreur de temps en temps arrive : un oubli de paiement, une erreur de virgule. La personne s'en rend compte et corrige. Dans la maladie d'Alzheimer, c'est la capacité même à planifier qui s'épuise. La personne n'arrive plus à suivre une recette qu'elle faisait les yeux fermés depuis trente ans. Elle met deux heures pour ce qui en prenait vingt minutes. Ses erreurs lui échappent, ou elle reste démunie pour les corriger.

⚠️ Alzheimer : ne plus pouvoir gérer ses comptes (erreurs répétées, factures impayées). Ne plus suivre une recette familière. Mettre beaucoup plus de temps pour les tâches habituelles.

✅ Vieillissement normal : faire une erreur occasionnelle lors de la gestion d'un chéquier, et se corriger seul.

Elle ne sait plus utiliser la télécommande ou se perd en voiture ? #

Le père de Francine conduisait depuis l'âge de 18 ans. Un jour, il l'a appelée depuis un parking de supermarché, celui où il allait chaque semaine depuis quinze ans. Il cherchait comment rentrer chez lui. La route était la même que la semaine précédente. Le chemin, lui, s'était effacé.

Peiner devant une box internet ou un nouveau téléphone arrive à tout le monde. L'alerte vient des objets que la personne maîtrisait parfaitement et qui lui résistent soudain : la cafetière, la télécommande, la machine à laver. Quand des gestes automatiques depuis des décennies deviennent impossibles.

⚠️ Alzheimer : se perdre sur un trajet familier. Ne plus savoir utiliser des objets du quotidien (cafetière, télécommande). Oublier les règles d'un jeu pratiqué depuis des années.

✅ Vieillissement normal : avoir besoin d'aide pour utiliser les paramètres d'une box internet ou d'un nouvel appareil.

Il ne sait plus quel jour nous sommes, ni où il se trouve ? #

Un matin de juillet, le père de Francine s'est habillé avec un pull en laine et un manteau. Il faisait 28 degrés. Quand Francine lui a demandé pourquoi, il a répondu : « On est en novembre, non ? » Il était sérieux. La saison lui échappait.

Le vieillissement normal peut faire confondre le jour de la semaine (mardi ou mercredi ?). La personne se corrige d'elle-même, souvent dans la journée. Alzheimer fait perdre la notion du temps qui passe : les dates, les saisons, parfois le moment de la journée. Seul l'instant présent reste lisible pour elle. Et elle peut se retrouver quelque part sans savoir comment elle y est arrivée ni comment repartir.

⚠️ Alzheimer : perdre la notion des dates, des saisons, du passage du temps. Peiner à comprendre ce qui dépasse l'instant présent.

✅ Vieillissement normal : confondre le jour de la semaine, et se corriger plus tard dans la journée.

Il renverse des objets ou juge mal les distances ? #

Ce signe-là, c'est la voisine qui l'a signalé à Francine. Son père avait rayé la voiture en se garant, pour la troisième fois en deux mois. Et à la maison, les verres renversés à table devenaient quotidiens. Cette maladresse apparente porte un nom : le trouble visuoperceptif. Les yeux voient correctement, et le cerveau interprète mal les images : les reliefs, les contrastes, la profondeur.

Ce signe est souvent confondu avec un problème de vue. Et parfois, c'est effectivement la vue : une cataracte, un glaucome (une maladie du nerf de l'œil), un problème de correction. Quand l'ophtalmologue dit pourtant que les yeux vont bien et que les difficultés persistent, c'est le traitement cérébral de l'information visuelle qui est en cause. Certaines formes de la maladie d'Alzheimer atteignent d'abord ces zones du cerveau, bien avant de toucher la mémoire.

⚠️ Alzheimer : avoir du mal à juger les distances (renverser des verres, accrocher la voiture). Difficultés à reconnaître des visages ou à interpréter des images. Problèmes d'équilibre liés à la perception spatiale.

✅ Vieillissement normal : changements de vision liés à la cataracte ou d'autres problèmes ophtalmologiques.

Elle cherche ses mots ou s'arrête en pleine phrase ? #

Francine l'a remarqué un dimanche, pendant un repas de famille. Son père racontait une histoire, de celles qu'il avait racontées cent fois. Et au milieu de la phrase, il s'est arrêté. Le silence a duré quelques secondes. Puis il a dit : « Je ne sais plus ce que je disais. » La conversation a repris. Tout le monde a fait comme si de rien n'était. Francine, elle, a vu que son père avait les yeux perdus.

Chercher un mot (le nom de l'acteur principal de The Father, par exemple), c'est banal. Ça arrive à tout le monde, à tout âge. Le mot est sur le bout de la langue et finit par revenir. Dans la maladie d'Alzheimer, c'est différent. La personne s'arrête au milieu d'une conversation sans savoir comment continuer. Elle se répète sans s'en rendre compte. Elle remplace des mots par d'autres (“la chose pour manger” au lieu de « fourchette »). Et les mots restent perdus.

⚠️ Alzheimer : s'arrêter en pleine conversation sans pouvoir continuer. Appeler les objets par des noms étranges (“la chose pour manger” au lieu de « fourchette »).

✅ Vieillissement normal : avoir parfois du mal à trouver le bon mot, et finir par le retrouver.

Il met ses clés au frigo et accuse les autres de vol ? #

Les clés dans le réfrigérateur, les lunettes dans la poubelle, le portefeuille dans le four : au début, la famille en rit. Puis l'inquiétude s'installe, surtout quand les accusations commencent. Le père de Francine a accusé sa femme de ménage de voler son argent. Puis sa fille. Puis le facteur. Les accusations devenaient plus fréquentes et plus agressives.

Tout le monde égare ses clés de temps en temps : en retraçant ses pas (« j'étais dans la cuisine, puis dans le salon… »), les objets finissent par réapparaître. Avec la maladie d'Alzheimer, le chemin du retour s'efface : la personne a perdu la trace de son propre geste. Sa confusion lui échappe, alors elle cherche une explication : souvent, le vol.

⚠️ Alzheimer : perdre des choses et ne pas pouvoir retracer ses pas. Mettre des objets dans des endroits inhabituels (clés dans le frigo). Accuser les autres de vol à répétition.

✅ Vieillissement normal : égarer des choses de temps en temps et retracer ses pas pour les retrouver.

Il donne de l'argent à des inconnus ou néglige son hygiène ? #

Francine a découvert que son père avait donné 2 000 euros par téléphone à un « organisme de bienfaisance » parfaitement inconnu de la famille. Quand elle lui en a parlé, il s'est mis en colère : « C'est mon argent, je fais ce que je veux. » L'alerte, pour Francine, tenait à sa réaction : son père, un homme prudent qui pesait chaque achat, trouvait ce don parfaitement ordinaire.

L'altération du jugement se manifeste aussi dans des domaines plus intimes. La personne néglige son hygiène, elle qui tenait à soigner son apparence. Elle porte des vêtements inadaptés : un manteau en plein été, un pyjama pour sortir. Elle prend des décisions financières aberrantes, tombe dans des arnaques téléphoniques ou par courrier, sans s'en rendre compte.

⚠️ Alzheimer : donner de l'argent à des inconnus, tomber dans des arnaques. Porter des vêtements inadaptés (manteau en été). Négliger son hygiène personnelle.

✅ Vieillissement normal : faire une mauvaise décision de temps en temps, et s'en rendre compte.

Elle s'isole et ne veut plus voir personne ? #

Le père de Francine adorait son club de pétanque. Tous les mardis et jeudis, depuis la retraite. Un rituel sacré. Puis il a commencé à trouver des excuses. « Je suis fatigué. » « Il fait trop chaud. » « J'irai la semaine prochaine. » Le club a continué ses parties sans lui. Le foot à la télé, qu'il suivait match par match depuis quarante ans, il l'a arrêté aussi. Quand les amis appelaient, il laissait sonner.

Dans la maladie d'Alzheimer, le retrait social est une conséquence, rarement un choix. La personne peine à suivre une conversation ou les règles d'un jeu. Elle sent que sa mémoire la trahit et préfère éviter les situations où cela se voit. Vu de l'extérieur, cela ressemble à de la paresse ou à une déprime passagère. Vu de l'intérieur, la personne perçoit ses propres difficultés, même si elle les tait.

⚠️ Alzheimer : se retirer de ses loisirs et activités sociales. Avoir du mal à suivre une conversation ou une équipe sportive. Éviter les interactions sociales à cause des changements ressentis.

✅ Vieillissement normal : se sentir parfois fatigué des obligations sociales, et y retourner quand même.

Il est devenu agressif ou anxieux sans raison apparente ? #

C'est le signe qui a le plus bouleversé Francine. Son père, doux, posé, d'un calme tranquille, a hurlé sur un serveur au restaurant parce que son plat avait mis dix minutes. Un comportement impensable pour lui. À la maison, il devenait irritable dès que sa routine changeait. Le moindre imprévu le mettait dans un état d'anxiété disproportionné. Et certains soirs, il refusait de rester seul, lui qui tenait tant à sa tranquillité.

Les changements de comportement et de personnalité sont souvent les plus déstabilisants pour les familles, parce qu'ils touchent à l'identité même de la personne. Les proches cherchent « papa » derrière ces réactions. Le vieillissement normal peut rendre plus routinier, plus attaché à ses habitudes. La personnalité fondamentale, elle, reste. Quand la personne devient confuse, soupçonneuse, déprimée, peureuse ou agressive de manière inhabituelle, c'est un signal d'alerte. Il oriente parfois vers une autre maladie neurocognitive qu'Alzheimer, c'est-à-dire une autre maladie du cerveau qui touche la pensée et le comportement.

⚠️ Alzheimer : devenir confus, soupçonneux, déprimé, peureux ou anxieux. Se mettre en colère facilement, surtout hors de sa zone de confort. Comportements inhabituels pour la personne.

✅ Vieillissement normal : développer des façons très spécifiques de faire les choses et devenir irritable quand les routines sont perturbées.
 

Récapitulatif : comment distinguer Alzheimer du vieillissement normal #

Ce tableau résume les dix différences. Imprimez-le si besoin : il peut vous aider à observer et à noter ce que vous voyez chez votre proche.

Signes de la maladie d'Alzheimer Changements typiques liés à l'âge
Oublier des événements entiers sans s'en souvenir, même avec des indices Oublier des noms et s'en souvenir plus tard
Ne plus pouvoir gérer ses comptes (erreurs répétées, arnaques) Oublier un paiement mensuel puis se corriger
Se perdre sur un trajet familier, ne plus utiliser des objets courants Avoir besoin d'aide pour un nouvel appareil
Perdre la notion de la date, de la saison, du lieu Confondre le jour de la semaine puis se corriger
Juger mal les distances, renverser des objets régulièrement Changements de vision liés à l'âge (cataracte)
S'arrêter en pleine conversation sans pouvoir continuer Chercher un mot et finir par le retrouver
Égarer des objets dans des endroits absurdes, accuser de vol Perdre ses clés et retracer ses pas
Donner de l'argent à des inconnus, négliger son hygiène Prendre une mauvaise décision occasionnellement
Se retirer de toutes les activités sociales et loisirs Se sentir fatigué et reprendre ses activités
Changement de personnalité : agressivité, anxiété, méfiance Devenir routinier et irritable quand ses habitudes changent
 

Et si la cause était ailleurs qu'Alzheimer ? #

Francine gardait cette question pour elle. Et pourtant, elle compte peut-être plus que toutes les autres.

Environ 1 fois sur 10, les troubles cognitifs d'une personne âgée ont une cause potentiellement réversible. Cette cause-là, le médecin peut la traiter. La guérison complète reste rare. Traiter cette cause garde tout son sens : les symptômes s'allègent parfois, et la personne va mieux.

La dépression est la première d'entre elles. Chez les personnes âgées, elle prend un visage inhabituel : souvent sans tristesse apparente. C'est plutôt un retrait, une apathie (la perte d'élan et d'envie), des troubles de la mémoire et de la concentration qui miment parfaitement un début d'Alzheimer. Les médicaments ensuite (somnifères, calmants de l'anxiété, certains antiallergiques, antidouleurs) peuvent provoquer des troubles cognitifs parfois sévères. Les carences en vitamine B12 ou en acide folique (vitamine B9) et un dysfonctionnement de la thyroïde sont d'autres causes fréquentes et traitables. S'y ajoute la simple déshydratation, particulièrement en été.

Le bilan médical complet commence donc par là. Le gériatre cherche d'abord à éliminer toutes les causes réversibles. La question d'Alzheimer vient ensuite, et un score au test de mémoire se lit à la lumière de ce bilan. Et parfois, le traitement d'une dépression ou l'arrêt d'un somnifère suffit à transformer la situation.

 

Questions fréquentes #

Combien de signes d'Alzheimer justifient une consultation chez un gériatre ?

Un seul signe suffit pour justifier une consultation, sans attendre d'en cumuler plusieurs. Plus le diagnostic est précoce, meilleures sont les options de traitement et d'accompagnement. La détection précoce aide aussi à planifier l'avenir sereinement et à accéder rapidement aux aides disponibles.

Mon parent oublie des noms et s'en souvient plus tard, est-ce Alzheimer ?

Ce profil évoque plutôt un changement normal lié à l'âge. La maladie d'Alzheimer se manifeste par des oublis d'événements entiers qui ne reviennent pas en mémoire, même avec des indices. Si le souvenir revient spontanément ou avec aide, c'est rassurant. En cas de doute, un avis gériatrique reste le moyen le plus simple de vous rassurer.

À quel âge ces signes peuvent-ils apparaître ?

La maladie d'Alzheimer touche majoritairement les personnes de plus de 65 ans. Les formes dites précoces commencent avant 65 ans, le plus souvent entre 50 et 65 ans, et restent minoritaires (environ 5 % des cas). Avant 50 ans, ces signes sont rares et appellent une évaluation spécialisée rapide.

Que se passe-t-il lors d'une consultation mémoire ?

Le gériatre s'entretient longuement avec la personne et sa famille. Il propose ensuite des tests de mémoire courts, faits de questions et de petits exercices (MMS, MoCA, test de l'horloge). Un examen clinique complet et une prise de sang (carences, thyroïde, glycémie) complètent ce premier temps. Il demande aussi une imagerie du cerveau, IRM ou scanner. Le diagnostic peut prendre plusieurs consultations sur 4 à 6 mois, et la plupart de ces examens sont indolores. Dans certains cas, une ponction lombaire (un prélèvement de liquide dans le bas du dos) est réalisée lors d'une courte hospitalisation, sous anesthésie locale. Nos guides sur les tests de mémoire détaillent chaque étape.

Mon proche refuse de consulter, que faire ?

Une approche en douceur aide souvent : vous pouvez parler de « bilan de santé général » plutôt que d'Alzheimer, et proposer d'accompagner votre proche chez le médecin traitant, qui orientera. Une phrase comme « c'est juste pour vérifier, ça me rassurerait » ouvre parfois la porte. Si le refus persiste et que les signes vous inquiètent, vous pouvez contacter directement le médecin traitant pour signaler la situation.

 

À retenir : la vigilance bienveillante #

Francine a fait confiance à ses yeux plutôt qu'aux mots de sa sœur.

Elle a pris rendez-vous avec un gériatre. Elle a noté tout ce qu'elle avait observé : les factures impayées, les clés dans le frigo, le chemin du supermarché oublié, le club de pétanque abandonné. Le gériatre a fait passer un test de mémoire, un examen complet, prescrit un bilan sanguin et une IRM.

Après 4 mois, il a fait repasser des tests un peu plus précis. Le bilan a révélé plusieurs choses. Une carence en vitamine B12. Une thyroïde un peu fatiguée (hypothyroïdie), passée inaperçue jusque-là. Et un début de maladie d'Alzheimer au stade précoce.

Deux de ces trois problèmes étaient traitables. Après correction de la carence et de la thyroïde, certains symptômes se sont améliorés. Quant à la maladie d'Alzheimer débutante, le diagnostic précoce a ouvert du temps. La famille a mis en place un accompagnement adapté et organisé l'avenir avec le père, en lui laissant sa voix. Ce temps, ils l'ont pris ensemble.

Si vous hésitez encore ce soir, un carnet peut servir de premier pas, comme pour Francine : la date, ce que vous avez vu, ce qui vous a inquiété. Le questionnaire de mémoire QAM, que votre parent peut remplir lui-même, complète ces notes. Avec ce carnet en main, un appel au médecin traitant ou à une consultation mémoire ouvre la porte du bilan. Un seul signe justifie ce rendez-vous.

 

Nos autres guides sur la maladie d'Alzheimer #

 

Références et sources #

Sources scientifiques :

  • Alzheimer's Association : 10 Early Signs and Symptoms of Alzheimer's (alz.org)
  • HAS - Maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : diagnostic et prise en charge (2011)

Ressources complémentaires :

Pour aller plus loin :

  • Dubois B, Villain N, Frisoni GB, Rabinovici GD, Sabbagh M, Cappa S, Bejanin A, Bombois S, Epelbaum S, Teichmann M, Habert M, Nordberg A, Blennow K, Galasko D, Stern Y, Rowe CC, Salloway S, Schneider LS, Cummings JL, Feldman HH. Clinical diagnosis of Alzheimer's disease: recommendations of the International Working Group.Lancet Neurol. 2021 Jun;20(6):484-496. doi: 10.1016/S1474-4422(21)00066-1. Epub 2021 Apr 29.
    [PMID: 33933186] [PMCID: 8339877] [DOI: 10.1016/S1474-4422(21)00066-1] [ScienceDirect]
  • Livingston G, Huntley J, Liu KY, Costafreda SG, Selbæk G, Alladi S, Ames D, Banerjee S, Burns A, Brayne C, Fox NC, Ferri CP, Gitlin LN, Howard R, Kales HC, Kivimäki M, Larson EB, Nakasujja N, Rockwood K, Samus Q, Shirai K, Singh-Manoux A, Schneider LS, Walsh S, Yao Y, Sommerlad A, Mukadam N. Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission.Lancet. 2024 Aug 10;404(10452):572-628. doi: 10.1016/S0140-6736(24)01296-0. Epub 2024 Jul 31.
    [PMID: 39096926] [DOI: 10.1016/S0140-6736(24)01296-0] [ScienceDirect]
  • Clarfield AM. The decreasing prevalence of reversible dementias: an updated meta-analysis.Arch Intern Med. 2003 Oct 13;163(18):2219-29. doi: 10.1001/archinte.163.18.2219.
    [PMID: 14557220] [DOI: 10.1001/archinte.163.18.2219] [ScienceDirect]
 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre de comités pédagogiques de diplômes universitaires à Sorbonne Université. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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