Prévention Alzheimer 20242 nouveaux facteurs et 45% des cas évitables #
Par Dr Éric Maeker, Bérengère Maeker-Poquet • Mis à jour le
23/9
À 58 ans, Martine voyait flou depuis deux ans. « Juste l'âge », pensait-elle. Elle avait arrêté la chorale, renoncé aux sorties du soir, espacé les visites à ses petits-enfants. Le monde rétrécissait, sans bruit.
Le jour où sa fille l'a poussée chez l'ophtalmologue, le diagnostic est tombé : une cataracte aux deux yeux, et un cholestérol jamais contrôlé. Deux choses banales. Deux choses qui, on le sait depuis 2024, pèsent aussi sur la mémoire.
Vous, ou un proche, repoussez peut-être un contrôle de la vue ou une prise de sang « pour plus tard ». Voici pourquoi ces deux gestes simples comptent désormais parmi les leviers de prévention d'Alzheimer.
✅ 2 nouveaux facteurs identifiés en 2024 : perte vision non traitée + cholestérol LDL élevé
✅ Perte vision : réduction engagement social, activité physique, modifications cérébrales par privation sensorielle
✅ Cholestérol LDL : réduit flux sanguin cérébral, favorise plaques amyloïdes, endommage neurones
✅ Actions préventives efficaces à tout âge : correction vision (lunettes, cataracte), contrôle cholestérol
Entendre « facteur de risque d'Alzheimer », c'est souvent ressentir un mélange d'inquiétude et d'impuissance, comme si la maladie était une fatalité écrite d'avance. Cette appréhension est légitime : Alzheimer touche un proche dans presque chaque famille. La nouvelle encourageante, c'est qu'une grande part de ce risque se travaille, à tout âge. Ce guide vous montre où agir concrètement, sans culpabilité ni promesse excessive.

Quoi de neuf en 2024 sur la prévention d'Alzheimer ? #
Le rapport 2024 de la Commission Lancet sur les maladies de la mémoire apporte de nouvelles preuves concernant la prévention, l'intervention et les soins de la démence. Alors que l'espérance de vie augmente, le nombre de personnes vivant avec une maladie de la mémoire continue de croître, même si l'incidence liée à l'âge diminue dans les pays à revenu élevé. Cela souligne l'importance d'identifier et de mettre en œuvre des approches de prévention efficaces.
Un premier article qui détaille les 12 facteurs de risque validés en 2020 est à votre disposition sur le site :
- grand public/alzheimer/12 facteurs de risque alzheimer
Le présent article se concentre sur les mises à jour des facteurs de risques de maladies de la mémoire validés dans l'article majeur du Lancet cité en référence.
Un potentiel de prévention encore plus important qu'estimé #
Selon les estimations de la Commission, environ 45% des cas de ces maladies de la mémoire seraient potentiellement évitables en agissant sur ces 14 facteurs de risque modifiables à différents stades de la vie. Cette proportion importante souligne le potentiel considérable de la prévention pour réduire le fardeau de ces maladies à l'échelle mondiale.
Les 2 nouveaux facteurs de risque identifiés en 2024 #
La Commission ajoute deux nouveaux facteurs de risque modifiables pour les maladies de la mémoire :
- La perte de vision non traitée
- Un taux élevé de cholestérol LDL
Ces facteurs s'ajoutent aux 12 déjà identifiés précédemment :
- Faible niveau d'éducation
- Hypertension
- Tabagisme
- Obésité
- Dépression
- Inactivité physique
- Diabète
- Isolement social
- Consommation excessive d'alcool
- Traumatismes crâniens
- Pollution atmosphérique
- Perte auditive
1. La perte de vision non traitée #
La perte de vision non traitée apparaît comme un facteur de risque important pour le déclin cognitif et les maladies de la mémoire. Plusieurs mécanismes potentiels expliquent ce lien :
- Réduction de l'engagement social et des activités stimulantes sur le plan cognitif
- Diminution de l'activité physique par crainte des chutes
- Modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau liées à la privation sensorielle
Des études ont montré qu'une correction adéquate des troubles visuels (par exemple, par le port de lunettes adaptées ou une chirurgie de la cataracte) peut améliorer la fonction cognitive et réduire le risque de développer une maladie de la mémoire.
2. Un taux élevé de cholestérol LDL #
Le cholestérol LDL élevé, souvent appelé « mauvais cholestérol », est désormais reconnu comme un facteur de risque indépendant pour les maladies de la mémoire. Imaginez les artères du cerveau comme de petits tuyaux : trop de LDL les encrasse peu à peu, et le sang circule moins bien. Son impact passe par plusieurs voies :
- Contribution au développement de plaques athérosclérotiques, réduisant le flux sanguin cérébral
- Implication dans la formation de plaques amyloïdes, caractéristiques de la maladie d'Alzheimer
- Effets néfastes directs sur la santé des neurones et des cellules gliales
Des études longitudinales ont établi une association entre des taux élevés de cholestérol LDL en milieu de vie et un risque accru de maladies de la mémoire plus tard. La gestion précoce du cholestérol, par des changements de mode de vie ou des traitements médicamenteux si nécessaire, pourrait donc jouer un rôle primordial dans la prévention.
Pourquoi ces nouveaux facteurs sont-ils si importants ? #
L'identification de ces deux nouveaux facteurs de risque modifiables est particulièrement importante car :
- Ils sont relativement faciles à dépister et à traiter
- Leur prise en charge peut avoir des bénéfices multiples sur la santé globale
- Ils offrent de nouvelles opportunités d'intervention précoce pour réduire le risque de maladies de la mémoire
L'intégration de ces facteurs dans les stratégies de prévention pourrait contribuer de manière significative à réduire le fardeau global des maladies de la mémoire dans les années à venir.
Quelles interventions sont prometteuses en 2024 ? #
Le rapport met en avant plusieurs interventions prometteuses pour prévenir ou retarder l'apparition des maladies de la mémoire :
- La correction des troubles auditifs et visuels
- Le contrôle des facteurs de risque vasculaires (hypertension, diabète, cholestérol)
- La promotion de l'activité physique et des interactions sociales
- La réduction de la pollution atmosphérique
- La prévention des traumatismes crâniens
Avancées dans le diagnostic précoce #
La Commission souligne également les progrès réalisés dans le domaine des biomarqueurs pour la détection précoce de la maladie d'Alzheimer :
- Les biomarqueurs sanguins : de simples prises de sang qui détectent des protéines anormales (tau phosphorylée, bêta-amyloïde) bien avant les premiers troubles de mémoire
- L'imagerie cérébrale (TEP amyloïde et tau)
Ces avancées ouvrent la voie à un diagnostic plus précis et plus précoce qui permettrait une prise en charge plus rapide, plus précoce et plus efficace.
Traitements modificateurs de la maladie #
Le rapport fait état des progrès récents au sujet des traitements modificateurs de la maladie d'Alzheimer, en particulier les anticorps monoclonaux. Ce sont des traitements qui ciblent la protéine bêta-amyloïde. Bien que ces traitements montrent des résultats prometteurs, leur efficacité clinique et leur rapport bénéfice-risque restent à confirmer sur le long terme.
Ma vue me semble bonne : un contrôle reste-t-il utile ?
Oui, après 50 ans, un contrôle ophtalmologique tous les 2 ans est recommandé même sans symptômes. Certains troubles (glaucome, DMLA précoce, cataracte débutante) passent inaperçus tout en impactant déjà le cerveau. La correction précoce protège vos fonctions cognitives.
Mon cholestérol LDL est à 1,6 g/L : un risque pour ma mémoire ?
Un taux >1,6 g/L (4,1 mmol/L) en milieu de vie (40-60 ans) augmente le risque d'Alzheimer ultérieur. Consultez votre médecin pour évaluer votre risque cardiovasculaire global. Souvent, modifications alimentaires et activité physique suffisent. Si antécédents familiaux, traitement médicamenteux peut être nécessaire.
Combien de facteurs de risque puis-je modifier en même temps ?
Commencez par 1-2 facteurs les plus accessibles pour vous. Exemple : corriger vue (ophtalmo) + augmenter activité physique (marche 30 min/jour). Puis ajoutez progressivement : contrôle tension, réduction alcool, appareils auditifs. Chaque facteur corrigé réduit votre risque, même sans tout changer d'un coup.
Ces nouveaux facteurs remplacent-ils les anciens ou s'y ajoutent-ils ?
Ils s'y ajoutent. La liste passe de 12 à 14 facteurs modifiables. Les 12 précédents restent valides et importants. La perte de vision et le cholestérol LDL viennent compléter notre arsenal préventif. Plus vous agissez sur de facteurs, plus l'effet protecteur grandit.
À quel âge le cholestérol LDL est-il le plus dangereux pour le cerveau ?
Le cholestérol élevé entre 40-60 ans (milieu de vie) est le plus délétère. C'est à cette période que son contrôle compte le plus. Après 75 ans, le lien cholestérol-Alzheimer devient moins clair. D'où l'intérêt d'un dépistage et d'un traitement précoces, dès la quarantaine.
À retenir : un espoir croissant dans la prévention #
Le rapport 2024 de la Commission Lancet sur les maladies de la mémoire apporte un nouvel espoir dans la lutte contre ces maladies. Il souligne l'importance de la prévention et l'identification précoce (c'est-à-dire le plus tôt possible) de facteurs de risque modifiables. Les avancées dans le diagnostic précoce et les traitements potentiels ouvrent de nouvelles perspectives, même si de nombreux défis persistent.
La mise en œuvre de stratégies de prévention efficaces, l'amélioration de l'accès aux soins et le soutien aux personnes atteintes de ces maladies et à leurs aidants restent des priorités essentielles pour faire face au défi mondial qu'elles représentent.
Un geste pour commencer, dès cette semaine : prenez rendez-vous pour un contrôle de la vue ou un bilan de cholestérol. Comme Martine, vous y verrez peut-être plus clair, dans tous les sens du terme.
Références #
- . Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission.Lancet. 2024 Aug 10;404(10452):572-628. doi: 10.1016/S0140-6736(24)01296-0. Epub 2024 Jul 31.
[PMID: 39096926] [DOI: 10.1016/S0140-6736(24)01296-0] [ScienceDirect]

