Popcorn Maeker's Project

Les incontournables sur la maladie d'Alzheimer

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Films sur Alzheimerles meilleurs pour comprendre la maladie (sélection d'un gériatre) #

Par Mis à jour le

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265/11

Le projet “Pop-corn Maeker’s Project” propose des projections ou des listes de films en lien avec des problématiques médicales, suivies d’un débat et complétées par des articles de fond. L’objectif est de sensibiliser les lecteurs et les cinéphiles à la façon dont les maladies sont vécues par les personnes atteintes de celles-ci.

Le projet se compose de fiches synthétiques pour aider les spectateurs à mieux sélectionner les films. La série d’articles sur l’empathie dans les soins est alimentée par ces films et les émotions qu’ils véhiculent. Nous espérons pouvoir poursuivre la discussion avec vous sur twitter au sujet de ces films et de ces maladies. Suivez-nous sur twitter avec le hashtag #PopCornMaekerSProject.

La rubrique est disponible dans la barre de navigation en haut du site en cliquant sur l’icône .

Quand le cinéma aide à comprendre l'incompréhensible #

"Elle ne me reconnaît plus mais son cœur sait qu'elle m'aime." #

Cette phrase, des milliers d'aidants la prononcent chaque année. Face à la maladie d'Alzheimer, on se sent souvent démuni, perdu, incapable de comprendre ce qui se passe dans la tête de la personne qu'on aime. Les explications médicales, aussi précises soient-elles, ne suffisent pas toujours à saisir ce que vit réellement un proche atteint de cette maladie.

C'est là que le cinéma devient un allié précieux. #

Contrairement aux articles médicaux ou aux manuels pour aidants, les films nous permettent de ressentir de l'intérieur ce que vivent les malades et leurs proches. Ils nous font vivre l'angoisse de ne plus reconnaître son propre appartement, la frustration de chercher ses mots, la confusion entre passé et présent. Ils montrent aussi l'épuisement des aidants, leur culpabilité, leur amour intact malgré tout.

Pourquoi ces films peuvent vous aider #

Pour les familles qui découvrent le diagnostic
Quand on vous annonce qu'un proche a la maladie d'Alzheimer, on se sent souvent dans le brouillard. Ces films peuvent vous aider à anticiper ce qui vous attend sans vous noyer dans le jargon médical. Vous verrez concrètement comment la maladie évolue, comment d'autres familles s'organisent, quelles difficultés attendre et comment y faire face.

Pour mieux comprendre ce que vit la personne malade
Le plus dur dans cette maladie, c'est souvent de ne pas comprendre pourquoi papa refuse de se laver, pourquoi maman accuse tout le monde de la voler, pourquoi grand-père devient agressif. Des films comme “The Father” vous feront vivre la désorientation du malade : vous comprendrez enfin pourquoi il ne vous reconnaît plus, pourquoi il répète cent fois la même question, pourquoi il vit dans une réalité parallèle.

Pour briser la solitude de l'aidant
Accompagner un proche atteint d'Alzheimer est l'une des épreuves les plus difficiles qui soient. Ces films vous montreront que vous n'êtes pas seul. D'autres familles vivent exactement les mêmes situations que vous : l'épuisement, la culpabilité de penser au placement en EHPAD, la colère parfois, et cet amour qui reste malgré tout. Se reconnaître dans ces histoires peut être incroyablement réconfortant.

Pour ouvrir le dialogue en famille
Comment parler d'Alzheimer avec ses enfants, ses frères et sœurs, son conjoint ? Regarder un film ensemble crée un espace de parole naturel. Après le film, les émotions sont là, les questions viennent naturellement. C'est l'occasion de partager vos peurs, vos observations, vos solutions, sans que cela ressemble à une “réunion de famille”.

Pour les professionnels en formation
Infirmiers, aides-soignants, médecins : ces films complètent votre formation théorique. Ils vous rappellent la dimension humaine de la maladie, au-delà des protocoles et des traitements. Ils renforcent cette empathie indispensable dans l'accompagnement. C'est la Cinéducation !

À qui s'adresse cette sélection ? #

  • Vous venez d'apprendre qu'un proche a la maladie d'Alzheimer
  • Vous êtes aidant familial et cherchez à mieux comprendre
  • Vous travaillez auprès de personnes âgées
  • Vous vous posez des questions sur les troubles de la mémoire
  • Vous voulez sensibiliser vos enfants ou votre famille
  • Vous cherchez simplement un film bouleversant et profondément humain

Notre sélection : Du grand cinéma au service de la compréhension #

Nous avons sélectionné 10 films majeurs, des classiques oscarisés aux pépites moins connues. Chaque film est présenté avec :

  • Son synopsis et son contexte
  • Une analyse médicale : ce que le film montre (bien ou mal) de la maladie
  • Des liens vers nos ressources pour aller plus loin
  • Des conseils pour en parler après

De “Still Alice” (accessible et pédagogique) à “The Father” (immersif et bouleversant), vous trouverez le film qui correspond à votre situation et à votre sensibilité.

Avertissement important #

Ces films abordent des sujets difficiles : la perte de mémoire, la dépendance, parfois la fin de vie. Ils peuvent être émouvants, voire bouleversants.

Nos conseils :

  • Choisissez un moment calme, où vous ne serez pas dérangé
  • Si vous regardez en famille, préparez-vous à ce que cela suscite des émotions
  • Après le film, prenez le temps d'en parler, de partager ce que vous avez ressenti
  • Si c'est trop dur, n'hésitez pas à faire pause ou à arrêter
  • Ces films ne remplacent pas un accompagnement médical et psychologique

Après le film : Passez à l'action #

Regarder ces films est une première étape. Mais pour vraiment aider votre proche, vous aurez besoin d'outils pratiques :

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Prêt à découvrir ces films qui changent le regard sur Alzheimer ?
👇 Voici notre sélection complète avec analyses médicales.


The Father, 2020. De Florian Zeller avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Imelda Staunton, Rufus Sewell, Olivia Williams, Mark Gatiss

The Father (2020)

Pays:
Royaume-Uni, France
Réalisateur:
Florian Zeller
Acteurs:
Anthony Hopkins, Olivia Colman, Imelda Staunton, Rufus Sewell, Olivia Williams, Mark Gatiss
Note IMDb:
8,2/10
  • Récompenses principales : Oscar du Meilleur acteur 2021 pour Anthony Hopkins — qui devient à 83 ans le plus âgé lauréat de l'histoire des Oscars, dépassant Henry Fonda. Oscar du Meilleur scénario adapté pour Florian Zeller et Christopher Hampton. Six nominations aux Oscars au total (dont Meilleur film, Meilleure actrice dans un second rôle pour Olivia Colman, Meilleur montage, Meilleurs décors). Quatre BAFTA, Golden Globe du Meilleur acteur dramatique, César du Meilleur film étranger 2021. Premier film de Florian Zeller comme réalisateur, adapté de sa propre pièce Le Père (2012), jouée plus de 50 fois dans le monde. Anthony Hopkins partage avec son personnage le même prénom et la même date de naissance — choix délibéré du réalisateur pour brouiller la frontière entre l'acteur et le rôle. Le Père est aussi à l'origine de Floride (2015) déjà présent dans notre sélection : deux adaptations du même texte de théâtre, deux regards complémentaires sur la même maladie.
  • Synopsis : Londres, appartement bourgeois. Anthony (Anthony Hopkins), 80 ans, vit chez lui — ou peut-être chez sa fille — il ne sait plus très bien. Sa fille Anne (Olivia Colman) lui rend visite et lui annonce qu'elle part vivre à Paris avec un homme qu'elle vient de rencontrer. Mais Anne est-elle bien sa fille ? L'homme dans le salon, qu'il ne reconnaît pas, dit être son gendre depuis dix ans. Une infirmière arrive — visage inconnu qui ressemble pourtant à sa fille cadette Lucy, dont personne ne parle. Les pièces de l'appartement changent de disposition sans qu'Anthony ne s'en aperçoive. Les conversations bouclent. Le temps se replie. Et à la fin, ce vieil homme jadis ingénieur, propriétaire d'un appartement à Londres, se retrouve dans une chambre médicalisée qu'il ne reconnaît pas — et il appelle sa mère.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : The Father est sans conteste la représentation cinématographique la plus précise et la plus novatrice jamais réalisée sur la maladie d'Alzheimer. Florian Zeller fait un choix radical : filmer non pas la maladie depuis le regard de l'aidant — comme l'avaient fait Iris, Away from Her ou Floride — mais depuis l'intérieur même de la personne malade. Le spectateur ne sait plus, comme Anthony, qui sont les personnes qui entrent dans l'appartement (Olivia Colman et Olivia Williams jouent toutes deux Anne, Rufus Sewell et Mark Gatiss jouent tous deux le gendre), où se trouve cet appartement, ni quel jour de la semaine il est. Plusieurs phénomènes cliniques majeurs sont représentés avec une justesse troublante : l'anosognosie (Anthony nie sa maladie et accuse les autres de comploter contre lui), la désorientation temporo-spatiale, le syndrome de Capgras (l'impression que les proches ont été remplacés par des sosies), les confabulations comme tentative de réorganiser un monde qui n'a plus de sens, l'hostilité paranoïaque envers les aides à domicile. Le film montre aussi avec une rare exactitude l'épuisement de l'aidant principal (Olivia Colman bouleversante en fille rongée par la culpabilité et l'amour mêlés), l'ambivalence du placement en institution, et le plongeon rétrograde de la mémoire autobiographique terminale des derniers stades — la dernière scène, où Anthony pleure dans les bras d'une soignante en appelant sa mère, est probablement l'image la plus juste jamais filmée de la fin de la maladie. Recommandation absolue : c'est le film à voir en priorité pour quiconque accompagne, soigne, ou veut comprendre la maladie d'Alzheimer. Avertissement : l'immersion subjective rend le visionnage éprouvant. À ne pas regarder en cas de diagnostic récent et frais d'un proche, sans accompagnement.

Still Alice, 2014. De Richard Glatzer, Wash Westmoreland avec Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart

Still Alice (2014)

Pays:
États-Unis
Réalisateur:
Richard Glatzer, Wash Westmoreland
Acteurs:
Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart
Note IMDb:
7,5/10
  • Récompenses principales : Oscar de la Meilleure actrice 2015 pour Julianne Moore, qui réalise cette année-là le grand chelem rare des récompenses américaines (Oscar, Golden Globe, BAFTA, SAG Award, Critics' Choice Award). Adapté du roman éponyme de Lisa Genova (2007), neuroscientifique titulaire d'un PhD de Harvard. Le film a été co-réalisé par Richard Glatzer alors qu'il était atteint de SLA en phase avancée — il est décédé deux mois après la cérémonie des Oscars. Julianne Moore a préparé son rôle pendant quatre mois auprès de personnes atteintes d'Alzheimer précoce suivies par la Mount Sinai School of Medicine.
  • Synopsis : New York, années 2010. Alice Howland (Julianne Moore), 50 ans, professeure de linguistique cognitive à Columbia, mariée à John (Alec Baldwin), mère de trois enfants adultes. Lors d'une conférence, un mot lui échappe. Incident bref, sans gravité apparente. Puis vient un égarement dans son propre quartier de course à pied. Puis un autre. Le diagnostic tombe : maladie d'Alzheimer à début précoce, forme génétique transmissible. La femme dont l'identité repose sur les mots regarde sa propre langue se déliter, et se trouve face à un choix terrible : que transmettre à ses enfants, qui ont 50% de chances de porter la même mutation ?
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Still Alice est probablement la représentation la plus précise de la conscience qu'une personne peut avoir au stade débutant de la maladie d'Alzheimer. Le film évite le piège de filmer la maladie depuis le regard de l'aidant : il filme depuis l'intérieur, avec des plans flous, des silences qui s'éternisent, le visage de Julianne Moore qui cherche un mot connu depuis quarante ans. Plusieurs scènes sont devenues des références cliniques : la conférence d'Alice à l'Alzheimer Association (“L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser”), la vidéo qu'elle s'enregistre pour sa future version sans mémoire, le test de mémoire dans le bureau du neurologue. Le film aborde aussi la question rarement traitée des formes héréditaires d'Alzheimer précoce (mutations PSEN1, PSEN2, APP) — qui représentent moins de 1% des cas, et qui bouleversent des lignées entières. Recommandé en priorité aux personnes diagnostiquées à un stade léger qui cherchent à mettre des mots sur ce qu'elles vivent, et aux familles qui souhaitent comprendre ce que traverse leur proche au-delà du symptôme visible. Disponible en VOD sur les principales plateformes.

Floride, 2015. De Philippe Le Guay avec Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Anamaria Marinca, Laurent Lucas

Floride (2015)

Pays:
France
Réalisateur:
Philippe Le Guay
Acteurs:
Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain, Anamaria Marinca, Laurent Lucas
Note IMDb:
6,5/10
  • Récompenses principales : Avant-première mondiale au Festival international du film de Locarno 2015. Adaptation de la pièce de théâtre Le Père de Florian Zeller (qui réalisera lui-même The Father en 2020). Dernier rôle de Jean Rochefort au cinéma.
  • Synopsis : À 82 ans, Claude Lherminier, ancien grand industriel du papier, vit seul dans sa demeure surplombant le lac d'Annecy. Il mène la vie dure aux gouvernantes successives engagées par sa fille aînée Carole et leur réclame sans cesse du jus d'orange de Floride — car c'est là, croit-il, que vit sa fille cadette Alice. Or Alice est morte neuf ans plus tôt dans un accident de voiture. Carole, qui a repris l'entreprise familiale et tente de refaire sa vie, refuse de rappeler ce drame à son père. Entre confusions, oublis grandissants et fugues vers une Floride imaginaire, le film suit l'avancée de la maladie d'Alzheimer dans le quotidien d'une famille.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Floride aborde avec délicatesse plusieurs facettes essentielles de la maladie d'Alzheimer souvent méconnues du grand public. Le film illustre remarquablement le déni des personnes face à ses troubles, la fabulation comme mécanisme protecteur (la fille vivante en Floride), et le rôle du deuil non résolu dans l'expression des symptômes. Il met aussi en lumière l'épuisement des aides à domicile confrontées aux changements d'humeur et aux exigences répétées, ainsi que le fardeau de l'aidant principal — ici Carole, tiraillée entre sa propre vie et l'accompagnement de son père. La frontière mouvante entre rêve, souvenir et réalité, traduite par la séquence récurrente de l'avion, donne à voir de l'intérieur le vacillement perceptif de la personne malade. Une porte d'entrée précieuse pour les familles qui découvrent la maladie.

Du miel plein la tête, 2018. De Til Schweiger avec Nick Nolte, Matt Dillon, Emily Mortimer

Du miel plein la tête (2018)

Pays:
États-Unis, Allemagne
Réalisateur:
Til Schweiger
Acteurs:
Nick Nolte, Matt Dillon, Emily Mortimer
Note IMDb:
5,4/10
  • Récompenses principales : Aucune récompense majeure pour la version anglophone de 2018. Remake américain du film allemand original Honig im Kopf (2014), également réalisé par Til Schweiger et qui fut un immense succès en Allemagne (7 millions d'entrées, German Film Award du Meilleur film 2015). Le remake américain a reçu un accueil critique tiède aux États-Unis, jugé moins juste que la version germanique dans le traitement émotionnel.
  • Synopsis : Après le décès de sa femme, Amadeus (Nick Nolte), ancien vétérinaire atteint d'Alzheimer à un stade modéré, se retrouve seul dans sa maison où il glisse vers la confusion. Son fils Nick (Matt Dillon), architecte débordé et mari distant, l'accueille chez lui malgré les réticences de son épouse Sarah (Emily Mortimer). La cohabitation tourne vite à la crise : Amadeus se perd dans la maison, confond les pièces, range des aliments dans des endroits incongrus, et sa présence fragilise un couple déjà au bord de la rupture. Tilda, leur fille de 11 ans, refuse cette logique d'adultes épuisés. Elle organise en secret un voyage à Venise avec son grand-père — pour qu'il revoie une dernière fois la ville où il avait passé sa lune de miel.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Le film est imparfait, parfois excessivement sentimental, mais il aborde des situations cliniques fréquentes peu représentées au cinéma. Nick Nolte montre avec justesse les fluctuations cognitives typiques de la phase modérée : lucidité étonnante puis confusion brutale, reconnaissance soudaine puis prosopagnosie, alternance entre l'homme qu'il fut et celui qu'il devient. Le film illustre aussi le conflit conjugal déclenché par l'accueil au domicile d'un parent atteint — situation que des centaines de milliers de couples français traversent chaque année, sans préparation et souvent dans le silence. Enfin, la relation entre le grand-père et sa petite-fille rappelle une réalité clinique observée par tous les gériatres : les enfants acceptent souvent mieux la maladie que les adultes intermédiaires, parce qu'ils n'ont pas connu le grand-parent “avant” et l'accueillent tel qu'il est. Recommandé aux familles dans lesquelles un enfant ou adolescent côtoie un grand-parent malade, pour ouvrir une conversation intergénérationnelle. Préférer la version originale allemande Honig im Kopf si elle est accessible — elle est plus juste et plus émouvante.

Away from Her, 2006. De Sarah Polley avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis

Away from Her (2006)

Pays:
Canada
Réalisateur:
Sarah Polley
Acteurs:
Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis
Note IMDb:
7,5/10
  • Récompenses principales : Nomination à l'Oscar de la Meilleure actrice pour Julie Christie, qui remporte le Golden Globe et le SAG Award la même année. Premier film de Sarah Polley comme réalisatrice — actrice canadienne alors âgée de 27 ans — adapté de la nouvelle The Bear Came Over the Mountain d'Alice Munro (Prix Nobel de littérature 2013). Gordon Pinsent reçoit le Genie Award du Meilleur acteur, équivalent canadien du César. Le film a été présenté hors compétition au Festival de Toronto 2006.
  • Synopsis : Ontario, en hiver. Fiona (Julie Christie) et Grant (Gordon Pinsent) sont mariés depuis 44 ans. Lui est ancien professeur de littérature, retraité dans une maison de campagne. Elle perd la mémoire, range des objets dans le congélateur, se perd lors de promenades à skis. Elle prend elle-même la décision d'entrer dans la maison de retraite Meadowlake — où Grant n'a pas le droit de la voir pendant les 30 premiers jours, période d'adaptation imposée par l'établissement. Quand il revient, sa femme ne le reconnaît plus. Elle s'est attachée à un autre résident, Aubrey, qu'elle pousse en fauteuil roulant comme s'ils étaient mariés depuis toujours. Grant prend acte : son amour se reconstruira autrement, à travers cette nouvelle réalité qu'il ne contrôle pas.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Le film aborde avec une délicatesse rare deux phénomènes peu représentés au cinéma : la décision volontaire d'entrer en institution prise par la personne malade elle-même alors qu'elle en a encore la lucidité, et le transfert affectif — l'attachement à un autre résident de l'EHPAD après séparation prolongée du conjoint. Ce second phénomène, fréquent en pratique, déchire les familles qui le découvrent sans préparation. Sarah Polley refuse le pathos et choisit la lenteur des paysages enneigés ontariens pour donner du poids au temps qui passe. Julie Christie joue admirablement l'oscillation caractéristique du stade modéré : moments de lucidité poignante alternant avec des phases d'égarement total, sans logique apparente. Recommandé aux conjoints confrontés à une entrée en institution et à la jalousie inattendue face à un autre résident, ainsi qu'aux équipes d'EHPAD pour ouvrir une discussion sur l'accueil des nouvelles relations affectives entre résidents. Le film aborde enfin la question du lâcher-prise du conjoint — accepter que sa femme aime un autre homme parce qu'elle ne se souvient plus du sien.

Iris, 2001. De Richard Eyre avec Judi Dench, Kate Winslet, Jim Broadbent, Hugh Bonneville

Iris (2001)

Pays:
Royaume-Uni
Réalisateur:
Richard Eyre
Acteurs:
Judi Dench, Kate Winslet, Jim Broadbent, Hugh Bonneville
Note IMDb:
7,0/10
  • Récompenses principales : Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Jim Broadbent (John Bayley âgé). Trois autres nominations aux Oscars : Judi Dench (Meilleure actrice, Iris âgée), Kate Winslet (Meilleure actrice dans un second rôle, Iris jeune), et le scénario adapté. Adapté des mémoires de John Bayley publiés en 1998 et 1999 sur sa femme Iris Murdoch — philosophe et romancière irlando-britannique majeure du XXe siècle, autrice de La Mer, la mer (Booker Prize 1978).
  • Synopsis : Oxford, années 1990. Iris Murdoch (Judi Dench) commence à perdre ses mots. Elle qui a écrit 26 romans et plusieurs essais de philosophie morale parmi les plus lus du siècle ne parvient plus à terminer une phrase à la BBC, lors d'un entretien filmé sur sa propre œuvre. Le film alterne deux temporalités : la jeune Iris (Kate Winslet) découvrant l'amour avec John Bayley (Hugh Bonneville) dans l'Oxford des années 1950, et Iris âgée glissant dans la maladie d'Alzheimer auprès du même John (Jim Broadbent), désormais retraité, qui voit l'écrivaine de sa vie devenir une femme qui regarde Teletubbies à la télévision.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Iris est sans équivalent pour montrer ce qu'une intelligence exceptionnelle perd dans la maladie d'Alzheimer — et ce qui reste. Le contraste entre la jeune femme qui domine philosophiquement ses contemporains et la vieille femme qui ne reconnaît plus une cuillère est l'une des images les plus dérangeantes du cinéma sur le vieillissement cognitif. Jim Broadbent y livre une représentation rare et précieuse de l'aidant débordé : maison qui sombre dans le chaos, lessive qui s'accumule, errance nocturne de l'épouse retrouvée dans la rue à minuit, colères suivies de culpabilité. La maladie est filmée comme un effacement progressif, sans dramatisation excessive. Le film aborde aussi une question philosophique chère à Iris Murdoch elle-même : qu'est-ce qui fait l'identité d'une personne quand sa pensée s'efface ? Reste-t-il un soi qui aime, qui craint, qui demande ? Recommandé aux conjoints et familles de personnes ayant eu une vie intellectuelle riche — universitaires, artistes, écrivains — pour qui la perte cognitive prend une dimension particulière. Également utile aux soignants en EHPAD pour comprendre l'épuisement domestique de l'aidant principal qui refuse l'institution.

N'oublie jamais, 2004. De Nick Cassavetes avec Ryan Gosling, Rachel McAdams, James Garner, Gena Rowlands

N'oublie jamais (2004)

Pays:
États-Unis
Réalisateur:
Nick Cassavetes
Acteurs:
Ryan Gosling, Rachel McAdams, James Garner, Gena Rowlands
Note IMDb:
7,8/10
  • Récompenses principales : MTV Movie Award du Meilleur baiser (Gosling/McAdams), Satellite Award du Meilleur jeune acteur pour Ryan Gosling, Teen Choice Awards pour Rachel McAdams. Aucune nomination prestigieuse côté cinéma adulte — pourtant le film est devenu un phénomène culturel mondial avec plus de 117 millions de dollars de recettes. Adapté du roman du même nom de Nicholas Sparks (1996). Gena Rowlands, qui interprète Allie âgée, est la mère de Nick Cassavetes (réalisateur) — coïncidence troublante : elle développera elle-même la maladie d'Alzheimer dans les années qui suivent et décédera en août 2024 à 94 ans.
  • Synopsis : Maison de retraite, époque contemporaine. Un homme âgé, Duke (James Garner), rend visite chaque jour à une résidente atteinte de la maladie d'Alzheimer (Gena Rowlands) et lui lit le même cahier — l'histoire d'Allie et Noah, deux jeunes gens qui se sont aimés en Caroline du Sud à l'été 1940. Elle, fille de la bonne société. Lui, ouvrier d'une scierie. Une histoire d'amour contrariée par la guerre, les classes sociales, les non-dits, puis miraculeusement retrouvée. Le récit alterne entre la jeunesse rayonnante d'Allie et Noah (Rachel McAdams, Ryan Gosling) et la maison de retraite où une vieille femme égarée écoute, sans toujours comprendre, l'histoire de sa propre vie.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Le film a une valeur clinique limitée : la maladie d'Alzheimer y reste un cadre narratif romanesque plus qu'un sujet exploré. Pas de fugues, pas de troubles du comportement, pas d'épuisement représenté de l'aidant, pas de questionnement médical sur l'institution. Sa force est ailleurs : il sert depuis vingt ans de porte d'entrée émotionnelle vers la maladie pour des millions de spectateurs qui n'auraient jamais regardé Still Alice ou Iris. C'est l'un des très rares films qui font pleurer des adolescents sur la maladie d'Alzheimer, sans jamais les y avoir préparés. Le motif central — un homme qui choisit de continuer à aimer sa femme alors qu'elle ne le reconnaît plus — touche une corde universelle. Les très brèves scènes d'éclaircie d'Allie, où elle reconnaît soudain Noah avant de se reperdre, illustrent assez justement les fenêtres de lucidité qui peuvent survenir aux stades avancés et donner aux familles à la fois espoir et déchirement. Recommandé comme premier film sur la maladie pour les jeunes adultes, adolescents ou conjoints qui découvrent la maladie d'un grand-parent, ainsi qu'à toute personne pour qui l'émotion est un meilleur point d'entrée que l'analyse. À compléter par des œuvres plus rigoureuses cliniquement quand la curiosité est éveillée.

Amour, 2012. De Michael Haneke avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert

Amour (2012)

Pays:
France, Allemagne, Autriche
Réalisateur:
Michael Haneke
Acteurs:
Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert
Note IMDb:
7,9/10
  • Récompenses principales : Palme d'Or au Festival de Cannes 2012, Oscar du Meilleur film en langue étrangère 2013 (le film a également été nommé dans quatre autres catégories dont Meilleur film tout court — performance rarissime pour un film non anglophone), César du Meilleur film 2013 (avec quatre autres César dont Meilleure actrice pour Emmanuelle Riva à 86 ans, plus âgée lauréate de l'histoire des César). Présenté en compétition officielle dans tous les grands festivals d'Europe. L'un des films les plus récompensés du cinéma européen du XXIe siècle.
  • Synopsis : Paris, appartement haussmannien. Georges et Anne (Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva), octogénaires, anciens professeurs de musique à la retraite, mènent une vie cultivée et tendre. Un matin, lors du petit-déjeuner, Anne se fige. Quelques secondes. Elle ne répond plus. Quand elle revient à elle, elle ne se souvient de rien. Ce premier accident vasculaire cérébral en annonce d'autres. Après une chirurgie carotidienne ratée, Anne revient hémiplégique du côté droit, aphasique partielle, dépendante totale pour les transferts, la toilette et l'alimentation. Georges fait le choix de la garder à domicile, comme elle le lui a fait promettre. Les aides à domicile défilent, leur fille Eva (Isabelle Huppert) s'inquiète depuis l'étranger, et Anne décline mois après mois — corps qui se rétracte, parole qui se perd, conscience qui vacille.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Le film traite primitivement des conséquences d'un AVC sévère évoluant vers une démence vasculaire — il figure d'ailleurs aussi dans notre sélection sur l'accident vasculaire cérébral. Sa présence dans cette sélection Alzheimer se justifie par le fait qu'il représente l'une des images cinématographiques les plus exactes de ce que vivent les familles face à une démence sévère au stade avancé, quelle qu'en soit la cause étiologique. Les troubles cognitifs vasculaires post-AVC partagent en effet avec la maladie d'Alzheimer les mêmes enjeux d'accompagnement : perte progressive de la communication, aide totale au quotidien, deuil anticipé du conjoint, question de la maintien à domicile face à l'épuisement. Michael Haneke filme avec une rigueur clinique rare : pas de musique, plans-séquences longs, refus du pathos, présence presque documentaire de la chambre d'Anne. Emmanuelle Riva incarne avec une justesse bouleversante la dégradation progressive de la communication : phrases qui se brisent, mots déformés, puis cris inarticulés, puis silence. Jean-Louis Trintignant montre quant à lui l'isolement de l'aidant principal âgé qui refuse l'institution, dans une posture héroïque et tragique à la fois. Recommandé aux conjoints âgés confrontés à la dépendance lourde d'un proche, et à toute famille qui se pose la question de la fin de vie à domicile. Le geste final de Georges, dont il serait inopportun de révéler la nature, est sans doute la scène la plus discutée du cinéma européen contemporain sur l'éthique de fin de vie. Avertissement : film d'une exigence émotionnelle considérable — à ne pas regarder seul après l'annonce d'un diagnostic récent.

Se souvenir des belles choses, 2001. De Zabou Breitman avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Bernard Le Coq, Dominique Pinon

Se souvenir des belles choses (2001)

Pays:
France
Réalisateur:
Zabou Breitman
Acteurs:
Isabelle Carré, Bernard Campan, Bernard Le Coq, Dominique Pinon
Note IMDb:
7,2/10
  • Récompenses principales : Quatre César 2003 : Meilleure actrice (Isabelle Carré), Meilleur acteur dans un second rôle (Bernard Le Coq), Meilleure première œuvre de fiction (Zabou Breitman), Meilleur espoir masculin (Bernard Campan). Un palmarès rare pour un premier film. Présenté en sélection officielle au Festival international du film de Saint-Sébastien 2001. Zabou Breitman a écrit le scénario à partir de témoignages recueillis dans un institut de neurologie de la région parisienne.
  • Synopsis : Centre médical spécialisé dans les troubles de la mémoire, début des années 2000. Claire Poussin (Isabelle Carré), 32 ans, mariée depuis peu, vient consulter pour des oublis qui inquiètent son entourage. Sa sœur aînée est morte d'une forme précoce et familiale de la maladie d'Alzheimer ; Claire vit dans la terreur d'avoir hérité de la même mutation. Le bilan le confirme : début de maladie. Elle entre dans un centre où elle rencontre Philippe Mansfield (Bernard Campan), veuf récent qui a perdu sa femme dans un accident dont il pense être responsable. Lui n'a pas la maladie ; il vient là pour fuir une mémoire trop précise. Entre cette femme qui oublie et cet homme qui se souvient trop, naît une histoire d'amour fragile et lumineuse.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Le film est l'un des traitements français les plus justes de la maladie d'Alzheimer à début précoce. Isabelle Carré incarne avec une finesse remarquable les premiers stades : recherche du mot juste, listes notées partout, micro-stratégies de compensation, conscience aiguë du déclin à venir. Zabou Breitman aborde un sujet rare au cinéma : l'aspect héréditaire de certaines formes familiales d'Alzheimer (1% des cas, mutations PSEN1, PSEN2, APP) et l'angoisse anticipée qu'elle fait peser sur les fratries — angoisse qui peut elle-même générer des troubles de la mémoire d'origine fonctionnelle, brouillant le diagnostic. Le film ose aussi la question de la sexualité et de l'attachement chez la personne malade : Claire aime Philippe, choisit cet amour, et choisit aussi de continuer à vivre malgré ce qui s'annonce. Bernard Le Coq, en mari quitté, montre admirablement la douleur du conjoint laissé quand la maladie change tout. Recommandé aux familles avec antécédents de forme précoce ou familiale d'Alzheimer, ainsi qu'aux jeunes conjoints confrontés à un diagnostic récent. Un film français trop peu connu, à mettre en regard avec Still Alice pour comparer deux traitements culturels du même sujet.

Remember, 2015. De Atom Egoyan avec Christopher Plummer, Martin Landau, Dean Norris, Bruno Ganz, Jürgen Prochnow

Remember (2015)

Pays:
Canada, Allemagne
Réalisateur:
Atom Egoyan
Acteurs:
Christopher Plummer, Martin Landau, Dean Norris, Bruno Ganz, Jürgen Prochnow
Note IMDb:
7,5/10
  • Récompenses principales : Sélection officielle en compétition à la Mostra de Venise 2015. Nomination au Canadian Screen Award du Meilleur acteur pour Christopher Plummer. Le film marque l'une des dernières grandes performances de Plummer (Oscar 2012 pour Beginners, décédé en 2021) et l'avant-dernier rôle de Martin Landau (Oscar 1995 pour Ed Wood, décédé en 2017). Casting international remarquable réunissant cinq acteurs majeurs du cinéma allemand, américain et canadien.
  • Synopsis : Maison de retraite quelque part aux États-Unis, époque contemporaine. Zev Guttman (Christopher Plummer), 90 ans, ancien déporté d'Auschwitz, vient de perdre sa femme Ruth après 65 ans de mariage. Il glisse dans une maladie de la mémoire — chaque matin, il oublie le deuil et appelle Ruth dans sa chambre. Un autre résident, Max Rosenbaum (Martin Landau), atteint de la maladie de Parkinson à un stade avancé et cloué dans un fauteuil roulant, lui glisse une lettre. Cette lettre rappelle à Zev une promesse faite des années plus tôt : retrouver et abattre l'ancien Blockführer SS qui a assassiné leurs familles à Auschwitz, et qui vit désormais aux États-Unis sous une fausse identité. Quatre hommes portent ce nom. Zev quitte la maison de retraite avec un pistolet, une carte, et une lettre qu'il doit relire chaque matin pour se souvenir de pourquoi il est parti.
  • Intérêt vis-à-vis de la maladie : Remember est l'un des très rares films à mettre en scène simultanément deux maladies neurodégénératives complémentaires — la maladie de la mémoire chez Zev et la maladie de Parkinson avancé chez Max — en montrant comment elles peuvent s'articuler dans un projet partagé. Christopher Plummer livre une représentation cliniquement très juste des troubles de la mémoire antérograde : Zev oublie systématiquement les événements récents, garde intacte sa mémoire ancienne (camp, mariage, profession de pianiste), et utilise des stratégies d'externalisation cognitive (lettre, post-it, téléphone) que tout neurologue reconnaîtra. Le procédé scénaristique de la lettre relue chaque matin n'est pas un artifice : c'est exactement ce que les orthophonistes et neuropsychologues enseignent aux personnes aux premiers stades pour préserver une autonomie quotidienne. Martin Landau, parkinsonien à l'écran, montre quant à lui les signes moteurs avancés : akinésie sévère, voix monocorde et faible, masque facial, tremblement de repos, dépendance totale pour les transferts. Recommandé aux familles confrontées à un proche atteint de plusieurs maladies du grand âge, et plus largement à toute personne qui s'interroge sur ce qui reste possible — projet, décision, vengeance, pardon — quand la mémoire vacille. Note importante : le retournement final, qu'il serait dommage de divulguer, donne au film une dimension morale et historique qui dépasse largement le cadre clinique. À voir sans rien lire au préalable.
 

Questions fréquentes : Films et maladie d'Alzheimer #

Questions / réponses

Vous vous posez des questions sur ces films et la maladie d'Alzheimer ? Voici nos réponses d'expert.
Peut-on vraiment apprendre quelque chose sur Alzheimer en regardant un film ?

La cinéducation (ou cinéma éducatif) utilise des films et séries pour enseigner et sensibiliser sur des sujets médicaux. Dans le cas d'Alzheimer, regarder “The Father” ou “Still Alice” permet de :

  • Vivre de l'intérieur ce que ressent une personne malade
  • Comprendre les symptômes sans jargon médical
  • Préparer psychologiquement les familles à l'évolution de la maladie
  • Former les soignants à l'empathie

Pourquoi c'est efficace ? Notre cerveau retient 10% de ce qu'il lit, mais 65% de ce qu'il vit émotionnellement. Un film marque durablement.

Après le film, apprenez à reconnaître les 10 signes d'alerte

Ces films sont-ils médicalement réalistes ?

Oui, la plupart sont très fidèles à la réalité médicale.

Films les plus réalistes :

  • “The Father” (2020) : Supervisé par des neurologues. Montre parfaitement la désorientation temporo-spatiale et les faux souvenirs.
  • “Still Alice” (2014) : Basé sur le roman d'une neuroscientifique. Représente fidèlement l'Alzheimer précoce (avant 65 ans).
  • “Away from Her” (2006) : Excellent sur les troubles du comportement en EHPAD.

Films plus romancés :

  • “N'oublie jamais” (2004) : Belle histoire d'amour mais évolution trop lente et romantisée.
  • “Du miel plein la tête” (2018) : Moments comiques irréalistes mais bon sur la relation grands-parents/petits-enfants.

Notre recommandation médicale : Commencez par “Still Alice” (accessible) puis “The Father” (plus intense mais très juste).

Comprenez les 7 stades réels de la maladie

Quels sont les meilleurs films français sur Alzheimer ?

Le cinéma français excelle dans ce domaine.

Là où Hollywood peut romantiser Alzheimer, le cinéma français tend à montrer la maladie avec une justesse et une sobriété remarquables.

Notre sélection française :

“Amour” (2012) — Michael Haneke, Palme d'Or + Oscar

  • Le plus récompensé, le plus intense
  • Un couple d'octogénaires face à la dépendance
  • Attention, le film est bouleversant — pas un premier visionnage

“Se souvenir des belles choses” (2001) — Zabou Breitman, 3 Césars

  • Plus doux, plus poétique
  • Alzheimer précoce chez une jeune femme
  • Idéal pour un premier contact avec le sujet

“Floride” (2015) — Philippe Le Guay

  • Jean Rochefort magistral en père qui refuse le diagnostic
  • Humour et tendresse — accessible et léger
  • Montre le déni, fréquent dans la vraie vie

“La Finale” (2018) — Robin Sykes

  • Comédie où un grand-père Alzheimer emmène son petit-fils au Stade de France
  • Film familial, drôle et touchant
  • Accessible dès 10-12 ans

Pourquoi les films français fonctionnent si bien ?

  • Dialogues plus naturels, situations plus facilement reconnaissables
  • Système de santé français en toile de fond (EHPAD, aides à domicile)
  • Moins de “happy ending” artificiel — plus proche de votre vécu

Comprendre les 7 stades d'Alzheimer

Still Alice est-il basé sur une histoire vraie ?

Pas directement, mais c'est très proche de la réalité.

“Still Alice” est adapté du roman de Lisa Genova, neuroscientifique diplômée de Harvard. Elle a écrit le livre après avoir accompagné sa grand-mère atteinte d'Alzheimer.

Ce qui est vrai dans le film :

  • L'Alzheimer précoce (avant 65 ans) existe réellement — il touche environ 5% des personnes atteintes
  • La forme héréditaire montrée dans le film est rare mais réelle
  • L'évolution des symptômes est médicalement fidèle : d'abord les mots qui manquent, puis la désorientation, puis la perte d'autonomie
  • Le dilemme de prévenir ses enfants d'un risque génétique est un vrai sujet éthique

Ce qui est romancé :

  • L'héroïne est professeure de linguistique à Columbia — un choix narratif fort (une femme de mots qui perd les mots)
  • La progression est légèrement accélérée pour le film

Le saviez-vous ? Julianne Moore a passé plusieurs mois avec des neurologues et des patients pour préparer son rôle. Son Oscar était amplement mérité.

Les 10 signes d'alerte d'Alzheimer

Puis-je regarder ces films avec un proche atteint d'Alzheimer ?

Ça dépend du stade de la maladie.

Stade léger (début de la maladie) :

  • Oui, certains films peuvent aider au dialogue
  • Choisissez : “Still Alice”, “Se souvenir des belles choses”
  • Regardez ensemble et parlez-en après : “Qu'en penses-tu ?”, “Tu te reconnais dans certaines situations ?”
  • Bénéfice : Permet à la personne d'exprimer ses peurs et de se sentir comprise

Stade modéré :

  • Avec précautions
  • Évitez les films trop longs, par exemple >1h30
  • Préférez des extraits de 15-20 minutes
  • Films déconseillés : “The Father” → trop angoissant, “Amour” → fin de vie difficile

Stade avancé :

Alternative pour tous les stades : Regardez des films sur les souvenirs positifs de l'époque de la personne (années 1950-1960 par exemple).

Quel film choisir pour un premier visionnage ?

Selon votre situation :

Vous découvrez le diagnostic (famille) :

  • “Still Alice” (2014)
  • Le plus accessible et pédagogique
  • Montre l'évolution étape par étape
  • Permet d'anticiper ce qui arrive
  • Durée : 1h40, idéal

Vous êtes soignant/aidant professionnel :

  • “The Father” (2020)
  • Vous fait vivre la confusion du malade
  • Excellent pour développer l'empathie
  • Révèle pourquoi les patients sont agressifs/méfiants
  • Intense émotionnellement

Vous vous posez des questions sur vos propres troubles de mémoire :“Iris” (2001)

  • Doux et respectueux
  • Montre la différence vieillissement normal/pathologique
  • Histoire vraie de l'écrivaine Iris Murdoch

Vous voulez sensibiliser vos ados/jeunes adultes :“Du miel plein la tête” (2018)

  • Relation grand-père/petite-fille touchante
  • Moments d'humour, pas que du drame
  • Accessible dès 12 ans

Vous vivez une situation de fin de vie :“Amour” (2012), Palme d'Or

  • Film bouleversant mais magnifique
  • Aborde les questions de dignité et d'accompagnement
  • Réservé aux personnes préparées émotionnellement

Apprenez à gérer les situations difficiles au quotidien

Ces films sont-ils adaptés aux enfants et adolescents ?

Ça dépend de l'âge et de la maturité.

Moins de 10 ans :
Non recommandé, trop complexe et angoissant

  • Préférez des livres jeunesse sur Alzheimer
  • Expliquez avec des mots simples : “Mamie oublie des choses, mais elle t'aime toujours”

10-13 ans :
“Du miel plein la tête” (2018) avec accompagnement parental

  • Présence rassurante d'une enfant
  • Mélange humour/émotion
  • Important : Regardez AVEC eux et discutez après

14-17 ans (ados) :
“Still Alice” (2014)

  • Âge parfait pour comprendre
  • Peut les sensibiliser à aider leurs grands-parents
  • Favorise l'empathie intergénérationnelle

🎓 18+ (jeunes adultes) :
Tous les films de la sélection

  • “The Father” pour une immersion forte
  • “Amour” pour réfléchir sur la fin de vie

Conseil après visionnage avec enfants/ados :

  • Posez des questions ouvertes : “Qu'as-tu ressenti ?”, “Qu'as-tu appris ?”
  • Rassurez : “C'est normal d'être triste”, “On est là pour aider [grands-parents]”
  • Proposez des actions concrètes : téléphoner plus souvent, faire des albums photos, etc.
Où puis-je regarder ces films ?

Plateformes de streaming (accessibilité variable selon pays) :

JustWatch.com :

  • Disponibilité à vérifier

Netflix :

  • “The Father”, disponibilité variable
  • “Still Alice”, certains pays

Amazon Prime Video :

  • “The Father”
  • “Away from Her”
  • “Iris”

Canal+/MyCanal :

  • “Amour”, Michael Haneke
  • “Se souvenir des belles choses”

Apple TV/iTunes :

  • La plupart des films en location, 3-5€

DVD/Blu-ray :

  • Médiathèques municipales, emprunt gratuit
  • Fnac, Amazon, à l'achat

Séances spéciales :

  • Certains cinémas art et essai organisent des séances “cinéducation” avec débat
  • Associations Alzheimer proposent parfois des projections suivies d'échanges

Astuce : Vérifiez sur JustWatch.com la disponibilité dans votre pays.

Comment en parler en famille après le film ?

Guide de discussion post-visionnage :

Étape 1 : Laisser l'émotion s'exprimer (5-10 min)

  • “Ce film était intense, qu'avez-vous ressenti ?”
  • Laissez vivre les réactions : pleurs, silence, colère… Tout cela est normal.
  • Partagez vous-même votre ressenti : “J'ai été bouleversé par…”

Étape 2 : Relier au réel (10-15 min)

  • “Est-ce que vous avez reconnu des situations vécues avec [vos grands-parents/parents/amis] ?”
  • “Qu'est-ce qui vous a surpris par rapport à ce que vous pensiez ?”
  • “Y a-t-il des scènes qui vous ont aidé à comprendre ?”

Étape 3 : Questions pratiques (15-20 min)

  • “Qu'est-ce qu'on pourrait faire différemment pour aider ?”
  • “Comment on s'organise pour les prochains mois ?”
  • “De quoi avez-vous besoin personnellement ?”

Étape 4 : Ressources et actions (5 min)

Pour les couples aidants :

  • Ces films peuvent révéler des désaccords (placement en EHPAD, niveau d'aide…). C'est normal. Proposez une médiation familiale si tensions.

Téléchargez notre guide : “Organiser une réunion de famille sur Alzheimer” [PDF gratuit - À venir]

Y a-t-il des films plus positifs/optimistes sur Alzheimer ?

Oui ! Tous ne sont pas dramatiques.

Films avec moments de légèreté (qui ne sont pas forcément dans notre sélection) :

“Du miel plein la tête” (2018)

  • Humour et tendresse
  • Road-trip grand-père/petite-fille
  • Fin douce-amère mais pas désespérée

“Robot & Frank” (2012)

  • Science-fiction légère
  • Personne âgée avec début Alzheimer + robot assistant
  • Original et touchant sans être lourd

“L'Echappée belle” (2017)

  • Road-trip en camping-car d'un couple dont le mari a Alzheimer
  • Aventure, humour, moments de vie
  • Message : “Profiter de chaque instant”

“A Moment to Remember” (2004) - Coréen

  • Romance avec Alzheimer précoce
  • Très beau visuellement
  • Triste et aussi plein d'amour

💡 Pourquoi ces films font du bien :

  • Ils montrent que la vie continue malgré la maladie
  • Ils valorisent les moments présents
  • Ils prouvent qu'on peut encore rire, voyager, aimer

Créer une routine positive pour votre proche

J'accompagne un proche Alzheimer et je suis épuisé(e) : un film peut-il m'aider ?

Oui, et c'est prouvé scientifiquement !

Études sur la cinéducation médicale :

  • Effet cathartique : Pleurer devant un film libère les émotions refoulées
  • Normalisation : “D'autres vivent la même chose que moi” → moins de solitude
  • Apprentissage émotionnel : Avec l'émotion nous retenons plus d'informations : 65% de rétention contre 5 à 10% pour la lecture
  • Stimulation de l'empathie : Active les mêmes zones cérébrales que l'expérience réelle

Témoignages d'aidants :

“Après avoir vu The Father, j'ai enfin compris pourquoi papa était agressif. Ça a changé ma façon de lui parler.” — Marie, 52 ans
“Still Alice m'a aidée à accepter le diagnostic de ma mère. J'ai pleuré pendant 2h, mais après je me suis sentie plus forte.” — Thomas, 38 ans

Comment maximiser les bénéfices :

  1. Regardez avec d'autres aidants : groupe de parole, amis, famille
  2. Notez vos réactions dans un journal après le film
  3. Passez à l'action : ➜ Explorez nos ressources pratiques
  4. Participez à nos webinaires pour approfondir [Inscription gratuite - À venir]

Si le film réactive un traumatisme :

  • C'est normal et même sain, cela permet une libération émotionnelle
  • Parlez-en à un psychologue, une association, votre médecin
  • France Alzheimer propose des groupes de parole gratuits
Ces films peuvent-ils servir en formation professionnelle ?

Absolument ! Et c'est de plus en plus utilisé.

Utilisations en formation médicale/paramédicale :

Pour les étudiants en médecine/soins infirmiers :

  • Développer l'empathie clinique
  • Comprendre le vécu subjectif des personnes
  • Analyser les erreurs de communication
  • Réfléchir aux questions éthiques : contention, fin de vie…

Pour le personnel d'EHPAD :

Format type d'atelier “Cinéducation” :

  1. Projection d'extraits clés, 15-20 min
  2. Débriefing : “Qu'avez-vous observé ?”
  3. Analyse médicale par un gériatre
  4. Mise en situation pratique
  5. Élaboration de protocoles adaptés

Ressources pour formateurs :

Vous organisez une formation ?
Contactez-nous pour un webinaire personnalisé sur mesure

Aller plus loin : Formations Emp@thies #

L'association Emp@thies propose des formations et webinaires sur l'accompagnement des personnes atteintes d'Alzheimer, inspirés de ces films.

👉 Découvrir les prochaines formations et webinaires

Ressources et soutien pour les personnes concernées par la maladie d'Alzheimer #

Ces films peuvent susciter des émotions et des questions chez les personnes touchées directement ou indirectement par la maladie d'Alzheimer. Voici quelques ressources utiles.
  • France Alzheimer - Association nationale de soutien aux patients et aux aidants
  • Fondation Médéric Alzheimer - Information et recherche sur la maladie
 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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