Hallucinations et délires Alzheimer : "Maman voit des choses qui n'existent pas" #

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Martine appelle à 22 heures. Sa voix tremble.

“Maman voit des enfants dans le salon. Elle leur parle. Elle s'énerve quand je lui dis qu'il n'y a personne. J'ai tout essayé — la raisonner, lui montrer que le salon est vide. Elle me regarde comme si j'étais folle. Je ne sais plus quoi faire.”

Ce soir-là, Martine a fait exactement ce que font la plupart des familles : elle a essayé de convaincre sa mère que les enfants n'existaient pas. Et comme à chaque fois, ça a empiré les choses.

 

Hallucinations et délires Alzheimer : "Maman voit des choses qui n'existent pas"

 

Si vous venez de vivre une scène comme celle de Martine, vous connaissez peut-être ce mélange de peur, d'impuissance et de culpabilité. Vous vous demandez si vous avez bien réagi — ou si vous avez tout aggravé. Ces émotions sont normales. Elles ne font pas de vous un mauvais aidant. Ce guide va vous donner les clés pour traverser ces moments avec plus de sérénité.

 

"Docteur, maman voit des choses qui n'existent pas..." #

Vous venez de vivre une scène troublante. Votre maman voit des enfants jouer dans le jardin alors que personne n'y est. Votre papa vous accuse d'avoir volé son portefeuille qui est pourtant dans sa poche. Ou encore, votre parent ne vous reconnaît plus et pense que vous êtes un étranger.

Ces situations sont déroutantes, inquiétantes, parfois même effrayantes. C'est tout à fait normal de vous sentir démuni(e).

 

Si vous avez vu le film The Father (2020), vous connaissez déjà cette scène. Anthony, incarné par Anthony Hopkins, est persuadé qu'on lui a volé sa montre. Il fouille, accuse, s'énerve. On lui montre que la montre est là — ça ne change rien. Il recommence le lendemain. Et le surlendemain. Son gendre change de visage. Son appartement n'est plus le sien.

Ce que vit Anthony dans ce film — délires, confusion, perte de repères — des millions de familles le vivent chaque jour. Et comme dans le film, la réponse n'est jamais de prouver que la montre est là. La réponse est ailleurs — et c'est ce que ce guide va vous montrer.

 

La vérité est plus compliquée qu'elle n'y paraît :

Ces hallucinations et délires sont RÉELS pour votre parent, même s'ils ne le sont pas pour vous. Et rien ne fera changer cette réalité perçue par votre parent.

C'est comme si quelqu'un vous montrait une fleur et vous disait : “Je t'assure, il n'y a pas de fleur ici.” Vous la voyez. Elle est là, devant vous. Aucun argument ne vous convaincra du contraire. C'est exactement ce que vit votre parent — sauf que la fleur, c'est un enfant dans le salon, un voleur dans le couloir, ou un imposteur à la place de son conjoint.

 

Ce guide va vous expliquer :

  • ✅ Ce que sont vraiment les hallucinations et les délires
  • Les 4 attitudes clés qui apaisent (prouvées scientifiquement)
  • ✅ Ce qu'il faut absolument éviter de faire
  • Quand consulter en urgence
  • ✅ Comment protéger votre parent et vous-même
  • ✅ Des exemples concrets du quotidien

Quelle différence entre hallucination et délire dans Alzheimer ? #

Quand Martine a consulté un gériatre, la première chose qu'il lui a demandée, c'est : “Votre mère voit des choses que d'autres personnes ne voient pas, ou elle croit des choses qui ne vous semblent pas vraies ?” Martine ne voyait pas bien la différence. Pourtant, cette distinction change tout dans la façon d'accompagner.

Qu'est-ce qu'une hallucination ? #

Une hallucination, c'est quand le cerveau fabrique une perception qui n'existe pas. La mère de Martine voit des enfants jouer dans le salon vide. Elle les décrit avec précision — leurs vêtements, leurs jeux, leurs rires. Elle ne “fait pas semblant” et ne “cherche pas l'attention” : son cerveau produit réellement ces images.

Les hallucinations peuvent toucher tous les sens. Votre parent peut voir des personnes, des animaux ou des insectes qui ne sont pas là. Il peut entendre des voix dans la pièce d'à côté, sentir des odeurs de brûlé ou désagréable sans raison, ou voir une personne décédée depuis des années assise dans son fauteuil préféré.

Bien évidemment, avant de dire qu'il s'agit d'hallucinations, les médecins ont besoin d'éliminer tout un panel de maladies qui donnent des troubles similaires.

Point clé : Pour votre parent, ces hallucinations sont 100% réelles. Son cerveau produit réellement ces perceptions. Ce n'est ni un caprice, ni une recherche d'attention, ni de la folie.

Qu'est-ce qu'un délire ? #

Le délire, c'est autre chose. C'est une conviction fausse, inébranlable, que rien ne peut faire changer.

Le père de Jénie, par exemple, est persuadé qu'on lui vole ses affaires tous les jours. Son portefeuille est dans sa poche — Jénie le lui montre — seulement, dix minutes plus tard, il recommence : “On m'a volé mon portefeuille.” La preuve ne sert à rien. Sa conviction est plus forte que la réalité.

Ce type de délire — le délire de vol — est l'un des plus fréquents. Il en existe d'autres : la conviction que son conjoint le trompe (alors qu'il n'y a aucune preuve), que des gens veulent lui nuire, que sa famille l'a abandonné. Certains sont plus déroutants encore : le syndrome de Capgras, où votre parent regarde son conjoint et dit “Ce n'est pas mon mari, c'est un imposteur qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau.” Ou le délire de Fregoli : “Cette infirmière est en fait ma fille, mais elle est déguisée.”

Point clé : Vous ne pourrez jamais convaincre votre parent que ce qu'il croit est faux. Argumenter pendant des heures ne sert à rien et peut même aggraver la situation. Nous verrons plus loin quoi faire à la place.

Et la confusion aiguë, c'est encore différent ? #

Oui, et cette différence peut sauver la vie de votre parent.

La confusion aiguë traduit une souffrance soudaine du cerveau. Elle apparaît brutalement, en quelques heures ou quelques jours. Hier, votre père allait bien. Aujourd'hui à 10h12, il ne vous reconnaît plus du tout et voit des choses partout. Son état change d'une heure à l'autre — un peu mieux le matin, beaucoup plus mal le soir. Ses pensées sont désorganisées et il peine à maintenir son attention.

Derrière cette confusion, il y a presque toujours une ou plusieurs causes médicales à traiter : une infection urinaire, une déshydratation, un médicament mal toléré, une douleur non exprimée. C'est pourquoi la confusion aiguë est une urgence médicale et justifie de consulter sans délai.

La règle est simple : si les hallucinations ou délires apparaissent soudainement chez quelqu'un qui n'en avait pas avant, consultez dans la journée.

Pourquoi une personne Alzheimer voit des choses qui n'existent pas ? #

Quand le gériatre a expliqué les causes à Martine, elle a été surprise : les hallucinations et délires ne viennent pas d'une seule maladie. Plusieurs situations peuvent les provoquer — et cette information change la prise en charge.

Dans la maladie d'Alzheimer #

Entre 30 et 50% des personnes atteintes d'Alzheimer présentent des hallucinations ou des délires, généralement en phase modérée à avancée de la maladie. Ce sont surtout les délires qui dominent — le vol, l'abandon, la jalousie — avec des hallucinations plus rares. Ces épisodes vont et viennent, certaines semaines plus que d'autres.

→ Comprendre la maladie d'Alzheimer

Dans la maladie à Corps de Lewy #

C'est le cas de la mère de Martine. Dans la maladie à Corps de Lewy, les hallucinations visuelles touchent jusqu'à 80% des personnes — et elles apparaissent dès le début de la maladie, souvent comme premier signe. Ce sont des hallucinations détaillées et récurrentes : la personne voit des enfants, des animaux, des personnes, les décrit avec précision, et les revoit régulièrement.

Signe typique de la maladie à Corps de Lewy : “Maman voit régulièrement des enfants qui jouent dans le salon, elle les décrit précisément — leurs vêtements, leurs jeux — et ça revient plusieurs fois par semaine.”

→ Reconnaître la maladie à Corps de Lewy

Dans la dégénérescence fronto-temporale #

Plus rare, cette maladie provoque davantage des troubles du comportement que des hallucinations à proprement parler : changements de personnalité, désinhibition, comportements inappropriés.

Des causes réversibles qu'il faut chercher en priorité #

C'est l'information la plus importante de cette section. Certaines hallucinations et certains délires ont une cause qu'on peut traiter — et quand on la traite, les troubles disparaissent.

Le gériatre a expliqué à Martine qu'il fallait d'abord éliminer ces causes avant de conclure que “c'est la maladie”. Une infection urinaire ou pulmonaire, une déshydratation, un médicament mal toléré (somnifères, anxiolytiques, antidouleurs, antiparkinsoniens), une douleur non exprimée, une constipation sévère, une cataracte ou une dégénérescence de la macula liée à l'âge et avancée qui déforme la vision, ou des troubles auditifs sévères — chacune de ces causes peut provoquer ou aggraver des hallucinations.

RAPPEL IMPORTANT : Toute hallucination ou délire qui apparaît soudainement nécessite une consultation médicale rapide pour éliminer une cause réversible. C'est la première chose à faire.

Comment réagir quand votre parent hallucine ou délire ? #

Pendant les premières semaines, Martine a tout fait à l'instinct. Elle raisonnait sa mère, lui montrait que le salon était vide, s'énervait parfois. Rien ne fonctionnait. Puis le gériatre lui a présenté quatre attitudes — issues de publications scientifiques et testées auprès de centaines de familles. Tout a changé.

Ces attitudes nous les avons analysées dans deux publications scientifiques.

Principe fondamental : L'empathie et la validation émotionnelle sont plus efficaces que la confrontation à la réalité ou les médicaments seuls.

1. Se concentrer sur les émotions et les besoins #

C'est l'attitude la plus importante de toutes. Et c'est celle qui a le plus surpris Martine.

Le gériatre lui a dit : “Quand votre mère voit des enfants, oubliez les enfants. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'elle voit — c'est ce qu'elle ressent. Est-elle effrayée ? Joyeuse ? Inquiète ? Concentrez-vous sur l'émotion, pas sur le contenu.”

Voici comment ça fonctionne, concrètement.

Prenons le délire de vol — l'un des plus fréquents. Votre mère dit : “On m'a volé ma robe bleue !” Votre premier réflexe, c'est d'ouvrir l'armoire et de lui montrer : “Mais non maman, regarde, elle est là.” Résultat : elle s'énerve, insiste, vous accuse peut-être. Le conflit s'installe.

Maintenant, essayez autrement. “Tu ne trouves plus ta robe bleue… comment tu te sens ?” Votre mère répond : “Je suis inquiète, j'ai peur qu'on me vole tout.” Vous : “Je comprends que ça soit inquiétant de ne plus retrouver tes affaires. Tu te sens en insécurité ici ?” Elle : “Oui…” Vous : “Je suis là avec toi. Tes affaires sont en sécurité. On va chercher ta robe ensemble si tu veux ?”

La différence ? Dans le premier cas, vous contestez sa réalité. Dans le second, vous accueillez son émotion. Le délire est le même — mais votre mère se sent comprise, rassurée. L'apaisement vient.

La technique tient en trois étapes :

D'abord, identifier l'émotion : “Comment tu te sens ?”, “Tu as l'air inquiet(e)”, “Ça doit être effrayant.” Ensuite, valider l'émotion sans valider le délire : “Je comprends que tu aies peur”, “C'est normal d'être inquiet quand on ne retrouve plus ses affaires.” Enfin, identifier et satisfaire le besoin qui se cache derrière : besoin de sécurité (“Tu es en sécurité ici, je reste avec toi”), besoin de compagnie (“Je suis là, on va rester ensemble”), besoin de contrôle (“On va chercher ensemble, tu vas me montrer”).

Avec une hallucination, c'est le même principe. Quand le père de Sophie voit un chien à ses pieds, Sophie ne dit plus “Il n'y a pas de chien, papa.” Elle dit : “Tu vois un chien à tes pieds. Moi je ne le vois pas, mais dis-moi, il a l'air gentil ou méchant ?” Son père répond : “Il a l'air gentil.” Sophie : “Tu aimes les chiens ? Tu en as eu avant ?” La discussion s'apaise. Le chien finit par être oublié.

Message clé : Se sentir compris et entendu est la première étape pour apaiser votre parent. L'écoute active est votre meilleur allié.

2. Impliquer la famille et maintenir le lien #

Martine vit à quarante minutes de chez sa mère. Son frère, à deux heures. Pendant des mois, les visites étaient irrégulières — “quand on pouvait.” Le gériatre leur a suggéré que cette irrégularité pourrait aggraver les délires de leur mère. L'isolement, l'éloignement des proches et le sentiment d'abandon sont des facteurs qui augmentent les hallucinations et les délires.

La famille de Martine a mis en place un système simple. Un appel téléphonique quotidien, même cinq minutes — sa mère entend une voix familière, et ça suffit souvent à l'apaiser pour plusieurs heures. Des visites régulières à jours fixes — tous les mercredis après-midi pour Martine, tous les dimanches pour son frère — parce que la prévisibilité rassure. La routine est souvent un allié ! Un album photos avec des légendes (noms et liens de parenté) posé sur la table du salon. Des photos récentes de la famille bien visibles dans la chambre. Un calendrier avec les prochaines visites marquées au feutre.

Martine a aussi enregistré quelques messages vocaux — elle raconte un souvenir d'enfance, chante une chanson que sa mère aimait. L'aide à domicile peut les passer quand sa mère est agitée. L'effet est souvent immédiat.

Un exemple qui illustre la puissance de ce lien :

Madame D., en EHPAD, était persuadée que son mari la trompait. Un délire de jalousie classique. Sans intervention, elle était anxieuse, agitée, refusait les soins. La solution ? Un appel téléphonique quotidien du mari, cinq minutes chaque matin. L'apaisement a été immédiat. Le délire a diminué de 70%.

Cinq minutes par jour. Pas de médicament. Pas de technique compliquée. Juste une voix aimante au téléphone.

Message clé : Bien que les conflits familiaux et le temps puissent créer des tensions, la clé pour apaiser réside dans un rapprochement adapté et la présence bienveillante. Adapté signifie : “il est souhaitable d'éviter de changer du tout au tout du jour au lendemain. Il est préférable de le faire par touches.”

3. Comprendre et harmoniser les approches #

Trois semaines après sa première consultation, Martine a compris quelque chose d'essentiel : ce qui fonctionnait avec elle ne fonctionnait pas toujours avec l'aide à domicile. Et quand l'aide à domicile réagissait différemment, sa mère était encore plus perdue.

Le gériatre a insisté : toute l'équipe — famille et soignants — peut utiliser les mêmes techniques. Si Martine accueille les hallucinations avec douceur mais que l'aide à domicile dit “Mais non, il n'y a personne !”, la mère de Martine ne sait plus à qui faire confiance.

Deux choses à mettre en place. D'abord, comprendre les troubles en profondeur : tenir un journal des hallucinations et des délires (quand surviennent-ils ? dans quel contexte ? qu'est-ce qui les déclenche ?), identifier les moments à risque, chercher le sens caché derrière le délire (quel besoin n'est pas satisfait ?), et partager toutes ces observations avec le médecin et les soignants.

Ensuite, harmoniser les pratiques : organiser une réunion entre famille et soignants pour définir ensemble les attitudes à adopter, rédiger un protocole simple dans le dossier (“quand maman dit qu'on lui vole ses affaires, voici comment réagir”), s'assurer que tout le monde applique la même stratégie, et réévaluer régulièrement ce qui fonctionne ou pas.

L'histoire de Madame L. montre à quel point cette harmonisation peut tout changer :

Madame L., 82 ans, vivait en EHPAD et présentait un délire de persécution : “Les soignantes veulent me tuer.” Elle refusait les soins, devenait agressive. Rien ne fonctionnait.

Lors d'un entretien avec sa fille, l'équipe a découvert que Madame L. avait vécu un traumatisme pendant la COVID-19 — isolée dans sa chambre pendant des semaines, elle s'était sentie emprisonnée. Cela avait réactivé un traumatisme de guerre de son enfance. D'ailleurs, son président l'avait dit : “Nous sommes en guerre.” Et ça tournait en boucle à la télévision.

L'équipe a harmonisé ses attitudes : toujours annoncer son arrivée avant d'entrer dans la chambre, laisser la porte entrouverte (jamais fermée), vérifier l'état émotionnel de Madame L. avant tout soin, répondre d'abord à ses besoins exprimés, expliquer chaque geste avant de le faire, privilégier les soignantes qu'elle connaissait déjà, et appeler sa fille avant les soins difficiles.

Résultat : diminution de 80% des refus de soins et disparition de l'agressivité en trois semaines.

Martine a créé ce que le gériatre appelle un “cahier des attitudes” — un carnet partagé entre la famille et les soignants où chacun note ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Ce cahier suit sa mère partout et permet d'ajuster l'approche en continu.

4. Diversifier et associer les techniques #

Au bout de quelques semaines, Martine a fait une découverte importante : la technique qui fonctionne le mardi soir ne fonctionne pas forcément le jeudi matin. Aucune attitude ne marche 100% du temps. Il faut s'adapter à la situation, à l'heure, à l'humeur, au contexte — et varier les approches pour éviter que votre parent ne s'y “habitue.”

Voici la boîte à outils que Martine utilise désormais au quotidien.

Accepter la narration. Quand sa mère voit les enfants, Martine n'essaie plus de les faire disparaître. Elle les accueille : “Tu vois des enfants, dis-moi ce qu'ils font.” Elle écoute sans juger, sans nier, sans s'inclure dans cette réalité alternative.

Distraire doucement. Parfois, la meilleure stratégie est de proposer autre chose : “Viens, on va regarder l'album photos”, “Tu veux qu'on aille prendre l'air ?”, ou simplement mettre une musique que sa mère aime.

Expliquer avec douceur. Dans certains délires — “Papa doit rentrer à la maison” alors qu'il est décédé — Martine donne un contexte rassurant : “Papa me manque aussi, en attendant on est ensemble.” Sans argumenter, sans corriger, juste un cadre apaisant.

Adapter l'environnement. L'obscurité et les ombres favorisent les hallucinations. Martine a installé des veilleuses douces, désencombré la chambre, placé une horloge et un calendrier bien visibles. Elle a retiré le grand miroir — sa mère ne se reconnaissait plus et avait peur de “cette étrangère.”

Changer de pièce. Quand un délire s'installe dans le salon, parfois il suffit d'aller dans la cuisine ou de sortir au jardin. Nouvel environnement, nouveau départ.

Toucher avec douceur. Tenir la main, poser la main sur l'épaule (si c'est accepté), un câlin doux — le contact physique rassure quand les mots ne suffisent plus.

Une journée type chez Martine ressemble à ça :

8h — Délire de vol au réveil :
Sa mère ne trouve plus sa robe de chambre. Martine valide l'émotion (“Je comprends que ça t'inquiète”), cherche avec elle, puis propose le petit-déjeuner. La distraction fonctionne.

14h — Hallucination visuelle après la sieste :
Les enfants sont revenus dans le salon. Martine accepte leur présence (“Ils ont l'air de bien s'amuser”) puis propose une promenade au jardin. Changement d'environnement, les enfants restent au salon.

19h — Délire paranoïaque en fin de journée :
Sa mère est persuadée que quelqu'un veut entrer dans la maison. Martine appelle son frère (voix rassurante au téléphone), met une musique douce et valide l'émotion : “Tu te sens en insécurité, je suis là avec toi.”

Conseil pratique : Notez dans votre cahier des attitudes ce qui fonctionne selon les moments de la journée. En quelques semaines, vous aurez une carte de ce qui apaise votre parent — et cette carte est unique à chaque personne.

Les 6 erreurs à éviter face aux hallucinations Alzheimer #

Avant d'apprendre les 4 attitudes, Martine faisait instinctivement le contraire, comme tout le monde. Elle ne le savait pas, mais certaines de ses réactions — pourtant bien intentionnées — aggravaient les troubles de sa mère. Voici les erreurs les plus fréquentes que la pratique nous a apprise.

Contredire ou confronter à la réalité. C'est le réflexe numéro un : “Mais non, il n'y a personne !”, “Arrête de dire n'importe quoi”, “Tu vois bien que ta robe est là.” Le problème, c'est que votre parent ne peut pas “choisir” de ne plus halluciner. Le confronter à votre réalité augmente son anxiété, sa confusion, et peut provoquer de l'agressivité. Pour lui, c'est comme nier une évidence.

Argumenter pendant des heures. Sophie a passé des soirées entières à chercher le portefeuille de son père, à le lui montrer, à lui prouver que personne n'avait rien volé. Chaque fois, dix minutes plus tard, il recommençait. C'est épuisant pour vous et inutile pour votre parent dont la conviction est inébranlable. Les mots n'y changeront rien : sa conviction est plus forte que n'importe quel argument.

Ridiculiser ou minimiser. “C'est ridicule ce que tu racontes”, “Ce n'est rien, ça va passer”, “Tu exagères toujours.” Ces phrases, même dites avec lassitude plutôt que méchanceté, blessent profondément. Votre parent se sent incompris, humilié, isolé. La confiance se brise, et la position de défense agressive se renforce : “Puisque je te le dis !”, en criant.

Crier, s'énerver, brusquer. Martine l'a fait un soir, au bout de la cinquième répétition. Elle a haussé le ton “pour faire entendre raison.” Elle était très fatiguée. Sa mère a eu peur. L'agitation a doublé. Les cris et les comportements brusques engendrent de la peur, du stress et de la colère — et tout cela augmente les hallucinations et les délires.

Isoler la personne. La laisser seule face à ses hallucinations, l'enfermer dans sa chambre “pour qu'elle se calme” — c'est compréhensible quand on est à bout, mais l'isolement aggrave l'anxiété et les délires. Sans présence humaine pour l'aider à réguler ses angoisses, comment votre proche pourrait-il aller mieux ?

Ignorer les signes de détresse. Se dire “ça va passer tout seul”, ne pas consulter quand les troubles s'aggravent. Certaines causes — une infection, un médicament mal toléré — nécessitent un traitement médical urgent. Attendre peut aggraver la situation.

Signal d'alerte : Si vous vous surprenez régulièrement à contredire, crier ou vous énerver, ce n'est pas un signe de méchanceté. C'est un signe d'épuisement. Vous avez besoin d'aide : consultez un gériatre, contactez une association d'aidants, demandez un répit. Martine l'a fait — et c'est ce qui a tout changé.

Hallucinations Alzheimer : quand appeler le médecin en urgence ? #

Un matin, Martine a trouvé sa mère terrorisée, recroquevillée dans un coin de la chambre, refusant de bouger. La veille, tout allait relativement bien. Cette apparition brutale l'a poussée à appeler le 15. Bien lui en a pris : sa mère avait une infection urinaire. Traitée en 48 heures, la terreur a disparu.

Certaines situations nécessitent une consultation médicale rapide, voire urgente. Voici comment les reconnaître.

Urgences absolues : appelez le 15 #

Appelez le SAMU (15) ou le 112 si votre parent présente l'un de ces signes :

  • Apparition soudaine d'hallucinations ou de délires (en quelques heures, chez quelqu'un qui n'en avait pas)
  • Votre parent est terrorisé, en panique incontrôlable
  • Comportement violent envers lui-même ou les autres
  • Refus total de s'alimenter ou de boire
  • Refus de prendre ses médicaments essentiels (cœur, diabète…)
  • Signes de confusion aiguë : désorientation massive, ne reconnaît plus personne, état qui fluctue d'heure en heure
  • Hallucinations accompagnées de fièvre, douleurs ou difficultés respiratoires
EN CAS D'URGENCE VITALE : Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d'urgence européen).

Consultation rapide : dans les 48 à 72 heures #

Prenez rendez-vous rapidement si vous observez une aggravation progressive des hallucinations ou des délires, des hallucinations qui perturbent le quotidien (refus de sortir de la chambre, peur constante), un changement récent de médicaments suivi de troubles, des signes d'infection possibles (urines troubles, toux, fièvre modérée), une déshydratation (bouche sèche, urines foncées, fatigue extrême), des douleurs non soulagées, ou si vous ne parvenez plus à gérer malgré les attitudes aidantes.

Consultation gériatrique programmée #

Prenez rendez-vous dans les semaines qui viennent si c'est la première apparition d'hallucinations ou de délires, si les troubles durent depuis plusieurs semaines ou mois et nécessitent un ajustement du traitement, si vous avez besoin d'un bilan complet pour identifier la cause (Alzheimer, Corps de Lewy, autre), d'aide pour élaborer un plan de soins adapté, ou si vous, l'aidant, êtes épuisé(e) et avez besoin de soutien.

Qui consulter ? Votre médecin traitant est le premier contact pour une orientation. Un gériatre est le spécialiste des personnes âgées. Un psychiatre intervient si les troubles sont très sévères ou résistants. La consultation mémoire hospitalière ou un CMRR (Centre Mémoire de Ressources et de Recherche) permet un bilan approfondi. Un neurologue est indiqué si on suspecte une maladie de Parkinson ou une maladie à Corps de Lewy.

Conseils pratiques au quotidien : ce que Martine a mis en place #

Au fil des semaines, Martine a construit un environnement et des habitudes qui réduisent les crises. Elle ne les a pas supprimées — personne ne le peut — mais elle a appris à les anticiper, les atténuer, et les traverser sans y laisser sa santé.

Le journal de bord #

Le gériatre avait insisté : “Tenez un journal.” Au début, Martine trouvait ça fastidieux. Puis, au bout de trois semaines, des patterns sont apparus. Les hallucinations de sa mère survenaient presque toujours en fin de journée, souvent après un après-midi sans visite, et s'aggravaient quand elle n'avait pas assez bu.

Dans ce journal, Martine note la date et l'heure, le type de trouble (hallucination visuelle, délire de vol…), ce que sa mère voit ou croit, l'émotion associée (peur, colère, tristesse), le contexte (moment de la journée, qui est présent, activité en cours), la durée, ce qui a aidé à apaiser, et les médicaments pris dans les 24 heures précédentes.

Ce journal est devenu l'outil le plus précieux de Martine. À chaque consultation, le gériatre le lit attentivement. C'est grâce à lui qu'on a identifié que le somnifère prescrit par le médecin traitant aggravait les hallucinations nocturnes.

La routine qui prévient les crises #

Martine a mis en place une routine quotidienne simple. Le matin, elle ouvre les rideaux dès le réveil — la lumière naturelle aide le cerveau à se repérer dans le temps. Elle vérifie que les lunettes de sa mère sont propres et portées, que ses appareils auditifs fonctionnent. Elle s'assure qu'elle boit un grand verre d'eau avec ses médicaments. Parfois, une musique douce accompagne le réveil.

Dans la journée, Martine (ou l'aide à domicile) propose une activité — une promenade, un jeu, un mandala, écouter de la musique. Il y a toujours un appel téléphonique d'un proche. Les repas sont réguliers. L'hydratation est surveillée — la déshydratation aggrave tout.

Le soir est le moment le plus délicat. Martine allume la veilleuse avant la tombée de la nuit, évite les programmes télévisés stressants ou violents, met une musique calme. Plus de café ni de thé après 17 heures. La routine du coucher est toujours la même, dans le même ordre, à la même heure — la prévisibilité apaise.

L'aménagement du logement #

Quelques modifications simples ont fait une différence surprenante. Dans la chambre de sa mère, Martine a installé une veilleuse douce (l'obscurité favorise les hallucinations), des photos de famille avec les noms écrits en dessous, une horloge et un calendrier bien lisibles. Elle a retiré le grand miroir — sa mère ne se reconnaissait plus et paniquait en voyant “cette étrangère.”

Dans le reste du logement, Martine a désencombré (moins d'objets signifie moins de confusion), marqué les portes avec des contrastes de couleur, réduit les sources de bruit, et maintenu une température agréable. La porte de la chambre reste toujours ouverte — l'isolement aggrave tout.

Où trouver de l'aide : les ressources qui ont soutenu Martine #

Martine ne l'aurait jamais admis au début, mais elle avait autant besoin d'aide que sa mère. Voici les ressources qui l'ont soutenue.

L'association Emp@thies (empathies.fr) œuvre pour l'humanisation des soins. Elle propose des webinaires et des formations pour professionnels et familles.

France Alzheimer propose des groupes de parole pour les aidants, des formations gratuites et des cafés mémoire. Martine y va un samedi sur deux. Elle dit que c'est le seul endroit où elle n'a pas besoin d'expliquer.

Localement, le CLIC (Centre Local d'Information et de Coordination) et le CCAS de la mairie orientent vers les aides disponibles. Les plateformes de répit proposent des accueils de jour (quelques heures par semaine) et des hébergements temporaires (quelques jours) pour que l'aidant puisse souffler. L'APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie) finance une partie des aides à domicile.

Message aux aidants : Prendre soin de vous n'est PAS de l'égoïsme, c'est une nécessité pour pouvoir continuer à accompagner votre proche. Martine a attendu l'épuisement complet pour demander de l'aide. Ne faites pas la même erreur.
 

FAQ #

Questions Fréquentes

Les hallucinations sont-elles dangereuses pour mon parent ?

Chez les personnes âgées, la plupart du temps, les hallucinations ne sont pas dangereuses en elles-mêmes, mais elles peuvent causer peur et anxiété.

Ce qui est important à comprendre :

  • Les hallucinations sont réelles pour votre parent (il/elle voit vraiment ces choses)
  • Elles peuvent provoquer peur, confusion, angoisse
  • Elles nécessitent une évaluation médicale pour en identifier la cause
  • Elles ne signifient pas forcément Alzheimer (autres causes possibles)

Quand consulter en urgence :

  • Si votre parent est terrorisé ou violent
  • Si les hallucinations apparaissent soudainement (confusion aiguë)
  • Si votre parent refuse de s'alimenter ou de prendre ses médicaments
  • Si vous ne parvenez plus à le/la rassurer

Conseil : Tenez un journal des hallucinations (quand ? quoi ? contexte ?) pour aider le médecin.

Voir les signes d'alerte détaillés

Faut-il contredire mon parent âgé quand il délire ou hallucine ?

NON, contredire risque d'aggraver la situation. Privilégiez l'écoute et la validation émotionnelle.

Ce que je conseille d'éviter :

  • Dire “Mais non, il n'y a personne !”
  • Argumenter pendant des heures
  • Ridiculiser ou minimiser (“Tu dis n'importe quoi”)
  • Brusquer ou s'énerver

Ce que je propose de faire à la place :

  • Écouter avec empathie : “Tu vois quelqu'un, dis-moi ce que tu vois”
  • Valider l'émotion : “Je comprends que ça te fasse peur”
  • Rassurer : “Tu es en sécurité avec moi”
  • Distraire doucement : “Viens, on va prendre un café ensemble”

Exemple concret :

  • Parent : “Il y a quelqu'un dans le couloir qui veut me voler !”
  • Vous : “Je comprends que tu aies peur. Je vais regarder avec toi. Tu es en sécurité ici, je reste avec toi.”

Voir les 4 attitudes détaillées

Mon parent âgé délire beaucoup la nuit, que faire ?

Les délires et hallucinations nocturnes sont très fréquents chez les personnes âgées, surtout si elles sont atteintes d'Alzheimer ou une maladie apparentée. Plusieurs solutions existent.

Pourquoi c'est plus fréquent la nuit :

  • Moins de repères visuels dans l'obscurité
  • Fatigue cérébrale accumulée en fin de journée
  • Effet des médicaments (somnifères, anxiolytiques)
  • Syndrome crépusculaire (confusion en fin de journée)

Solutions pratiques immédiates :

  • Veilleuse douce dans la chambre et le couloir
  • Routine apaisante avant le coucher (tisane, musique calme)
  • Horloge visible avec jour/nuit bien marqués
  • Photos de famille bien visibles près du lit
  • Éviter les ombres (rideaux bien fermés, pas de reflets)
  • Réviser les médicaments avec le médecin (certains favorisent hallucinations)

Si ça persiste :
Consultez un gériatre pour évaluer une possible confusion, une infection urinaire, un surdosage médicamenteux, ou ajuster le traitement.

Créer une routine apaisante

Les médicaments aident-ils vraiment contre les hallucinations ?

Chez les personnes âgées, les médicaments peuvent aider dans certains cas, mais ne sont pas toujours la solution première.

Ce qu'il est important de savoir :

  • Les neuroleptiques ou antipsychotiques peuvent réduire hallucinations/délires toutefois :
    • Effets secondaires possibles (chutes, somnolence, troubles moteurs)
    • Augmentent risque d'AVC chez personnes âgées
    • Ne traitent pas la cause sous-jacente

L'approche recommandée par les gériatres :

  1. D'abord identifier la cause (infection ? médicaments ? dépression ?)
  2. Optimiser l'environnement (lumière, repères, routine)
  3. Appliquer les attitudes aidantes (voir notre guide)
  4. Médicaments en dernier recours si détresse majeure

Maladies où médicaments parfois nécessaires :

  • Maladie à Corps de Lewy : hallucinations très fréquentes
  • Psychose sévère avec danger pour la personne
  • Démence avancée avec agitation majeure

Important : Ne jamais arrêter ou modifier un traitement sans avis médical.

Quand consulter ?

Comment faire la différence entre hallucination et confusion ?

Ce sont deux troubles différents, mais ils peuvent coexister.

Confusion (ou délirium) :

  • Apparition SOUDAINE (quelques heures/jours)
  • Fluctuante (mieux le matin, pire le soir)
  • Désorientation massive (ne sait plus où il est)
  • Difficultés à fixer son attention (passe du coq à l'âne)
  • Plusieurs causes médicales sont identifiables (infection, déshydratation, médicaments)
  • C'est une situation d'URGENCE MÉDICALE → Consulter rapidement

Hallucinations dans les maladies de la mémoire :

  • Apparition progressive (semaines/mois)
  • Qui restent plusieurs semaines/mois ou reviennent souvent
  • Orientation souvent préservée au début
  • Liée à la maladie neurocognitive (Alzheimer, Corps de Lewy)
  • Suivi médical régulier nécessaire

Exemple confusion aiguë :
“Hier papa allait bien, aujourd'hui il ne me reconnaît plus et voit des insectes partout” → Urgence : infection possible

Exemple hallucination chronique :
“Depuis 6 mois, maman voit régulièrement des enfants dans le jardin, mais elle sait où elle est” → Suivi gériatrique

Comprendre la différence

Que faire si mon parent âgé devient agressif à cause de ses délires ?

L'agressivité liée aux délires nécessite une évaluation médicale urgente et des techniques d'apaisement.

En situation d'urgence immédiate :

  • Protégez-vous (gardez vos distances, ne bloquez pas la sortie)
  • Restez calme (votre calme influence votre parent)
  • Parlez doucement avec des phrases courtes
  • Ne confrontez jamais la personne agressive
  • Appelez de l'aide si nécessaire (15, médecin traitant, gériatre)

Techniques d'apaisement :

  • Validez l'émotion : “Je vois que tu es très en colère”
  • Proposez une distraction : “Viens, on va marcher un peu”
  • Changez de pièce (nouvel environnement = nouveau départ)
  • Appelez une personne rassurante (enfant, ami proche)
  • Musique apaisante ou activité calme

Après la crise :

  • Notez : heure, contexte, déclencheur, durée
  • Consultez un gériatre rapidement
  • Revoyez les médicaments (certains augmentent agressivité)
  • Envisagez hospitalisation si crises répétées

Important : L'agressivité n'est jamais “normale”, c'est un signal de détresse à prendre au sérieux.

Comprendre les changements de comportement

Mon parent âgé dit qu'on lui vole ses affaires, est-ce un délire ?

Oui, c'est un des délires les plus fréquents chez les personnes âgées atteintes de troubles de la mémoire.

Délire de vol (ou de préjudice) :

  • Très fréquent dans Alzheimer et démences
  • Souvent lié aux troubles de la mémoire (la personne oublie où elle range ses affaires)
  • Peut aussi traduire un sentiment d'insécurité

Ce qu'il est préférable d'éviter :

  • Accuser votre parent de mentir
  • Chercher l'objet pendant 2 heures pour prouver qu'il est là
  • Vous énerver ou vous sentir accusé(e)

Ce qu'il est souhaitable de faire :

  • Écouter l'émotion : “Tu te sens inquiète parce que tu ne trouves plus ton sac ?”
  • Chercher ensemble calmement : “On va regarder ensemble où il pourrait être”
  • Rassurer : “Tes affaires sont en sécurité ici”
  • Étiqueter les affaires importantes (nom + photo)
  • Simplifier le rangement (moins de placards, tout visible)

Exemple de réponse : Parent : “On m'a volé mon portefeuille !” Vous : “Tu ne trouves plus ton portefeuille, ça doit être inquiétant. On va chercher ensemble. Tu te souviens de la dernière fois que tu l'as eu ?”

Technique de validation émotionnelle

Combien de temps durent les hallucinations et délires ?

Chez les personnes âgées, la durée varie énormément selon la cause et la maladie sous-jacente.

Durée selon les situations :

Confusion aiguë (délirium) :

  • Durée : Quelques jours à 2-3 semaines (parfois 2-3 mois) après traitement de la cause
  • Évolution : Réversible si cause traitée à temps

Alzheimer :

  • Durée : Épisodes intermittents au cours de la maladie
  • Fréquence : Augmente avec l'évolution de la maladie
  • Évolution : Peuvent disparaître puis réapparaître

Maladie à Corps de Lewy :

  • Durée : Chronique et récurrente dès le début
  • Fréquence : Quotidienne dans 80% des cas
  • Évolution : Persistent tout au long de la maladie

Effets secondaires médicaments :

  • Durée : Disparaissent après arrêt du médicament responsable
  • Délai : Quelques jours à 2 semaines

Facteurs d'évolution :

  • Traitement de la cause (infection, médicament)
  • Prise en charge adaptée (attitudes aidantes)
  • Évolution de la maladie sous-jacente
  • Qualité de l'environnement

Important : Un suivi régulier permet d'adapter les stratégies au fil du temps.

Les différentes maladies de la mémoire

 
 

À retenir #

Martine a rappelé trois mois plus tard. Sa voix avait changé.

“Hier soir, maman a revu les enfants dans le salon. Mais cette fois, au lieu de dire 'il n'y a personne', j'ai demandé : 'Ils ont l'air gentils ?' Maman m'a souri. Elle m'a raconté qu'ils jouaient à la marelle. On a parlé cinq minutes, calmement. Puis elle m'a dit : 'Tu restes avec moi ?' J'ai dit oui. Et elle s'est endormie.”

Martine n'a pas fait disparaître les hallucinations de sa mère. Personne ne le peut. Mais elle a appris à les traverser ensemble, sans conflit, sans peur, sans culpabilité.

Les clés de ce guide :

Les hallucinations et délires sont RÉELS pour votre parent — même s'ils ne le sont pas pour vous

Éviter de contredire — l'écoute empathique apaise, la confrontation aggrave

Les 4 attitudes clés : se concentrer sur les émotions, impliquer la famille, harmoniser les approches, diversifier les techniques

Consulter rapidement si apparition brutale ou détresse majeure

Tenir un journal pour identifier les déclencheurs et ce qui fonctionne

Prendre soin de vous — vous ne pouvez accompagner que si vous tenez debout

 
Ce soir, si votre parent voit quelque chose que vous ne voyez pas, essayez une seule chose : au lieu de dire “il n'y a personne”, demandez “qu'est-ce que tu vois ?” Et écoutez la réponse.

Vous n'avez pas besoin de tout comprendre. Vous n'avez pas besoin de tout résoudre. Votre présence suffit.

Références médicales et scientifiques #

Publications scientifiques des auteurs sur ce sujet :

  • Maeker E, Jablonka S, Maeker-Poquet B. Quelles attitudes adopter en présence de troubles psychotiques au cours des maladies neurocognitives du sujet âgé ? Neurologie Psychiatrie Gériatrie (NPG). 2023. doi: 10.1016/j.npg.2023.06.004.
  • Maeker E, Jablonka S, Maeker-Poquet B. [The nurse and psychotic disorders in neurocognitive diseases].Soins Gerontol. 2024 Jan-Feb;29(165):39-41. doi: 10.1016/j.sger.2023.12.006. Epub 2024 Jan 16.
    [PMID: 38331523] [DOI: 10.1016/j.sger.2023.12.006] [ScienceDirect]
    .
  • Maeker E, Maeker-Poquet B. Le syndrome confusionnel en gériatrie. Neurol Psychiatr Geriat 2021;21(122):68-94 Lien doi
  • Maeker E, Maeker-Poquet B. Communication empathique dans les soins : un cas clinique. Revue de Gériatrie, 2021 ; 46(1) : 49-52.

Pour les professionnels de santé :

Recommandations officielles :

  • HAS (Haute Autorité de Santé)
  • SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie)
  • SF3PA (Société Francophone de Psychogériatrie et de Psychiatrie de la Personne Âgée)
  • FCM (Fédération des Centres Mémoire)

Ressources complémentaires :

À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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