Syndrome crépusculaire : "Chaque soir à 17h, maman change" #

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Nadia rentrait du travail à 18h. Chaque soir, le même scénario. Sa mère — douce, souriante le matin — l'accueillait en criant. “Qui êtes-vous ? Sortez de chez moi !” Les yeux écarquillés. Les mains qui agrippent le fauteuil. La panique d'une femme qui ne reconnaît plus sa propre fille.

Nadia posait son sac. Respirait. Essayait de sourire. “C'est moi, maman. C'est Nadia.”

Certains soirs, ça passait. D'autres soirs, ça durait deux heures. Sa mère marchait dans le couloir, ouvrait et fermait les placards, répétait qu'elle devait “aller chercher les enfants à l'école” — des enfants qui ont aujourd'hui cinquante ans.

Nadia a fini par appeler son médecin en pleurant. “Docteur, chaque soir à 17h, maman change. C'est comme si quelqu'un d'autre prenait sa place.”

Le médecin lui a répondu : “Ce que vous décrivez a un nom. C'est le syndrome crépusculaire.”

 

Syndrome crépusculaire Alzheimer : chaque soir à 17h, maman change

 

Si vous vivez ce que Nadia a vécu — un proche qui “bascule” chaque soir, qui devient une personne différente entre le jour et la nuit — sachez d'abord une chose : vous n'imaginez pas. Ce phénomène est réel, fréquent, documenté. Et il existe des moyens de l'atténuer. Pas de le supprimer complètement — soyons lucides. Mais de transformer des soirées chaotiques en moments plus gérables. Parfois même en moments doux.

"Docteur, pourquoi ça arrive toujours le soir ?" #

C'est la première question que Nadia a posée au gériatre. La réponse l'a soulagée — non pas parce qu'elle offrait une solution magique, mais parce qu'elle donnait un sens à ce qu'elle vivait.

Le syndrome crépusculaire — ou “sundowning” en anglais — désigne cette aggravation des troubles du comportement qui survient en fin de journée. Concrètement, un proche qui était calme et coopérant le matin peut devenir agité, anxieux, confus ou même agressif entre 16h et 21h. Puis, souvent, se calmer en fin de soirée comme si rien ne s'était passé.

Le gériatre a montré à Nadia un schéma simple : “Imaginez le cerveau de votre mère comme une batterie. Le matin, elle est chargée. Mais avec Alzheimer, la batterie se vide plus vite que la normale. En fin de journée, il ne reste presque plus de charge. Le cerveau n'arrive plus à traiter les informations — la lumière qui baisse, les bruits de la maison, la fatigue. Et il réagit par la panique.”

Nadia a dit : “Mais pourquoi toujours à la même heure ?”

Le gériatre a répondu : “Parce que quatre facteurs se combinent au même moment.”

Les 4 déclencheurs du crépuscule #

L'horloge biologique se dérègle. La maladie d'Alzheimer abîme le noyau suprachiasmatique — la petite zone du cerveau qui synchronise nos rythmes jour/nuit. Résultat : le cerveau ne sait plus très bien quand c'est le jour et quand c'est la nuit. Les signaux internes se brouillent.

La lumière baisse. La diminution de la lumière naturelle en fin d'après-midi agit comme un déclencheur sensoriel. Le cerveau interprète cette baisse comme un signal de danger — surtout quand il ne parvient plus à comprendre son environnement.

La fatigue s'accumule. Après une journée entière à essayer de compenser ses déficits cognitifs, le cerveau est épuisé. C'est comme courir un marathon mental chaque jour. À 17h, il ne reste plus de réserves pour gérer la moindre difficulté.

L'environnement change. Les changements de rythme de la maison — le retour des proches, la préparation du repas, la télévision qu'on allume — créent une surcharge sensorielle que le cerveau fatigué ne peut plus traiter.

Le gériatre a conclu : “Ce n'est pas de la mauvaise volonté. Ce n'est pas votre faute. C'est un cerveau malade qui fait ce qu'il peut avec le peu d'énergie qui lui reste.”

Comment reconnaître le syndrome crépusculaire ? #

Nadia a appris à repérer les signes avant-coureurs — ces petits signaux qui précèdent la “bascule” de 30 à 60 minutes.

Les signes précoces (30-60 minutes avant la crise) : votre proche devient plus silencieux que d'habitude, ou au contraire plus agité. Il se lève et s'assied sans raison. Il regarde par la fenêtre avec inquiétude. Il pose la même question en boucle. Il tire sur ses vêtements ou se frotte les mains.

Les signes francs : agitation marquée — marcher sans but, ouvrir et fermer les placards. Anxiété — “je veux rentrer chez moi” (même s'il est chez lui). Confusion — ne pas reconnaître les lieux ou les visages familiers. Irritabilité ou agressivité verbale. Pleurs sans raison apparente. Hallucinations ou idées délirantes (“on m'a volé mes affaires”, “il y a quelqu'un dans la maison”).

Ce que Nadia a compris : chaque soir est différent. Certains jours, sa mère était simplement un peu agitée. D'autres jours, c'était la panique complète. L'intensité varie — selon la fatigue de la journée, la météo, un événement imprévu, une visite, ou même un repas trop lourd.

Le syndrome crépusculaire n'est pas de la comédie. Votre proche ne fait pas exprès. Il souffre. Derrière l'agitation, il y a souvent de la peur — peur de ne plus comprendre, peur d'être abandonné, peur de ce monde qui devient étranger chaque soir.

L'impact sur vous, l'aidant #

Ce que personne ne dit assez : le syndrome crépusculaire est l'un des facteurs d'épuisement les plus importants chez les aidants. Pourquoi ? Parce qu'il tombe exactement au moment où vous êtes vous-même fatigué. Vous rentrez du travail, vous avez votre propre journée dans les jambes, et la personne que vous aimez devient méconnaissable.

Nadia a fini par consulter elle-même. “Je dormais trois heures par nuit. Maman se levait, errait dans la maison. Je me levais pour la raccompagner au lit. Trois fois, quatre fois par nuit. Au bout de six mois, c'est moi qui ne savais plus quel jour on était.”

Si vous vous reconnaissez dans cette description, la section "Quand consulter en urgence ?" est aussi pour vous.

15 stratégies pour apaiser les soirées #

Le gériatre a donné un conseil essentiel à Nadia avant de lui détailler les stratégies : “Il n'y a pas de solution unique. Ce qui fonctionne un lundi peut échouer le mardi. L'idée, c'est d'avoir une boîte à outils — et de piocher dedans selon le soir.”

Voici les 15 stratégies qui ont aidé Nadia — et qui sont soutenues par la recherche scientifique.

Stratégie 1 : Anticiper — le principe le plus important #

La meilleure intervention, c'est celle qui commence avant la crise. Nadia a tenu un petit carnet pendant une semaine. Elle y notait l'heure de début de l'agitation, ce qui se passait juste avant, et ce qui semblait calmer sa mère. En cinq jours, un schéma est apparu : l'agitation commençait systématiquement vers 16h30. C'est-à-dire quand la lumière du salon baissait.

Concrètement : notez les horaires d'agitation de votre proche pendant une semaine. Puis préparez vos stratégies apaisantes 30 minutes avant l'heure habituelle. Anticiper, c'est déjà réduire de moitié l'intensité de la crise.

Stratégie 2 : La lumière — votre meilleure alliée #

C'est la stratégie qui a le plus changé les soirées de Nadia. Le gériatre lui a dit : “Allumez toutes les lumières à 15h30. Avant que la lumière naturelle ne baisse.”

Pourquoi ? Parce que le cerveau de sa mère interprétait la pénombre comme une menace. Les ombres qui s'allongent, les contrastes dans les coins de la pièce, les reflets dans les vitres — tout devenait source d'angoisse.

Concrètement : allumez progressivement les lumières chaudes (jaunes, pas blanches) dès 15h-16h. Évitez les néons et les lumières froides. Fermez les rideaux avant le crépuscule pour éviter les reflets. Si possible, investissez dans une lampe de luminothérapie à utiliser en fin d'après-midi — certaines études montrent un effet positif sur le rythme circadien.

Nadia raconte : “Le premier soir où j'ai tout allumé à 15h30, maman m'a regardée bizarre. 'Pourquoi tu allumes ? Il fait jour !' Et ce soir-là — pour la première fois en trois mois — elle ne s'est pas agitée. Je ne dis pas que c'est magique. Mais la différence était visible.”

Stratégie 3 : Ritualiser la fin de journée #

Le cerveau atteint d'Alzheimer fonctionne mieux quand il sait ce qui va se passer. La prévisibilité rassure. L'imprévu déstabilise.

Nadia a créé un “rituel du soir” — toujours dans le même ordre : goûter à 16h, puis activité douce, puis préparation du dîner ensemble, puis musique, puis coucher. Sa mère ne se souvenait pas du programme. Mais son corps, lui, reconnaissait le rythme.

Concrètement : établissez une séquence fixe pour la fin de journée. Gardez les mêmes horaires, les mêmes étapes, la même musique de fond. Tout en variant les activités au sein de ce cadre pour éviter la lassitude — un soir peinture, un soir jardinage, un soir album photo.

Stratégie 4 : La tisane de 16h — simple et efficace #

Le gériatre a souri quand Nadia lui a demandé s'il existait un traitement. “Le meilleur traitement de 16 heures ? Une tisane.”

Ce n'est pas une boutade. Le rituel de la tisane remplit trois fonctions : il structure le temps (“c'est l'heure de la tisane”), il hydrate (la déshydratation aggrave la confusion), et il apaise par la chaleur et le geste répétitif de tenir la tasse.

Concrètement : préparez la tisane ensemble si possible. La camomille, la verveine et le tilleul ont des propriétés légèrement sédatives. Servez-la dans la tasse habituelle — la familiarité compte. Ce petit rituel devient un repère dans une journée qui perd ses contours.

Stratégie 5 : Adapter les activités au fil de la journée #

La mère de Nadia passait ses après-midi devant la télévision. Le gériatre a suggéré un changement : activités stimulantes le matin (quand la “batterie” est pleine), activités douces l'après-midi, activités apaisantes en fin de journée.

Concrètement : proposez les sorties, les visites et les exercices physiques le matin. Intégrez une sieste courte (20-30 minutes maximum) en début d'après-midi — pas plus tard que 14h30, sinon elle perturbera le sommeil nocturne. Réservez la fin d'après-midi aux activités calmes qui occupent les mains sans fatiguer l'esprit.

Stratégie 6 : Occuper les mains — ateliers créatifs #

Quand l'agitation monte, les mains ont besoin de faire quelque chose. Nadia a découvert que sa mère se calmait en pliant du linge — un geste qu'elle avait fait des milliers de fois dans sa vie. Le corps se souvient de ce que le cerveau a oublié.

Concrètement : proposez du pliage de serviettes, du tri de boutons par couleur, de la peinture avec les doigts, du coloriage, du pétrissage de pâte à modeler ou à pain. L'objectif n'est pas le résultat — c'est l'occupation sensorielle. Les mains occupées apaisent l'esprit.

Stratégie 7 : Les plantes et le jardinage #

Arroser les plantes. Nettoyer les feuilles. Déplacer un pot. Sentir la terre. Ces gestes simples connectent la personne à quelque chose de vivant et de concret.

Concrètement : installez quelques plantes à portée de main. Le soir venu, proposez d'arroser ensemble. Si vous avez un jardin ou un balcon, quelques minutes dehors avant le coucher du soleil — quand la lumière est encore douce — peuvent faire une vraie différence. Le contact avec la nature a des effets prouvés sur l'anxiété.

Stratégie 8 : La musique — le raccourci vers le calme #

C'est peut-être la stratégie la plus puissante. La musique emprunte des circuits cérébraux différents de ceux de la mémoire. C'est pour cela qu'une personne qui ne reconnaît plus ses enfants peut encore chanter une chanson de sa jeunesse mot pour mot.

Nadia a retrouvé les disques de sa mère. “Un soir où rien ne marchait — ni la tisane, ni la lumière, ni les mots — j'ai mis Édith Piaf. Maman s'est arrêtée de marcher. Elle s'est assise. Et elle a chanté. Tout le couplet. Sans une erreur. Ce soir-là, j'ai pleuré — mais de soulagement.”

Concrètement : identifiez les musiques que votre proche aimait entre 15 et 30 ans — c'est la période dont les souvenirs musicaux résistent le mieux. Diffusez-les en fond sonore dès 16h. Évitez les musiques inconnues ou les informations télévisées (souvent anxiogènes). Les sons de la nature — pluie, vagues, oiseaux — fonctionnent aussi comme fond apaisant.

Stratégie 9 : Simuler votre présence #

Quand Nadia devait s'absenter en fin de journée, l'agitation de sa mère était bien plus intense. L'absence du proche principal crée un vide anxiogène.

Le gériatre a proposé une astuce : “Enregistrez-vous en train de raconter un souvenir, de lire une histoire, ou simplement de parler. Laissez l'enregistrement passer sur la télévision ou une enceinte.”

Concrètement : filmez-vous en gros plan, avec une lumière douce, en train de raconter un souvenir familial ou de lire un conte. Votre visage familier et votre voix rassurent — même sur un écran. Certaines familles enregistrent plusieurs vidéos de 10-15 minutes et les passent en rotation.

Stratégie 10 : Les animaux — vrais ou en peluche #

La médiation animale donne de bons résultats sur l'anxiété. Caresser un chat, brosser un chien — ces gestes répétitifs apaisent. Et quand un animal vivant n'est pas envisageable, les peluches fonctionnent aussi. Ce n'est pas infantilisant — c'est sensoriel. La douceur du tissu, la forme rassurante, le geste de caresser activent les mêmes circuits d'apaisement.

Concrètement : introduisez un temps dédié aux animaux en fin d'après-midi. Brosser le chat, donner à manger au chien, caresser une peluche douce. Nadia a acheté un chat en peluche qui ronronnait. Sa mère le tenait sur ses genoux chaque soir. “Elle lui parlait. Elle lui racontait sa journée. Et elle était calme.”

Stratégie 11 : Le mouvement doux — danser, marcher, s'étirer #

La tension physique accumulée dans la journée nourrit l'agitation mentale. Le corps a besoin de libérer cette tension — mais pas par un effort intense qui fatiguerait davantage.

Concrètement : proposez une danse lente sur une musique aimée, une marche douce dans le couloir ou le jardin, quelques étirements guidés. Le mouvement doit être doux, rythmé, prévisible. Nadia dansait un slow avec sa mère chaque soir sur une chanson de Joe Dassin. “Elle ne parlait plus. Mais elle dansait. Et son visage se détendait.”

Les marches en fin d'après-midi donnent les meilleurs résultats. Une étude a montré que 120 minutes de marche par semaine avec l'aidant, maintenues pendant 6 mois, amélioraient significativement la fréquence et l'intensité du syndrome crépusculaire — surtout lorsque les promenades avaient lieu l'après-midi.

Stratégie 12 : Cuisiner ensemble #

Que faisait votre proche chaque soir à 17h, il y a trente ans ? Beaucoup de personnes préparaient le dîner. Ce geste, ancré dans la mémoire procédurale, peut ressurgir.

Concrètement : impliquez votre proche dans des tâches simples et sécurisées — éplucher des légumes mous, mélanger une salade, beurrer du pain, essuyer la vaisselle. L'objectif n'est pas culinaire. C'est de redonner un rôle, un sentiment d'utilité, un ancrage dans le réel. “Maman épluchait les carottes. Elle les épluchait très lentement, de travers. Mais elle était concentrée. Calme. Utile.”

Stratégie 13 : Choisir ce qui passe à l'écran #

Les informations télévisées, les séries violentes, les publicités bruyantes — tout cela aggrave l'agitation. Le cerveau fatigué ne distingue plus la fiction de la réalité. Un reportage sur un incendie peut déclencher une panique réelle.

Concrètement : remplacez la télévision classique par des vidéos choisies — documentaires animaliers, paysages filmés en slow TV, vidéos de trains ou de bateaux, films musicaux anciens. Sélectionnez des contenus qui correspondent aux passions de votre proche. Nadia passait des vidéos de marchés provençaux — sa mère avait grandi en Provence. “Elle commentait les tomates. Elle était là.”

Stratégie 14 : Créer un espace sensoriel apaisant #

Un “coin de calme” dans la maison — un fauteuil confortable, une couverture douce (idéalement pondérée), une lumière tamisée, une odeur familière — peut devenir un refuge.

Concrètement : choisissez un endroit de la maison associé à des souvenirs positifs. Installez-y une couverture pondérée (3-5 kg — le poids apaise par pression profonde), des coussins doux, une lampe chaude. Vous pouvez diffuser une huile essentielle de lavande vraie — des études montrent un effet anxiolytique léger. Nadia avait installé ce coin près de la fenêtre de la cuisine. “Quand l'agitation commençait, je guidais maman vers son fauteuil. Parfois, le simple fait de s'asseoir là suffisait.”

Stratégie 15 : La boîte à trésors #

Constituez une boîte contenant des objets réconfortants — un foulard en soie, un album de photos anciennes, un flacon de parfum familier, un petit jouet d'enfance, des cartes postales, un tissu au toucher agréable. Le soir venu, sortez la boîte et explorez-la ensemble.

Chaque objet est une porte vers un souvenir. Chaque souvenir est un ancrage dans le réel. Nadia avait mis dans la boîte le briquet de son père (sans gaz), un mouchoir brodé par sa grand-mère, et une photo de mariage. “Maman tenait la photo. Elle caressait le visage de papa. Elle disait : 'Il était beau.' Et la soirée passait.”

Le principe d'or : aucune stratégie n'est magique à elle seule. Combinez-en deux ou trois par soirée. Alternez d'un jour à l'autre pour éviter la lassitude. Et surtout — acceptez que certains soirs, rien ne fonctionne. Ce n'est pas un échec. C'est la maladie.

Quand consulter en urgence ? #

Le syndrome crépusculaire fait partie de la maladie. Mais certaines situations nécessitent un avis médical rapide.

Consultez dans les 48 heures si : l'agitation est devenue quotidienne et intense, alors qu'elle ne l'était pas. Votre proche ne dort plus du tout la nuit. Vous êtes vous-même épuisé(e) au point de ne plus pouvoir assurer les soins. Les stratégies non médicamenteuses qui fonctionnaient échouent toutes systématiquement.

Consultez en urgence si : l'agitation s'est installée brutalement (en quelques heures ou jours). Votre proche a de la fièvre. Il y a eu un changement récent de médicament. Votre proche est tombé ou a eu un traumatisme. Il y a un danger pour lui ou pour vous.

Attention : une aggravation brutale du syndrome crépusculaire peut signaler une infection (urinaire, pulmonaire), une douleur non exprimée, un effet secondaire médicamenteux, ou une déshydratation. Ces causes sont traitables. Ne les mettez pas sur le compte de “la maladie qui évolue” sans avoir consulté.

Et les médicaments ? #

Nadia a posé la question au gériatre : “N'y a-t-il pas un médicament pour calmer ça ?”

Le gériatre a été direct : “Les médicaments seuls sont peu efficaces contre le syndrome crépusculaire. Les somnifères — benzodiazépines — aggravent souvent la confusion et augmentent le risque de chutes nocturnes. Les neuroleptiques ont des effets secondaires graves chez les personnes âgées. Ce sont des traitements de dernier recours, réservés aux situations sévères, et toujours associés aux approches que je viens de vous décrire.”

Règle essentielle : ne donnez jamais de somnifère à votre proche sans avis gériatrique. Ce qui semble logique (“il ne dort pas, donnons-lui un somnifère”) est souvent dangereux.

 

Questions fréquentes

À quelle heure commence généralement le syndrome crépusculaire ?

Le syndrome débute typiquement entre 16h et 17h et peut durer jusqu'à 21h-22h, avec un pic d'agitation entre 18h-19h. Chaque personne a son propre rythme. Le conseil le plus utile : notez les horaires précis pendant une semaine dans un petit carnet. Ce “journal du crépuscule” vous permettra d'anticiper et de préparer vos stratégies apaisantes 30 minutes avant le début habituel.

Le syndrome crépusculaire disparaît-il avec l'évolution de la maladie ?

Malheureusement, le syndrome crépusculaire tend à persister voire à s'intensifier aux stades modérés à avancés d'Alzheimer. Aux stades très avancés, il peut diminuer — en même temps que l'activité générale de la personne. L'adaptation constante des stratégies est nécessaire tout au long de l'évolution de la maladie. Ce qui fonctionne aujourd'hui devra peut-être être remplacé dans six mois.

Dois-je allumer toutes les lumières dès 16h pour prévenir le syndrome ?

Oui, c'est l'une des recommandations les plus efficaces. Allumez progressivement les lumières chaudes (jaunes) dès 15h-16h pour compenser la baisse de luminosité naturelle. Évitez les lumières froides (blanches, bleues) qui perturbent l'horloge biologique. Fermez les rideaux avant le crépuscule pour supprimer les reflets et les ombres. Si les épisodes sont intenses, une lampe de luminothérapie utilisée en fin d'après-midi peut aider à recalibrer le rythme circadien.

Le syndrome peut-il être déclenché par un événement particulier ?

Oui. Un changement de lieu (vacances, hospitalisation), une visite inhabituelle, un repas trop tardif ou trop lourd, un programme télévisé anxiogène, une dispute entendue, ou simplement une journée plus fatigante que d'habitude peuvent intensifier l'épisode crépusculaire. À l'inverse, une journée calme avec une bonne sieste et une activité plaisante le matin peut conduire à une soirée plus paisible.

Les médicaments sont-ils efficaces contre le syndrome crépusculaire ?

Les médicaments seuls sont peu efficaces et comportent des risques importants chez les personnes âgées : somnolence diurne, chutes, confusion accrue, rigidité musculaire. Ils sont réservés aux cas sévères, toujours en association avec les approches non médicamenteuses. Ne donnez jamais de somnifère sans avis gériatrique : les benzodiazépines aggravent souvent le problème au lieu de le résoudre.

Comment faire quand je suis épuisé(e) et que rien ne fonctionne ?

Votre épuisement est un signal d'alarme, pas une faiblesse. Demandez de l'aide : équipes mobiles de gériatrie, accueil de jour (votre proche y passe la journée et revient moins fatigué le soir), aide à domicile en fin d'après-midi, hébergement temporaire pour vous offrir du répit. Parlez-en à votre médecin. Contactez France Alzheimer ou l'association Emp@thies. Vous ne pouvez pas accompagner votre proche si vous êtes vous-même à bout.

Bien-être des aidants : prendre soin de soi

 

À retenir #

Nadia a appelé six mois plus tard.

Les soirées n'étaient pas devenues parfaites. Mais elles avaient changé. “Le gériatre avait raison — il n'y a pas de baguette magique. Mais maintenant j'ai ma boîte à outils.”

Ce qui a le plus changé ses soirées ? La lumière, allumée dès 15h30. La musique d'Édith Piaf à 16h. La tisane à 16h30. Le pliage de serviettes à 17h. Et certains soirs, quand rien ne marchait, le slow sur Joe Dassin.

“Il y a encore des soirées difficiles. Mais la différence, c'est que je ne panique plus. Je sais ce que c'est. Je sais que ce n'est pas ma faute. Et j'ai des choses à essayer.”

Sa mère, elle, ne sait pas pourquoi les soirées sont devenues plus douces. Elle ne se souvient ni de la tisane ni du pliage. Mais quelque chose en elle reconnaît ce rythme, cette lumière, cette musique. Et c'est suffisant.

Ce soir, si votre proche commence à s'agiter, souvenez-vous de Nadia. Pas de la panique des premiers soirs — mais de la boîte à outils qu'elle s'est construite, stratégie par stratégie, soirée après soirée.

Commencez par une seule chose : allumez les lumières plus tôt. Demain, ajoutez la musique. Après-demain, la tisane. Petit à petit, vous trouverez la combinaison qui apaise votre proche. Et qui vous apaise aussi.
 
 
 

Nos autres guides d'accompagnement #

 

Références médicales et scientifiques #

Pour les professionnels de santé :

Ressources complémentaires :

Sources scientifiques :

À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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