Communication empathique, un levier démontré de l'adhésion thérapeutique #

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« Vous prenez bien vos médicaments, Madame ? »

Madame Leblanc acquiesce. Le médecin coche une case dans le dossier. La consultation dure encore cinq minutes. Le médecin passe en revue la tension, la glycémie, ajuste une dose, conclut.

Ce qui ne s'est pas dit : Madame Leblanc prend son traitement antihypertenseur une fois sur deux. Elle a peu compris pourquoi le continuer, sa tension lui semblant « normale » quand elle se mesure elle-même. Et surtout, elle n'a pas osé redemander.

Ce scénario se joue des milliers de fois par jour. Et il coûte cher : hospitalisations évitables, complications chroniques, vies écourtées.

Une étude publiée en 2026 dans BMC Health Services Research (Keshtkar et al.) vient de poser des chiffres sur une intuition clinique ancienne : la qualité de la communication entre soignant et personne soignée est un déterminant mesurable de l'adhésion thérapeutique.

 
 

Vous visitez cette page peut-être parce que vous avez des difficultés à suivre votre traitement. C'est normal. Prendre un traitement tous les jours n'est pas une mince affaire. Ou alors, vous vous inquiétez pour votre parent. Parce que son pilulier reste parfois plein et vous ne savez pas comment en parler. Ce guide est pour vous.

 

Communication soignant-soigné : un levier démontré de l'adhésion thérapeutique - maeker.fr

 

L'observance thérapeutique, un problème sous-estimé #

Selon l'OMS, environ 50 % des personnes avec une maladie chronique ne suivent pas leur traitement comme prescrit. Ce chiffre stable depuis vingt ans masque plusieurs réalités : oubli, incompréhension, méfiance, effets secondaires tolérés en silence, coût, représentations culturelles du médicament.

Parmi tous les facteurs modifiables, la relation soignant-soigné revient comme levier. Une étude avait déjà montré en 2009 qu'une communication médicale défaillante était associée à un risque de non-adhésion supérieur de 19 %. La nouvelle étude confirme cette direction, et la précise.

Ce que montre cette étude 2026 #

Méthodologie #

Les auteurs ont interrogé cinq bases de données internationales sur la période 2014-2025. Ils ont inclus toute étude portant sur la relation entre communication soignant-soigné et l'adhésion à un traitement : tous types de soins, tous types de personnes.

Au total : 25 156 articles analysés, 24 études retenues, représentant 8 671 personnes. Parmi elles :

  • 6 essais randomisés contrôlés (733 personnes)
  • 18 études observationnelles (7 938 personnes, dont 17 transversales et 1 cohorte rétrospective)

Résultats principaux #

Du côté des études d'observation et dites transversales, la qualité de communication du praticien améliore l'adhésion thérapeutique de façon significative. Toutes les études ont montré une association positive, y compris celles mesurant l'empathie médicale avec l'outil CARE (Consultation and Relational Empathy).

Les essais randomisés montrent, eux, que l'effet global est plus modeste que prévu avec cependant une grande complexité à comparer les études entre elles (hétérogénéité).

Cette divergence est importante à comprendre : les essais, méthodologiquement plus rigoureux, génèrent des estimations plus conservatrices. L'hétérogénéité élevée suggère que certaines interventions fonctionnent mieux que d'autres, et que les essais n'ont pas systématiquement ciblé la bonne intervention.

Ce qui ressort sur le type d'intervention #

Les interventions qui ont montré les effets les plus nets sont celles qui combinent présence empathique et structure d'intervention :

  • Entretien motivationnel (deux études) : effet net sur l'observance dans les addictions et le diabète
  • Counseling pharmaceutique structuré (quatre études) : efficace pour l'adhésion médicamenteuse post-sortie d'hospitalisation
  • Comportement empathique explicite du médecin (deux études) : effet sur l'observance globale

Les interventions non ciblées (« améliorer la communication » sans protocole) donnent des résultats beaucoup plus variables.

 

Comparaison avec les revues antérieures #

Les résultats sont cohérents avec la littérature des quinze dernières années :

  • Zolnierek & DiMatteo (2009) : communication médicale de bonne qualité → risque de non-adhésion réduit de 19 %.
  • Haskard-Zolnierek et al. (2014) : formation des médecins à la communication → amélioration mesurable de l'observance des personnes.
  • OMS (2020) : la relation soignant-soigné est l'un des cinq déterminants majeurs de l'adhésion thérapeutique.

Cette nouvelle étude apporte une mise à jour importante : elle confirme l'association dans les études observationnelles les plus récentes, et elle identifie où les essais randomisés devraient mieux cibler leurs interventions.

 

Implications cliniques concrètes #

Trois implications se dégagent pour la pratique quotidienne.

1. La communication empathique est une compétence clinique, plus qu'un trait de personnalité #

L'empathie clinique se mesure : l'échelle CARE (Consultation and Relational Empathy) est validée et utilisée en recherche comme en audit de service. Elle peut être intégrée dans une évaluation annuelle de pratique. Les soignants forment et progressent. D'autres échelles existent et méritent d'être utilisées : JSPE, IRI par exemple. Elles ne sont pas détaillées ici.

2. Les interventions les plus efficaces combinent empathie et structure #

Les entretiens « libres » sur l'observance ont une efficacité limitée. Les interventions avec un script adapté (entretien motivationnel, conciliation médicamenteuse avec explication active, counseling post-sortie structuré) produisent des effets plus fiables.

3. La communication seule ne suffit pas #

Elle s'intègre à une stratégie à plusieurs niveaux, tous favorisant l'adhésion : simplification des schémas, piluliers, rappel téléphonique ou SMS, implication des pharmaciens, éducation thérapeutique structurée, suivi des effets secondaires.

Les essais qui ont montré les effets les plus grands combinaient plusieurs de ces leviers.

 

Les limites de l'étude #

  • Cette revue laisse ouverte la question de savoir si la communication seule suffit à transformer l'observance : les essais randomisés sont clairs sur ce point.
  • Elle ne tranche pas la question de la meilleure intervention pour chaque contexte : les hétérogénéités restent fortes.
  • Elle aborde peu la personne âgée : très peu d'études incluses ciblaient cette population, ce qui constitue un angle mort important et une opportunité de recherche.
 

Une application directe en gériatrie #

En consultation gériatrique, la revue invite à systématiser trois gestes simples, en plus des prescriptions : * Ouvrir par une question sur les priorités de la personne âgée : « Qu'est-ce qui est le plus important pour vous en ce moment ? » Cette phrase change l'angle de la consultation, et guide les arbitrages qui suivent.

  • Reformuler ce que la personne dit sur son traitement, avant de décider de le modifier. « Si je comprends bien, vous arrêtez le matin parce que vous craignez de tomber l'après-midi, c'est cela ? » Cette reformulation est un acte thérapeutique.
  • Proposer un rendez-vous de suivi rapproché après toute modification : l'adhésion s'étaye sur la continuité, au-delà de la prescription initiale.

Ces stratégies prennent finalement peu de temps au regard de leurs bénéfices : hospitalisations évitées, décompensations prévenues, confiance construite.

 
 

Questions fréquentes #

La qualité de la communication soignant-soigné améliore-t-elle vraiment l'observance ?

Oui. Une revue systématique 2026 (BMC Health Services Research, 24 études, 8 671 personnes) montre que la qualité de la communication s'associe à une meilleure adhésion thérapeutique. L'effet est le plus net quand l'empathie s'accompagne d'une intervention structurée comme l'entretien motivationnel.

L'empathie clinique se mesure-t-elle vraiment ?

Oui. L'échelle CARE (Consultation and Relational Empathy) est validée et utilisée en recherche comme en audit de service. D'autres échelles existent (JSPE, IRI). L'empathie est ainsi une compétence évaluable, qui se forme avec l'expérience et la formation.

Quels gestes simples adopter en consultation gériatrique ?

Trois gestes ressortent : ouvrir par une question sur les priorités de la personne, reformuler ce qu'elle dit de son traitement avant de le modifier, et proposer un suivi rapproché après tout changement. Vous trouverez d'autres repères pratiques dans notre rubrique Empathie.

La communication suffit-elle à elle seule à améliorer l'adhésion ?

Non, et les essais randomisés sont clairs sur ce point. La communication s'intègre à une stratégie à plusieurs niveaux : simplification des schémas, piluliers, rappels, implication des pharmaciens, éducation thérapeutique. Les effets les plus forts viennent de la combinaison de ces leviers.

Cette étude concerne-t-elle la personne âgée ?

Peu d'études incluses ciblaient spécifiquement le grand âge, ce qui constitue un angle mort de la recherche. Les principes restent transposables, et notre rubrique Empathie propose des ressources dédiées à la communication en gériatrie.

 

À retenir #

La communication soignant-soigné est un levier d'adhésion thérapeutique démontré, et particulièrement efficace quand elle prend la forme d'interventions structurées comme l'entretien motivationnel ou le counseling empathique.

L'empathie clinique n'est ni un talent inné, ni un supplément d'âme. C'est une compétence qui se forme, qui se mesure, et qui produit des effets cliniques mesurables.

Dans une médecine qui fait face à la complexité des maladies chroniques, aux multiples maladies du grand âge et à la défiance croissante envers les institutions, investir dans cette compétence relève de la stratégie thérapeutique, bien au-delà de la posture.

 

===== Pour aller plus loin ===== * Communication empathique : 8 clés pratiques, guide grand public

 

Référence principale #

  • Keshtkar L, Ahmed S, Mohan S, Kulshrestha H, Nockels K, Harrell C, Highton P, Howick J. Examining the relationship between healthcare practitioners' communication and patient adherence to treatment: a systematic review.BMC Health Serv Res. 2026 Mar 25;26(1):458. doi: 10.1186/s12913-026-14359-8.
    [PMID: 41882677] [PMCID: 13045089] [DOI: 10.1186/s12913-026-14359-8] [ScienceDirect]

Références complémentaires #

 
 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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