L’empathie dans les soins, la naissance d’une mythologie.

Auteurs et références

L’empathie dans les soins, la naissance d’une mythologie. Épisode 00.

Mots-clés : Empathie, Humanisme, Relation soignant-soigné, Éthique.

Les crises sont des révélateurs, à la manière dont une bougie dévoile un message rédigé au jus de citron ou à celle dont ébranle le fracas d’un séisme. Elles creusent et mettent en lumière des failles dans lesquelles des personnes, des valeurs, des idées naissent ou se renforcent pour leur permettre de se démarquer. D’après certains auteurs, elles sont une occasion donnée à l’humanité d’emprunter un ou plusieurs chemins jusqu’alors impensables, de surmonter des obstacles encore infranchissables hier. Qu’elles soient brusques, durables, sporadiques ou systémiques, elles mettent à l’épreuve l’instant présent d’une civilisation. La COVID-19 aurait fait entrer une partie de l’humanité, tout au moins la France, « en guerre ». Une guerre contre une pandémie, soit deux des trois événements fondamentaux pourvoyeurs de crises profondes que sont les guerres, les épidémies et les famines [1]. Qu’en est-il pour la médecine ? Existe-t-il une tension qui, au décours de cette « guerre de la pandémie », émerge ? Existe-t-il des actions, des humains qui pointent une ou plusieurs valeurs cardinales de son exercice ? Dans une série d’écrits, certains des aspects fondamentaux de la médecine seront questionnés, et plus particulièrement, son humanisme, son lien avec l’humanité. Après tout, les soignants (médecins et paramédicaux) sont des êtres humains au service des leurs.

Des vertus dans la crise ?

Dimanche 08 novembre 2020, USA, une femme de 69 ans est hospitalisée suite à un diagnostic de COVID-19. Formée à la médecine, sa fille se retrouve le pivot opérationnel d’une famille entière avec pour mission de transmettre quotidiennement les nouvelles concernant l’état de santé de sa mère. Les échanges deviennent rapidement centrés sur la technique, les choix des traitements, les statistiques publiées, les études scientifiques, les paramètres de surveillance. Ils finissent par prendre toute la place à l’exclusion de l’humain. Comment une fille peut-elle vivre, à distance, la fulgurante dégradation de sa mère hospitalisée au septième jour ? Dans un sentiment de colère, de désarroi, d’impuissance et d’injustice sûrement. En ce septième jour, la mère est transférée en soins intensifs. Aussitôt, la fille traverse le continent américain de part en part et établit son camp de base dans l’hôtel le plus proche de l’hôpital. Jamais, elle ne pourra revoir sa mère. Elle écrit : « La communication avec [les soignants] était nettement différente de celle de la famille élargie […] d’abord, est venue l’empathie. […] Leurs propos ont touché une corde différente, affinés par leurs expériences et leur conscience de l’humain dont ils ont la charge, au-delà des articles, au-delà des statistiques. Il semble que les médecins et les infirmières de l’unité de soins intensifs se soient souvenus d’un principe clé de la médecine — traiter d’abord la personne, pas la maladie. » L’histoire se termine bien tristement. « Le matin du 16 novembre [les soignants] lui ont tenu la main, ont porté le téléphone à son oreille et se sont mis en retrait pour témoigner des derniers mots intensément intimes et désespérés entre une mère et sa fille. Je suis resté dans une chambre d’hôtel, à 50 mètres de là, sans jamais voir ma mère ».

La naissance d’une mythologie

Certaines histoires n’ont rien de réel. Celles qui seront le support de cette série de réflexions à propos de l’empathie et l’humanisation des soins auront été imaginées, éprouvées ou incarnées par des soignants ou des personnes recevant des soins. Des paroles, des vécus, des idées, des études, des analyses, des SOS ou simplement des coups de sang animeront des questionnements éthiques ou médico-scientifiques. Car, si les mythes sont des récits imaginaires utiles pour expliquer certains phénomènes dans le but de favoriser une forme de cohésion culturelle, l’adversité des témoignages explose en supernovae dans un infini invisible. À leur manière, ils façonnent peu à peu une nouvelle mythologie de l’empathie dans les soins, source bienveillante d’exploration (au sens large) de l’humanisme médical, de l’humanité dans les soins. L’auteure de cette première histoire le résume très bien en ces mots : « bien que la médecine soit importante, l’humanité doit passer en premier » [2].

[1] Harari YN. Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir. Albin Michel 2017 ; Paris : France.
[2] Meeks LM. COVID-19 Communication-The Need for Humanity, Empathy, and Grace. JAMA 2021 ; 325 (8) : 725-6.

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