Personne de confiancerôle, choix et formalités #

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Quand Marie, 76 ans, a été hospitalisée en urgence après un AVC, elle ne pouvait plus parler. Les médecins devaient prendre des décisions importantes. Vers qui se tourner ? Son fils aîné voulait “tout tenter”. Sa fille pensait qu'il valait mieux respecter ce que leur mère avait souvent répété : “pas d'acharnement”. Personne ne savait qui avait raison.

Marie n'avait pas désigné de personne de confiance. Elle n'y avait pas pensé. Elle pensait avoir le temps.

 

Parler de ces sujets n'est pas facile. Personne n'a envie d'imaginer le moment où il ne pourra plus décider pour lui-même. Pourtant, cette simple démarche — quelques minutes à peine — peut éviter des conflits familiaux douloureux et garantir que vos volontés seront respectées. Elle s'inscrit dans un dialogue avec le médecin préparé sereinement, longtemps avant l'urgence.

Ce qu'est la personne de confiance #

La personne de confiance est une personne majeure que vous désignez pour vous accompagner dans votre parcours de santé et, surtout, pour parler en votre nom si vous n'êtes plus en état de vous exprimer.

Son rôle au quotidien #

Au fil de votre parcours de santé, elle vous accompagne lors des consultations médicales si vous le souhaitez et vous aide à comprendre les informations transmises par les médecins. Sa présence soutient vos réflexions et vos décisions médicales, sans s'y substituer : elle éclaire, elle ne tranche pas à votre place.

Son rôle quand vous ne pouvez plus vous exprimer #

Si vous êtes inconscient, en situation de confusion aiguë ou dans l'incapacité de communiquer, la personne de confiance devient votre relais. Elle est consultée par l'équipe médicale pour les décisions importantes et témoigne de ce que vous auriez voulu — vos valeurs, vos souhaits exprimés auparavant. Elle accède alors à votre dossier médical pour mieux porter votre parole, notamment lorsqu'approchent des décisions de fin de vie ou qu'une évaluation gériatrique approfondie oriente la prise en charge.

Important : la personne de confiance ne décide pas à votre place. Elle témoigne de vos volontés. La décision finale reste médicale, en concertation avec elle.

Qui peut être personne de confiance ? #

Toute personne majeure de votre entourage : conjoint, enfant, frère ou sœur, ami proche, voisin, collègue. Le lien de parenté n'est pas obligatoire, et un aidant familial déjà investi au quotidien fait souvent un choix naturel — à condition d'éviter les phrases qui blessent et de garder un dialogue respectueux.

Les qualités à rechercher #

Privilégiez quelqu'un qui vous connaît bien — vos valeurs, vos souhaits, votre façon de voir la vie — et qui saura porter votre parole même sous pression, même face à des désaccords familiaux. Cette personne gagne à rester disponible et joignable en cas d'urgence, et surtout à mériter votre confiance pour respecter vos volontés plutôt que les siennes — loin de tout regard âgiste qui minimiserait votre parole. Une communication empathique entre vous deux rend ce rôle plus solide encore.

Ce n'est pas forcément le conjoint #

Le conjoint semble le choix évident. En revanche, il n'est pas systématiquement le meilleur : lui-même âgé ou fragile, il peut être hospitalisé en même temps que vous, ou avoir du mal à porter des décisions difficiles comme limiter les soins. Parfois, un enfant ou un ami est plus à même de défendre vos volontés, surtout lorsqu'il s'agit d'aider un parent à distance tout en restant présent au bon moment.

Il n'y a pas de mauvais choix. Le bon choix est celui qui vous convient.

Comment désigner sa personne de confiance #

Une démarche simple #

Pas besoin de notaire ni de formulaire officiel : un document écrit, daté et signé suffit. Vous pouvez utiliser le formulaire proposé par l'hôpital ou la clinique, rédiger un simple courrier, ou télécharger un modèle officiel (site service-public.fr ou ministère chargé de la Santé) — la même logique que pour rester chez soi le plus longtemps possible en préparant les bons documents. Une aide à la rédaction existe d'ailleurs pour accompagner cette étape pas à pas.

Le contenu du document #

  • Vos nom, prénom, date de naissance
  • Les coordonnées complètes de la personne désignée
  • La date et votre signature
  • Idéalement : la signature de la personne de confiance (qui confirme qu'elle accepte cette mission)

Où conserver ce document #

Gardez l'original chez vous, dans un endroit connu de vos proches, et confiez une copie à votre médecin traitant. Apportez ce document lors de toute hospitalisation et informez votre entourage de cette désignation, comme vous le feriez avant un changement de lieu de vie ou une entrée en établissement qui demandent, eux aussi, d'anticiper sereinement.

Vous pouvez changer d'avis #

Cette désignation n'est pas définitive. Vous pouvez la modifier ou la révoquer à tout moment, par un nouveau document écrit, exactement comme vous pouvez réviser vos directives anticipées.

Personne de confiance et directives anticipées : quelle différence ? #

Les directives anticipées #

Ce sont vos volontés écrites concernant votre fin de vie : souhaitez-vous que l'équipe médicale poursuive les traitements si vous êtes dans le coma ? Voulez-vous une sédation profonde ? Refusez-vous l'acharnement thérapeutique ?

Ces directives s'imposent au médecin (sauf situations exceptionnelles) et éclairent les décisions de fin de vie le moment venu, parfois au plus près des derniers jours de vie, jusqu'aux choix d'alimentation et d'hydratation.

La personne de confiance #

Elle témoigne de vos volontés, cependant ses paroles n'ont pas la même force juridique que vos écrits. Elle complète vos directives anticipées, elle ne les remplace pas.

L'idéal #

Le plus protecteur reste de combiner les deux démarches : rédiger des directives anticipées qui consignent vos volontés, puis désigner une personne de confiance capable de les connaître et de les défendre. En parler ensuite avec vos proches évite les conflits familiaux en informant tout le monde du même cap, y compris sur les signes des derniers jours à reconnaître ensemble.

Comment en parler à la personne choisie #

Cette conversation peut sembler difficile. Elle gagne pourtant à se tenir tôt, au même titre qu'anticiper un changement de lieu de vie avant qu'une hospitalisation en urgence ne l'impose. Une communication empathique, pas à pas, rend ces échanges plus apaisés.

Les points à aborder #

Expliquez pourquoi vous la choisissez elle, et ce que vous attendez précisément de son rôle. Partagez vos souhaits concernant votre santé et votre fin de vie, ce que vous refusez absolument, et ce qui compte le plus pour vous : dignité, absence de douleur, présence des proches. Abordez aussi vos craintes — une anxiété face à l'avenir mérite d'être entendue, pas écartée.

Les points à vérifier #

Assurez-vous qu'elle accepte cette responsabilité et qu'elle se sent capable de porter vos volontés, même les plus difficiles. Vérifiez enfin qu'elle reste joignable en cas d'urgence, sans craindre d'aborder ensemble les questions éthiques de fin de vie qui pourraient se poser, y compris une éventuelle sédation le moment venu.

Que se passe-t-il sans personne de confiance ? #

Si vous n'avez pas désigné de personne de confiance et que vous ne pouvez plus vous exprimer, les médecins consulteront votre famille — conjoint, enfants — sans qu'aucun proche ait le statut prévu par la loi. En cas de désaccord familial, les décisions deviennent plus lourdes, et vos volontés risquent de rester méconnues. Face à ce type d'urgence gériatrique, l'absence de repère écrit pèse sur tout l'entourage, qui peine alors à repérer les signes de ce que vous auriez voulu.

C'est précisément ce qui est arrivé à Marie.

 
La personne de confiance peut-elle décider à ma place ?

Non. Elle témoigne de vos volontés sans décider à votre place. La décision reste médicale, prise en concertation avec elle et l'équipe soignante.

Puis-je désigner plusieurs personnes de confiance ?

Non, une seule personne peut être désignée. Cela évite les conflits en cas de désaccord entre plusieurs personnes.

Mon conjoint est automatiquement ma personne de confiance ?

Non. Sans désignation écrite, personne n'est officiellement votre personne de confiance. Le conjoint sera consulté, sans avoir le statut particulier prévu par la loi.

La personne de confiance a-t-elle accès à mon dossier médical ?

Oui, si vous ne pouvez plus vous exprimer. Tant que vous êtes conscient et capable de décider, c'est vous qui autorisez ou non cet accès.

Puis-je révoquer la désignation si je change d'avis ?

Oui, à tout moment. Il suffit de rédiger un nouveau document indiquant que vous révoquez la désignation précédente.

 

À retenir : quelques minutes pour la tranquillité d'esprit #

Après son AVC, Marie a récupéré, partiellement. Elle a désormais désigné sa fille comme personne de confiance. Elle a aussi rédigé ses directives anticipées. “Je ne veux plus que mes enfants se disputent à mon sujet”, dit-elle. “Maintenant, tout est clair.”

Désigner une personne de confiance ne porte pas malheur. C'est un acte de responsabilité et d'amour — envers vous-même et envers vos proches. Quelques minutes de réflexion, quelques lignes sur un papier, et vous leur épargnez peut-être des mois de doutes et de conflits.

 

Références #

  • Loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie (loi Claeys-Leonetti)
  • HAS. La personne de confiance. Fiche pratique. 2016.
  • Code de la santé publique, articles L.1111-6 et suivants.
 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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