Évaluation de l’indice de masse corporelle (IMC) chez la personne âgée #

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Évaluation de l’indice de masse corporelle (IMC) chez la personne âgée - maeker.fr

 
L’indice de masse corporelle ou IMC (en anglais Body Mass Index, BMI) 1) porte aussi le nom d’indice de Quetelet. Il rapporte le poids à la taille et résume en un chiffre l’équilibre entre les deux. Ce chiffre sert à évaluer le statut nutritionnel, puis à orienter la prise en charge des troubles de la nutrition 2).
Cette page peut être imprimée sans paramétrage particulier. Les tests se trouvent sur la page 2 et ultérieures. La dernière page présente les références bibliographiques.
 

Dynamique

IMC — Indice de masse corporelle

Calcul et interprétation selon les seuils adulte ou gériatrique

v1.0 • Vérifié le 06/08/2026

L’indice de masse corporelle (IMC, ou indice de Quetelet) se calcule par IMC = P / T² (P le poids en kg, T la taille en mètres). Les seuils d’interprétation diffèrent chez la personne âgée de 70 ans et plus. Lorsque la taille ne peut plus être mesurée (station debout impossible, tassements vertébraux…), elle peut être estimée à partir de la hauteur talon-genou (formule de Chumlea). L’IMC ne suffit pas à lui seul au diagnostic de dénutrition : il constitue un critère phénotypique qui doit être associé à un critère étiologique (HAS).

Poids actuel (kg)

Poids mesuré, en kilogrammes. La virgule est acceptée.

Âge (années)

Détermine la grille d’interprétation utilisée (adulte ou 70 ans et plus) et intervient dans la formule de Chumlea.

Origine de la taille

Choisissez « estimation » lorsque la taille ne peut plus être mesurée debout.

  • Taille mesurée (toise)
  • Taille estimée par la hauteur talon-genou (formule de Chumlea)
Taille mesurée (cm)

En centimètres. Les mètres sont également acceptés (ex : 1,65).

Sexe

Nécessaire à la formule de Chumlea.

  • Femme
  • Homme
Hauteur talon-genou (cm)

Sujet en décubitus, genou et cheville fléchis à 90°, mesure de la plante du pied au bord supérieur de la rotule.

 

 

Le test #

  • Considérant que :
    • P est le poids en kilogrammes
    • T est la taille en mètres
  • La taille se mesure parfois mal, voire plus du tout : personne alitée, station debout impossible, tassements vertébraux. La hauteur de genou prend alors le relais 3). Mesurez la distance du talon au dessus du genou, jambe fléchie à 90°, puis appliquez la formule correspondante :
    • Femme : taille (cm) = 84,88 - (0,24 x âge en années) + (1,83 x hauteur de genou en cm).
    • Homme : taille (cm) = 64,19 - (0,04 x âge en années) + (2,03 x hauteur de genou en cm).
  • La formule pour calculer l’indice de masse corporelle est la suivante
    • IMC = P/ (T2)

Interprétation du score #

Indice de masse corporelle
Précisez le nom et l’âge du sujet, le nom de l’examinateur et la date de passation.

Nom :

Examinateur :

Date :

Chez la personne âgée de 70 ans et plus

IMC Statut nutritionnel (70 ans et plus)
Inférieur à 18,0 Dénutrition sévère
De 18,0 à 20,9 Dénutrition modérée
De 21,0 à 24,9 Poids normal
De 25,0 à 29,9 Pré-obésité
De 30,0 à 34,9 Obésité classe I
De 35,0 à 39,9 Obésité classe II
Supérieur à 40 Obésité classe III

Chez l’adulte

IMC Statut nutritionnel (adulte)
Inférieur à 18,5 Maigreur
De 18,5 à 24,9 Poids normal
De 25,0 à 29,9 Pré-obésité
De 30,0 à 34,9 Obésité classe I
De 35,0 à 39,9 Obésité classe II
Supérieur à 40 Obésité classe III

Chez les enfants

Chez l’enfant, l’interprétation passe par les courbes de corpulence du carnet de santé, ajustées à l’âge et au sexe. Ces courbes restent hors du champ de cette page, centrée sur la personne âgée.

 

Pourquoi les seuils changent après 70 ans #

Vu du dossier médical, un IMC de 22 semble confortable. Vu du fauteuil, à 85 ans, ce même 22 raconte une autre histoire.

Le corps se remanie au fil des années. Le muscle fond, la graisse migre vers l’abdomen, l’eau corporelle diminue. À poids identique, la composition du corps d’une femme de 85 ans diffère profondément de celle qu’elle avait à 45 ans. Les seuils gériatriques traduisent ce remaniement du vieillissement : la zone de dénutrition remonte à 21, quand l’adulte jeune reste à 18,5.

Les travaux épidémiologiques suggèrent en outre une inversion du risque après 75 ans. Un IMC bas pèse alors davantage sur la mortalité et sur la perte d’autonomie au quotidien qu’un léger surpoids. La réserve nutritionnelle sert d’amortisseur lors d’une infection, d’une chirurgie ou d’une hospitalisation prolongée.

Les angles morts de l’IMC #

L’IMC pèse un corps entier. Il reste muet sur ce qui compose ce poids.

Une personne peut afficher un IMC à 27 et manquer cruellement de muscle. Cette obésité sarcopénique associe un excès de masse grasse à une fonte musculaire installée. Le chiffre rassure, la force de préhension inquiète. Le questionnaire SARC-F complète le calcul en cinq questions et rétablit l’équilibre du regard.

Trois situations faussent la mesure :

  • Les œdèmes et l’ascite alourdissent la balance sans nourrir la personne.
  • La taille estimée par la hauteur de genou introduit une marge de quelques centimètres, amplifiée au carré dans la formule.
  • Un amaigrissement rapide chez une personne obèse signale une dénutrition, y compris avec un IMC à 32.

Derrière le chiffre, une personne #

Le calcul prend dix secondes. La conversation qui suit demande davantage.

Annoncer un IMC à 18 touche à l’intime : le corps, l’appétit, le plaisir de manger, parfois le deuil d’un conjoint qui cuisinait. Beaucoup de personnes âgées ont maigri sans s’en apercevoir, ou s’en sont aperçues en silence. Le regard porté sur les corps qui vieillissent les a souvent blessées, dans un sens comme dans l’autre.

Cette appréhension juste avant de monter sur la balance porte un nom : la peur du verdict. L’accueillir avant de commenter le résultat change la tonalité de toute la consultation.

Quelques repères de posture :

  • Interroger la trajectoire du poids avant de citer le chiffre : « Votre pantalon vous va-t-il comme l’an dernier ? »
  • Nommer ce qui a changé dans la vie autant que dans le corps : un deuil, un déménagement, des dents douloureuses.
  • Restituer le résultat avec la personne, plutôt qu’à son sujet, y compris quand la mémoire vacille.

Un IMC anormal, et ensuite ? #

Le chiffre ouvre une porte. Le travail commence de l’autre côté.

Sous 21, la démarche diagnostique de la dénutrition prend le relais : perte de poids sur un mois et sur six mois, albuminémie, réduction de la masse musculaire. Les critères de la HAS combinent ces éléments, l’IMC seul restant insuffisant 4).

Au-dessus de 30, la question porte sur la fonction. Cette personne monte-t-elle ses escaliers ? Se relève-t-elle seule d’un fauteuil ? Une évaluation gériatrique globale replace le poids dans un ensemble : autonomie, marche, cognition, humeur, environnement. La grille SEGA en donne une lecture rapide au lit de la personne, et le score G8 remplit le même office en oncogériatrie.

Dans les deux cas, deux gestes précèdent toute prescription. Peser à intervalle régulier, avec la même balance. Surveiller les apports en eau de la journée, souvent oubliés quand la sensation de soif s’émousse. L’assiette suit, avec des repères alimentaires tenables sur la durée.

 

Questions fréquentes #

Quel est l’IMC normal pour une personne âgée de plus de 70 ans ?

La zone de confort se situe entre 21 et 24,9, contre 18,5 à 24,9 chez l’adulte jeune. Ce décalage tient à la fonte musculaire et au rôle protecteur d’une réserve nutritionnelle après 70 ans. Les guides nutrition du site détaillent ces seuils et leur usage au quotidien.

Comment calculer l’IMC d’une personne alitée ?

La hauteur de genou remplace la taille debout, avec une équation distincte pour les femmes et pour les hommes. Un mètre ruban, l’âge de la personne et une jambe fléchie à 90° suffisent. Les deux formules figurent plus haut sur cette page, prêtes à l’emploi.

Un IMC élevé protège-t-il après 80 ans ?

Les travaux épidémiologiques suggèrent qu’un léger surpoids s’accompagne d’une mortalité plus basse chez la personne très âgée. Cette réserve aide à traverser une infection ou une hospitalisation. La prudence reste de mise : la force musculaire en dit davantage que le seul chiffre.

L’IMC suffit-il à diagnostiquer une dénutrition ?

Le diagnostic associe un critère phénotypique et un critère étiologique. L’IMC en fait partie, aux côtés de la perte de poids récente et de la baisse de masse musculaire. Le guide dénutrition du site déroule la démarche complète, signe par signe.

Qu’est-ce que l’obésité sarcopénique ?

Un excès de masse grasse associé à une fonte du muscle, chez une personne dont l’IMC semble pourtant rassurant. Le questionnaire SARC-F la dépiste en cinq questions rapides. La rubrique nutrition du site propose cet outil en accès libre.

 

À retenir #

Ce 22 à 85 ans ouvrait cette page. La réponse tient dans une courbe : le chiffre prend son sens comparé au précédent.

Le calcul situe. La mesure répétée alerte. La conversation soigne.

À la prochaine consultation, inscrivez le poids et la date, puis retrouvez celui d’il y a six mois. Cet écart orientera davantage que n’importe quel seuil pris isolément.

 

Autres tests de la rubrique #

 

Références #


1) OMS, Body mass index - BMI. Lien
2), 4) HAS. Diagnostic de la dénutrition de l’enfant et de l’adulte, 2019. Lien
3)Chumlea WC, Roche AF, Steinbaugh ML. Estimating stature from knee height for persons 60 to 90 years of age.J Am Geriatr Soc. 1985 Feb;33(2):116-20. doi: 10.1111/j.1532-5415.1985.tb02276.x.
[PMID: 3968366] [DOI: 10.1111/j.1532-5415.1985.tb02276.x] [ScienceDirect]
 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre de comités pédagogiques de diplômes universitaires à Sorbonne Université. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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