Interventions non médicamenteuses à domicilequatre approches à essayer avec votre proche #

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« Préviens papa que j'ai rangé le vélo dans le garage ».

Solange a passé les soixante-cinq ans. Sa mère, Henriette, vit avec une maladie de la mémoire.

Ce matin-là, Solange venait à la réunion sur le projet de vie de sa mère, dans l'établissement où celle-ci habite désormais. J'avais l'habitude d'accueillir les familles avec un café.

Celui de Solange a refroidi sur la table. Elle pleurait avant de s'asseoir.

Henriette venait de lui demander de prévenir son père. C'était un souvenir de ses six ans, elle le vivait à nouveau. Solange a sorti son téléphone et fait un selfie avec elle, pour lui montrer comme elles se ressemblent, mère et fille. Henriette s'est fâchée : « C'est pas moi, je suis pas vieille. »

Je suis resté une bonne demi-heure avec Solange.

Son histoire m'est revenue en préparant une rencontre avec des aidants : que peut la maison, sans médicament ?

 
 

Vous avez peut-être, comme Solange, tendu une photo, une date, un prénom, et reçu en retour une colère ou un vide. Ce chagrin-là, celui de ne plus être reconnu par quelqu'un qui est encore là, mesure combien la relation tient encore. C'est déstabilisant. À la fin de cette page, vous saurez choisir une intervention, l'installer chez vous et juger si elle aide votre proche.

 

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Une intervention non médicamenteuse, c'est quoi au juste ? #

Le mot fait sérieux. Et c'est facile à comprendre. Ce sont des interventions, des activités, qui visent à améliorer la qualité de vie. Elles travaillent le langage, le raisonnement, l'organisation, les sens (ouïe, odorat, toucher), les gestes et les déplacements. Elles occupent aussi les mains et la tête : cuisine, pliage, jardin. Une définition large, qui laisse de la place aux gestes simples.

En septembre 2024, la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) a publié de nouvelles recommandations. Elles portent sur les symptômes psychologiques et comportementaux des maladies de la mémoire, la maladie d'Alzheimer en premier lieu. Autrement dit l'agitation, les cris, l'indifférence, les nuits sans sommeil. Elles précisent que ces interventions sont recommandées avant les médicaments.

Trois interventions sortent du lot avec des études solides derrière elles. La musicothérapie, l'activité physique adaptée, et la formation des aidants. La thérapie par la réminiscence, celle des souvenirs, obtient un niveau de preuve moyen : des études existent, moins nombreuses ou moins solides. L'art-thérapie, la thérapie assistée par l'animal, les activités occupationnelles : un niveau faible, ce qui n'enlève rien à leur intérêt en pratique.

Leur intérêt majeur est qu'elles sont accessibles à la maison. Chez vous, ou dans la chambre de votre proche pendant vos visites. Certaines demandent un professionnel formé, comme la musicothérapie au sens strict ou l'atelier d'activité physique adaptée. D'autres tiennent dans un geste du quotidien.

Le point commun aux approches que nous présentons : elles partent de votre proche, de son vécu. Son histoire de vie, ses préférences, ses habiletés.

Quatre interventions non médicamenteuses à portée de main #

1. Les photos et objets anciens : la réminiscence, sans forcer le calendrier #

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Revenons à Solange. Henriette avait six ans ce matin-là, un vélo dans un garage, un père à prévenir. Seulement, sur le selfie elle voyait deux femmes, l'une passé la soixantaine, l'autre passé les quatre-vingts. Le pont était trop long. Pour sentir ce vertige temporel de l'intérieur, le film The Father le montre scène par scène.

Pendant cette demi-heure, avec Solange, nous avons cherché un album. Des photos d'avant, la maison de l'enfance, l'école, le vélo peut-être. Sans chercher à avancer dans le temps et tenter de la faire revenir à aujourd'hui. Parler, évoquer la vie, laisser venir. Et peut-être, un jour, au détour d'une page, se rappeler qu'elle a eu une fille. Solange.

Cette approche porte un nom : la thérapie par la réminiscence. Elle utilise photos, musique et objets familiers pour réveiller la mémoire ancienne, celle qui résiste le plus longtemps. Les études montrent qu'elle fait reculer les symptômes dépressifs (niveau de preuve moyen) et améliore la qualité de vie, aux stades léger et modéré.

Une mise en garde toutefois : la mise en œuvre est parfois délicate, avec des « effets parfois paradoxaux ». Un souvenir peut faire pleurer. Une photo peut rouvrir une blessure ancienne. D'où le conseil de bien connaître l'histoire de vie avant de préparer l'album. Vous, la famille, êtes les personnes les mieux placées pour cela.

Les objets anciens ouvrent une porte, plus large encore quand les mots se raréfient. Un moulin à café qui grince, un fer à repasser en fonte, le dé à coudre ou la truelle du métier que la main reconnaît avant la tête. L'odeur du café moulu, le poids de la fonte, le grain du bois passent par les sens, et la mémoire des sens résiste longtemps.

Appelez cela la « valise à souvenirs » : une boîte remplie d'objets de sa vie, que vous ouvrez avec lui. Je l'observe à chaque visite : l'objet que la main tient déclenche le récit là où la photo laissait muet.

Concrètement : Sélectionnez une dizaine de photos, choisies dans la période où votre proche semble vivre. Glissez dans une boîte deux ou trois objets de cette époque, à toucher et à sentir. Aucune question du type « tu te souviens ? », qui met en échec. Plutôt : « Tu as vu cette maison ? » « Regarde, j'ai trouvé ça. » « Je me souviens encore du bruit que ça faisait ! » Puis laissez l'échange se faire. Ouvrez la porte, rien de plus. Laissez-lui la place, donnez-lui le temps de découvrir ce que vous lui présentez. Si l'émotion déborde, prenez un temps pour la valider (la nommer) puis proposez de passer à autre chose en douceur. Un thé par exemple.

2. La musique : le disque de la mémoire #

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Cette scène, racontée dans notre guide sur la musicothérapie, est éloquente. Une mère silencieuse depuis des mois. Même pendant le repas, la toilette, les visites. Elle reste sans un mot. Un après-midi, sa fille pose un vieux disque des années soixante. Sa mère se met à fredonner. Quelques paroles, puis un sourire esquissé. Le premier en deux ans.

Cette scène pèse plus qu'une anecdote. Les études montrent un effet positif de la musique sur l'agitation, même s'il reste modéré. Les interventions actives, chanter ou jouer, et passives, écouter, produisent des effets presque identiques. D'autres études retrouvent un bénéfice sur les comportements difficiles et sur l'anxiété. Le niveau de preuve est parmi les plus hauts des interventions non médicamenteuses, à égalité avec l'activité physique et votre propre formation. De façon plus modérée, la musique agit aussi sur la **dépression** et les comportements d'indifférence tels que l'apathie, du stade débutant aux stades avancés des maladies de la mémoire. Surtout si les chansons sont déjà connues. Car elles ont tendance à rendre à la personne un peu de qui elle est. « C'est pas moi, je suis pas vieille », disait Henriette. La musique de ses dix ans lui répondrait peut-être autrement.

Concrètement : À la maison, la recette tient en trois lignes. Une pièce au calme. Un casque ou des écouteurs si le bruit ambiant gêne. Une liste de morceaux que votre proche aimait, choisis ensemble. Insistez sur les répertoires connus et appréciés, et sans obligation de chanter. Si votre proche est agité, commencez par des morceaux apaisants en début et en fin de séance, plus rythmés au milieu. Rappelez-vous que le moment compte aussi : une musique douce avant le coucher aide certaines familles à traverser l'agitation du soir, celle du syndrome crépusculaire.

3. Bouger : la promenade qui tient la journée #

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Robert se levait chaque matin en cherchant ses repères. Il posait dix fois la même question dans l'heure, sur le programme de la journée. Pour limiter cette anxiété, sa famille s'est organisée autour de trois rendez-vous ritualisés : le lever, le café, la promenade. Trois semaines plus tard, les questions se sont espacées. La routine a rendu un fil au matin, et la marche en est devenue le pivot.

L'activité physique adaptée partage avec la musique le plus haut niveau de preuve scientifique. Moins d'agitation, moins de démotivation et d'indifférence, un meilleur état de santé global. Chaque type d'exercice a ses spécificités : la marche agit davantage sur l'humeur ; le renforcement musculaire, sur les fonctions exécutives, celles qui organisent et décident. La marche est l'intervention la plus simple et la plus utilisée chez les personnes les plus âgées.

Et c'est bénéfique au sommeil. Un programme qui combine trente minutes de marche par jour et la lumière du dehors diminue les réveils nocturnes. Le temps passé éveillé la nuit recule. Les aidants y gagnent aussi : les études relèvent une meilleure qualité de vie et un meilleur ressenti après les séances. Deux bénéficiaires pour une promenade.

Concrètement : La promenade quotidienne vous appartient. Même trajet, même heure, même banc au bout : la régularité rassure une mémoire qui vacille. Trente minutes suffisent, à l'heure où la lumière du jour est franche, le bras de votre proche sous le vôtre si l'équilibre hésite. Donnez un but à la promenade pour l'aider à sortir : la boulangerie, le banc, un voisin à saluer. Préservez la santé de votre proche et la vôtre. Un avis médical est prudent avant de commencer, surtout si le cœur, les articulations ou l'équilibre posent question. Et l'atelier d'activité physique adaptée proprement dit, en groupe ou à domicile, relève plutôt d'un professionnel certifié : un enseignant en activité physique adaptée (EAPA) ou un kinésithérapeute.

Et aussi : le jardin et l'animal #

Deux autres approches tiennent dans une vie de famille. Elles sont moins étudiées que la musique ou la marche. Pourtant, elles ont pour elles la maison.

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Le jardin. Madame B. a tenu un potager pendant quarante ans. Depuis que la maladie s'est installée, elle passe ses après-midi au fauteuil, les mains sur les genoux. Son fils a posé trois jardinières sur le balcon : des fraisiers, du persil, un plant de tomates. Chaque matin, l'aide de vie lui propose l'arrosoir. Le soir, elle parle du jardin.

Le jardinage a un nom savant, l'hortithérapie, et une place dans les recommandations 2024. Elle combine plusieurs leviers et présente un grand intérêt face à l'agitation. Les études montrent une amélioration sur l'humeur, les gestes du quotidien et la qualité de vie. Avec une réserve nette : les études comptent peu de participants et sont de qualité inégale. Les effets apparaissent à partir de deux séances par semaine, et dehors plutôt que dedans. Un balcon suffit, un rebord de fenêtre aussi.

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L'animal. Madame R. appelait les soignants de l'établissement sans relâche, des visions l'effrayaient. Le matin, la toilette tournait mal. Elle avait eu des chiens, à plusieurs périodes de sa vie. Un chien est venu avec son maître dans le cadre d'une intervention de thérapie assistée par l'animal. Elle a pu lui donner des friandises de sa main valide, puis de l'autre, la main abîmée. « Il lèche ma main gauche. Je pense qu'il m'aime. » Les jours suivants, les appels ont été moins nombreux. Madame R. avait moins de peur. La photo d'elle avec le chien, posée dans la salle de bain, a rendu la toilette plus facile.

La médiation animale, ou thérapie assistée par l'animal, a un niveau de preuve modeste, suffisant pour retenir un effet sur la dépression aux stades modéré à sévère. Le débat reste ouvert entre chercheurs. Dans les études disponibles, l'animal fait reculer les symptômes dépressifs et améliore les résultats à certains tests. J'observe aussi, sans étude pour le mesurer, que l'animal adoucit les gestes de tout l'entourage, professionnels compris.

Concrètement : Pour commencer, l'animal de la maison suffit : le chien, le chat du voisin, les poules d'un ami. La médiation animale au sens strict, elle, s'appuie sur un professionnel formé et un animal choisi et dressé. Pensez à vérifier les allergies, respectez une peur ancienne des animaux, et restez à côté pendant tout le temps du contact. Une visite courte, régulière, à heure fixe, vaut mieux qu'un long après-midi.

4. Votre formation, l'intervention la moins attendue #

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C'est, de loin, la moins attendue des quatre. L'une des trois interventions au niveau de preuve le plus élevé, avec la musique et l'activité physique, s'adresse à vous, l'aidant. Vous former fait au moins aussi bien que les médicaments. Renforcer votre compréhension empathique de la maladie et de ses symptômes me paraît l'axe majeur de cette formation.

Dans les études, les interventions menées à domicile par les familles réduisent les troubles du comportement, avec un effet au moins égal à celui des médicaments. Elles apaisent aussi la réaction des proches face à ces troubles. Les programmes qui fonctionnent ressemblent à ceci : neuf à douze séances à la maison, adaptées à la personne et à son aidant. Étalées sur trois à six mois.

Cette formation tient en quatre choses, d'après les recommandations. Comprendre les troubles. Apprendre des attitudes de communication, celles qui rejoignent la personne quand bien faire ne suffit plus. S'entraîner à résoudre les problèmes en repérant ce qui déclenche un comportement. Proposer des activités selon les goûts et les habiletés de la personne. Un atelier plutôt qu'un cours magistral. Solange, pendant sa demi-heure, a fait exactement cela : comprendre l'âge où vivait sa mère, ranger le selfie, chercher l'album.

Ces sessions, aussi appelées psychoéducation, se trouvent auprès des gériatres, des psychologues et des associations de familles. Les experts conseillent le format de groupe quand il est possible, pour le lien social. En attendant, découvrez six techniques non verbales qui ouvrent le chemin.

Concrètement : Demandez à votre médecin traitant ou à votre gériatre qui forme les aidants près de chez vous. Les associations de familles proposent des sessions gratuites en petit groupe ; les plateformes d'accompagnement et de répit aussi. Comptez une dizaine de rencontres, étalées sur quelques mois, et venez avec votre cahier : une situation précise à travailler vaut mieux qu'une question générale. Entre deux séances, une seule consigne : observez ce qui se passe juste avant le comportement qui vous déroute, et notez-le.

Comment organiser ces interventions chez vous #

Ici, quatre verbes suffisent : prévoir, diversifier, s'adapter, ritualiser.

Prévoir : un objectif, un cahier #

Une intervention s'adresse à un trouble précis.Les cris du soir. Le fauteuil du matin, le regard vide. Les nuits hachées. Nommer ce que vous visez évite d'empiler les activités sans savoir ce qu'elles changent.

Notre conseil : à domicile, notez dans un cahier de liaison l'évolution des problèmes, et discutez-en avec votre médecin généraliste ou gériatre. Un simple cahier suffit : la date, ce que vous avez fait, les réactions de votre proche, et comment vous vous sentez.

Le rythme conseillé : au moins une séance par semaine, deux si possible, par intervention. De trente à soixante minutes, en comptant l'installation et le temps de parler après. Puis un bilan à six semaines où vous évaluez si vous continuez, modifiez ou arrêtez une intervention particulière. Les arrêts s'entendent sur une période, plus rarement pour de bon.

Diversifier : plusieurs cordes #

Une intervention seule couvre rarement tout. Les recommandations reviennent sur ce point à chaque symptôme : associer plusieurs méthodes, sensorielles, comportementales ou relationnelles, et les adapter à vous et votre proche.

Notre conseil : combinez deux approches au plus, et gardez la même paire pendant les six semaines du premier bilan. Un seul changement à la fois : vous saurez ainsi ce qui a aidé, et ce qui reste à changer. Après le bilan, changez de paire si besoin ou gardez ce qui plaît le plus, variez le décor et gardez le cadre : un autre disque, la même heure. Une chanson pendant la promenade ?

Les activités du quotidien, pliage, dressage de la table, cuisine, comptent parmi les interventions personnalisées décrites dans le référentiel de la SFGG, les recommandations citées plus haut. Les objets de la maison, une odeur, un tissu, ouvrent d'autres portes que les mots.

S'adapter au moment, et à la personne #

Cherchez l'adhésion à l'intervention, quel que soit le stade de la maladie. Décryptez les mots de votre proche ou son langage corporel. Un visage qui se ferme, une main qui repousse le casque : la réponse est claire. Ce refus a ses raisons, et il se respecte. Le stade de la maladie change la donne aussi. L'album et la marche conviennent surtout aux stades léger et modéré ; la musique accompagne jusqu'aux stades avancés.

Sentez le moment. Le matin où votre proche est ailleurs, l'intervention attend. Arrêter doucement quand rien ne se produit est le meilleur choix. Et chercher autre chose.

Intégrez l'environnement. Une pièce calme, une lumière douce, peu de stimulations à la fois. Huit aménagements apaisent une pièce avant même la première séance.

Notre conseil : repérez l'heure où votre proche est le plus présent, souvent en fin de matinée, et réservez-la aux séances. Avant de commencer, regardez trois choses : le regard, les mains, la posture. Deux sur trois qui disent oui, vous y allez ; deux qui disent non, vous reportez sans commentaire, et vous notez l'heure dans le cahier.

Ritualiser, un peu #

Ritualiser, c'est donner à chaque séance un début et une fin que votre proche reconnaît et peut anticiper. Les mêmes à chaque fois : le même jour de la semaine, la même heure, le même geste d'ouverture.

Le rituel de début tient en une phrase, la même à chaque séance. Vous dites le jour, la saison, l'endroit où vous êtes, et ce que vous allez faire ensemble. « Nous sommes mercredi, c'est l'automne, nous sommes dans ta chambre, et j'ai apporté l'album. »

Le rituel de fin ferme le moment de la même façon. Vous demandez à votre proche comment il a trouvé ce temps passé ensemble, puis vous annoncez la prochaine fois. Et vous respirez lentement, tous les deux, quelques secondes.

Le référentiel conseille ce cadre pour deux raisons. Rappeler le jour et le lieu aide votre proche à se situer, et une fin annoncée prolonge l'apaisement au-delà de la séance. Chez vous, cela devient le disque du dimanche après le café, l'album du mercredi. Le rituel rassure celui qui écoute, et celui qui organise.

Une odeur peut faire partie du rituel du soir : une goutte de lavande sur l'oreiller, un diffuseur quelques minutes dans la chambre. Le risque est faible, hors allergie, et le coût presque nul. L'aromathérapie apporte un bénéfice sur l'anxiété, même modeste dans les maladies de la mémoire. Une ambiance olfactive, donc, à côté des approches qui ont fait leurs preuves.

Intervention Ce qu'elle vise d'abord Stade Rythme conseillé Chez vous
Musique Agitation, anxiété, dépression, apathie Léger à sévère 1 à 2 fois par semaine, 30 à 60 min, sur 5 à 6 semaines Liste de morceaux connus, pièce calme, casque si besoin
Photos et souvenirs (réminiscence) Dépression, qualité de vie Léger à modéré 1 à 2 fois par semaine, 30 à 60 min, sur 5 à 6 semaines Album choisi dans sa période, sans question-test
Marche et activité physique adaptée Agitation, apathie, autonomie, sommeil Léger à modéré Promenade quotidienne de 30 min ; atelier hebdomadaire de 45 à 60 min, sur 3 à 12 semaines Promenade quotidienne ; atelier avec un professionnel certifié, après avis médical
Formation de l'aidant Troubles du comportement, épuisement de l'aidant Tous stades 9 à 12 séances sur 3 à 6 mois Sessions de psychoéducation, si possible en groupe
Jardin et jardinières Humeur, gestes du quotidien, qualité de vie Selon les gestes encore possibles 2 fois par semaine ou plus, dehors si possible Trois jardinières, un arrosoir, un rendez-vous fixe
Animal Dépression, résultats aux tests de mémoire Modéré à sévère Visites courtes et régulières L'animal de la maison ou du voisin ; allergies et peurs vérifiées, présence continue

Et vous, dans tout cela ? #

Solange pleurait avant le café.

Le référentiel consacre une page entière aux aidants, et sa première recommandation vous concerne : évaluer l'épuisement avec un questionnaire validé, l'échelle de Zarit. Demandez à votre médecin ou au gériatre de vous expliquer le score obtenu. Il accueillera votre émotion, avant de vous questionner. Se former allège cet épuisement : en septembre 2026, une analyse de douze études a retrouvé un score plus bas sur cette échelle chez les aidants formés. Le bénéfice est réel, de taille modérée.

Une intervention non médicamenteuse réussie a deux bénéficiaires. Si elle vous épuise, changez-en : prévenir votre propre épuisement fait partie du programme. Et si vous êtes déjà à bout, les gestes d'urgence de l'aidant qui craque passent avant l'album. Le cahier a une colonne pour vous.

 

Questions fréquentes #

Les interventions non médicamenteuses remplacent-elles les médicaments dans la maladie d'Alzheimer ?

Les recommandations françaises et internationales les placent en première intention face aux troubles du comportement dans ce type de maladie, avant les médicaments. Elles s'ajoutent au suivi médical, sans le remplacer : le médecin reste le référent du parcours, et certains symptômes appellent un traitement médicamenteux. Nos guides sur les gestes du quotidien détaillent, symptôme par symptôme, ce qui aide.

Quelle intervention non médicamenteuse choisir en premier à domicile ?

Celle qui rejoint l'histoire de votre proche : la musique de sa jeunesse, ses photos, la marche qu'il aimait. La musique, l'activité physique et votre propre formation ont le niveau de preuve le plus élevé ; se former fait au moins aussi bien que les médicaments. Commencez par une seule, une à deux fois par semaine, et notez ce qui change.

Combien de temps avant de voir un effet ?

Nous conseillons un bilan après six semaines, à raison d'une ou deux séances hebdomadaires de trente à soixante minutes chacune. Certains effets apparaissent plus tôt : dans une étude, quatre séances de musicothérapie suffisaient à améliorer les résultats à des tests de mémoire et d'orientation. La régularité pèse plus que la durée d'une séance.

Que faire si mon proche refuse ou se met en colère pendant l'activité ?

Son refus est une réponse, à respecter quel que soit le stade de la maladie. Rangez doucement l'album ou le casque, revenez à un geste apaisant et réessayez un autre jour, à un autre moment. Un souvenir peut aussi réveiller une douleur ancienne : c'est le sens des « effets paradoxaux » que nous décrivons dans notre guide, et la raison de connaître l'histoire de vie avant d'ouvrir l'album. Notre guide sur le refus de soins explore ces situations.

Ai-je besoin d'une formation pour pratiquer ces interventions chez moi ?

La musicothérapie au sens strict et l'atelier d'activité physique adaptée s'appuient sur des professionnels formés. Un disque ou un album restent à votre portée sans diplôme, et se former à comprendre les troubles change davantage les choses que n'importe quelle activité isolée. Les associations de familles et les psychologues proposent ces sessions, souvent en groupe.

 

À retenir #

Solange est repartie sans son café, avec une idée. Un album, quelques photos de la maison d'enfance, aucune question piège, et le temps de laisser sa mère raconter. Henriette la voit peut-être aujourd'hui comme une inconnue. Elle voit aussi une femme qui s'assoit près d'elle et qui écoute l'histoire du vélo.

Une demi-heure, un café froid, un album : tout ce que Solange a fait ce matin-là, vous pouvez le faire sans diplôme.

Ce week-end, sortez une boîte de photos. Choisissez-en dix, de l'époque où votre proche semble vivre. Posez-les sur la table, à côté d'un café, et dites simplement : « Raconte-moi. » Puis attendez, sans rien ajouter. Le vélo reviendra peut-être.

Références #

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