Test des 5 mots« Maman a eu 7/10, qu'est-ce que ça signifie ? » #

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5 15018

Dorinne a ouvert le courriel dans la cuisine. Debout. Sans avoir enlevé son manteau. Le compte-rendu du gériatre commençait par la phrase sobre qu'il avait prononcé en consultation : « Le test des 5 mots de Dubois est à 7/10 ce qui est évocateur d'un trouble mnésique. » Sa mère, Mme V, 76 ans, venait de passer un bilan mémoire.

Dorinne a tapé « 5 mots Dubois 7 sur 10 » sur son téléphone. Les premiers résultats l'ont inquiétée. « Syndrome hippocampique probable. » « Forte suspicion de maladie d'Alzheimer. » Elle s'est assise. Elle a appelé son frère. Messagerie.

Ce soir-là, Dorinne n'a pas dormi.

 

Test des 5 mots : maman a eu 7/10, qu'est-ce que ça signifie ?

 

Si vous venez de vivre la scène de Dorinne — un score dans un compte-rendu, quelques mots techniques que vous n'avez pas vraiment compris, et une boule au ventre en rentrant chez vous — cette réaction est normale. Vous n'avez pas surréagi. Vous avez réagi comme quelqu'un qui aime son parent et qui redoute la suite. Ce guide va vous aider à comprendre ce que ce chiffre signifie vraiment — et surtout, ce qu'il ne dit pas.

 

« Docteur, maman a passé un test de mémoire… » #

Vous rentrez d'une consultation mémoire. Votre proche a passé un test rapide — 5 mots à retenir, 10 minutes au total. Le médecin vous a parlé d'un score : 7/10, 8/10, peut-être 10/10. Et vous êtes inquiet. Vous vous posez mille questions. C'est tout naturel.

La vérité est simple :

Un score au test des 5 mots, pris seul, n'a pas de sens. C'est un point de départ — pas un diagnostic final.
 

Un score aux 5 mots ressemble à une analyse de sang qui reviendrait « légèrement anormale ». Le chiffre alerte, attire l'attention, invite à chercher plus loin. Il ne conclut rien à lui seul. Le gériatre a expliqué : « Ce test est très sensible pour repérer une maladie de la mémoire débutante. Cela nous oblige à chercher la cause. Cela ne nous dit pas encore laquelle, ni même s'il s'agit bien d'une maladie de la mémoire. Parfois une simple dépression peut faire baisser le score. »

Ce guide explique ce que mesure vraiment le test des 5 mots, pourquoi l'indice sémantique est la clé de lecture, pourquoi un score bas n'est pas synonyme d'Alzheimer, les 10 questions essentielles à poser à votre médecin, et quand demander une consultation spécialisée en gériatrie.

Qu'est-ce que le test des 5 mots de Dubois ? #

Quand Dorinne a demandé au gériatre « C'est quoi exactement ce test que ma mère a passé ? », la réponse l'a surprise par sa simplicité.

Le test des 5 mots — développé par le Pr Bruno Dubois à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris — est un exercice de mémoire très court. Le médecin montre une liste de 5 mots écrits sur une feuille : par exemple Mimosa, Éléphant, Chemisette, Abricot, Accordéon. Il demande de les lire à voix haute et de les retenir. Il va aussi vérifier qu'un indice sémantique aide à retrouver le mot. Par exemple, il va demander de montrer l'animal, la fleur, etc. Ensuite, il cache la feuille et demande de redonner les 5 mots : c'est le rappel immédiat. Quelques minutes plus tard, après une petite tâche (calcul, dessin), il redemande les 5 mots : c'est le rappel différé. Il peut aider la personne en utilisant les indices : « Il y avait une fleur dans la liste ».

Le score final va de 0 à 10 (5 points pour le rappel immédiat + 5 points pour le rappel différé). Durée totale : 5 à 10 minutes.

Ce que le test des 5 mots fait bien #

Le test des 5 mots explore la mémoire épisodique verbale — celle qui est la première touchée par la maladie d'Alzheimer. Sa sensibilité est de 91 %, supérieure à celle du MMS (81 %) pour repérer un Alzheimer débutant. Il est rapide, bien toléré par les personnes fatiguées ou anxieuses, et peut être administré par un médecin généraliste, un gériatre, un neurologue, un psychiatre, un neuropsychologue ou un infirmier formé.

Ce que le test des 5 mots fait moins bien #

Le gériatre a été direct avec Dorinne : « Le test des 5 mots ne diagnostique pas la maladie d'Alzheimer. Il évalue uniquement la mémoire épisodique — pas l'attention, pas le jugement, pas le langage, pas le comportement. Il peut être anormal dans d'autres situations que la maladie d'Alzheimer. Et comme tous les tests cognitifs, il est influencé par la fatigue, la dépression, les médicaments, et certaines difficultés sensorielles. »

Dorinne a répondu : « Alors à quoi sert-il ? » Le gériatre a souri : « À ouvrir la porte. Pas à conclure la visite. »

Pourquoi l'indice sémantique est-il la clé du test ? #

C'est la première limite que le gériatre a expliquée à Dorinne — et c'est peut-être la plus importante.

Le test des 5 mots a une particularité qu'aucun autre test ne possède : chaque mot est associé à un indice sémantique. Mimosa est une fleur. Abricot est un fruit. Accordéon est un instrument de musique. Quand votre proche ne retrouve pas un mot, le médecin lui donne l'indice : « C'était quel fruit ? ».

Et c'est exactement ce qui se passe ensuite qui révèle l'essentiel.

Première situation : l'indice suffit. Votre proche entend « C'était quel fruit ? » et répond « Abricot ! ». Cela signifie que le souvenir est bien là — c'est juste l'accès qui est difficile. Le cerveau a enregistré l'information, simplement il tarde à la retrouver. Ce profil oriente vers un trouble de récupération, souvent lié à une dépression, à une fatigue, à un effet médicamenteux, ou à un trouble attentionnel.

Deuxième situation : l'indice ne suffit pas. Votre proche entend « C'était quel fruit ? » et reste silencieux, ou propose autre chose (ce que les médecins appellent des intrusions). Cela signifie que le souvenir n'a pas été enregistré correctement — c'est le signe d'un trouble d'encodage, caractéristique de l'atteinte de l'hippocampe, la structure du cerveau qui consolide la mémoire. Ce profil est fortement évocateur d'une maladie d'Alzheimer débutante.

Jean-Marc, 58 ans, fils de Madame F., raconte : « Maman avait eu 6/10 au test des 5 mots. Le médecin m'a expliqué qu'elle n'avait pas retrouvé 4 mots, même avec l'indice. C'est ça qui l'a alerté, pas le chiffre. Pour lui, le souvenir n'était pas stocké. L'IRM a confirmé une atrophie de l'hippocampe. Le bilan complémentaire a orienté le diagnostic vers un Alzheimer. Savoir tôt nous a permis d'anticiper — stimulations, soutien, aides, procuration, aménagement du logement. »

Le score seul ne suffit pas à conclure. Le profil des erreurs (avec ou sans indice) change tout.

Un score bas signifie-t-il forcément Alzheimer ? #

Non. Et cette deuxième limite est celle qui a le plus rassuré Dorinne.

Plusieurs causes peuvent faire chuter le score aux 5 mots sans qu'il y ait d'Alzheimer. La dépression du sujet âgé, très fréquente et souvent méconnue, provoque des troubles de concentration et un découragement devant le test. Certains médicaments — somnifères, anxiolytiques, anciens antihistaminiques, certains médicaments pour la vessie — altèrent directement la mémoire. Une carence en vitamine B12 peut mimer une maladie de la mémoire, et elle se corrige. Une hypothyroïdie débutante ralentit toutes les fonctions cognitives. Une déshydratation ou une infection urinaire, chez une personne âgée, suffit parfois à déstabiliser le test. Et une fatigue profonde, un stress de performance ou une audition défaillante influencent chaque réponse.

Le cas de Monsieur B. illustre ce piège. À 79 ans, son score aux 5 mots était de 5/10 — inquiétant. L'hypothèse initiale posée en consultation : « début de maladie d'Alzheimer ». Le gériatre appelé pour un avis complémentaire a cherché d'autres pistes. Une dépression sévère masquée depuis le décès de son épouse un an plus tôt. Deux somnifères pris chaque soir depuis trois ans. Une carence en vitamine B12 sévère. Après traitement de la dépression, arrêt progressif du somnifère et supplémentation en B12, le score est remonté à 9/10 en six mois.

Claire, 52 ans, fille de Monsieur B., témoigne : « Aux urgences, le médecin nous a dit que papa avait 'un Alzheimer avancé'. Nous étions dévastés. Heureusement, le gériatre a pris le temps de tout reprendre : ses médicaments, son humeur depuis le deuil, ses analyses de sang. Trois mois plus tard, papa chantait de nouveau devant la télé. Six mois plus tard, son test était presque normal. »

L'erreur consisterait à annoncer un « début d'Alzheimer » à partir d'un seul score bas, sans chercher les causes réversibles. Cela inquiète inutilement les familles, pose un diagnostic erroné, et laisse passer des traitements qui auraient pu changer la donne.

Le test des 5 mots peut-il passer à côté d'une maladie ? #

Oui. C'est la troisième limite, et elle est importante.

Le test des 5 mots explore uniquement la mémoire épisodique verbale. Or, certaines maladies de la mémoire attaquent d'abord d'autres fonctions cérébrales — que ce test ne mesure pas.

Dans la maladie à Corps de Lewy, ce sont les troubles du sommeil, les hallucinations visuelles et la fluctuation de l'attention qui apparaissent en premier. Le test des 5 mots peut rester longtemps normal.

Dans la dégénérescence fronto-temporale, les changements de personnalité, l'irritabilité, le jugement altéré précèdent les troubles de mémoire. Le test peut être à 10/10 pendant que la famille observe des décisions absurdes, des dépenses inhabituelles, une perte de convenances sociales. Cette maladie touche souvent des personnes plus jeunes — 55 à 65 ans.

Dans une aphasie progressive primaire, c'est le langage qui décline en premier. Le rappel libre du test des 5 mots est altéré parce que la personne ne retrouve plus les mots — pas parce qu'elle les a oubliés.

Le gériatre a résumé pour Dorinne : « Un test des 5 mots normal ne veut pas dire absence de maladie cérébrale. Si votre famille observe des changements inhabituels — comportement, jugement, sommeil, personnalité — une consultation s'impose, même avec un score de 10/10. »

Quels facteurs peuvent fausser le résultat du test ? #

Cette quatrième limite surprend beaucoup les familles.

Certains facteurs diminuent artificiellement le score aux 5 mots, indépendamment de toute maladie cérébrale. L'heure de la journée compte : un test passé en fin de journée donne souvent un score inférieur de 1 à 2 points par rapport à un test du matin. L'anxiété de performance — « je vais rater » — abaisse le résultat. Une audition défaillante fait manquer un mot à la première lecture. Des lunettes oubliées rendent la lecture hésitante. Une fièvre ou une infection urinaire, qui passe inaperçue chez une personne âgée, modifie temporairement les performances. Et un niveau d'éducation très bas peut compliquer la lecture des mots, notamment « Chemisette » ou « Accordéon », peu familiers du vocabulaire courant.

Bon réflexe : Si le score semble anormalement bas, demandez à refaire le test dans de meilleures conditions — le matin, dans un endroit calme, avec lunettes et appareil auditif, quand votre proche est reposé. Le médecin dispose d'une deuxième liste de 5 mots précisément pour ce genre de situation.

Que ne mesure pas le test des 5 mots ? #

Cinquième et dernière limite à connaître.

Le test des 5 mots explore la mémoire épisodique. Il ne teste ni le jugement, ni le comportement, ni la personnalité, ni l'humeur, ni les capacités de planification, ni la reconnaissance des visages, ni l'orientation dans l'espace. Autrement dit, il peut être parfaitement normal alors qu'une maladie de la mémoire a déjà commencé à se manifester ailleurs.

Monsieur T., 72 ans, ancien ingénieur, score 10/10 au test des 5 mots. Pourtant, sa famille observait des comportements troublants : il avait acheté trois voitures en deux mois, laissé son chauffage ouvert en partant en vacances en plein hiver, s'était mis en colère contre un ami proche pour une raison anodine. Le diagnostic posé après une évaluation complète : dégénérescence fronto-temporale, variante comportementale. Le test des 5 mots était normal parce que la maladie touchait d'abord les lobes frontaux, pas l'hippocampe.

Règle d'or : Si la famille observe des changements inhabituels — comportement, humeur, jugement, sommeil — une consultation gériatrique s'impose même si le test des 5 mots est normal. Votre observation quotidienne a plus de valeur qu'un score.

Que signifie vraiment le score de votre proche ? #

Le gériatre a pris le temps de dessiner un tableau pour Mme V et Dorinne. « Voici comment lire votre score — en gardant en tête que c'est une simplification. Chaque situation est unique. »

Score 10/10 : Mémoire épisodique normale

À savoir : Résultat rassurant. Une atteinte débutante est improbable — surtout si le rappel différé est parfait.

À demander : « Le résultat exclut-il toute maladie neurodégénérative ? » — la réponse sera nuancée selon le contexte.
Score 9/10 : Résultat limite

À savoir : Zone d'alerte douce. Justifie une surveillance, pas une inquiétude. À recontrôler dans 6 mois.

À demander : « Y a-t-il lieu de compléter par d'autres tests plus approfondis ? » et « Serait-il utile de refaire le test dans un autre contexte ? »
Score ≤ 8/10 : Trouble mnésique évocateur

À savoir : Résultat anormal qui justifie un bilan cognitif complet. Plusieurs causes possibles — Alzheimer débutant, dépression, médicaments, carences.

À demander : « Les mots non retrouvés l'étaient-ils aussi avec l'indice ? » et « Une dépression pourrait-elle expliquer ce score ? »
Score ≤ 6/10 : Syndrome hippocampique probable

À savoir : Forte probabilité d'une atteinte de type Alzheimer, surtout si l'indice sémantique ne corrige pas l'oubli. Bilan complet indispensable.

À demander : « Quels examens complémentaires recommandez-vous en priorité ? » et « Y a-t-il des causes traitables à rechercher ? »
 
Ce tableau est une simplification. Chaque personne est unique. Un score au test des 5 mots s'interprète systématiquement en tenant compte de l'âge, de l'état émotionnel (dépression, anxiété), des médicaments pris, des observations de la famille au quotidien, et des examens complémentaires (IRM, bilan sanguin, tests neuropsychologiques plus approfondis). Seul un médecin formé et informé peut interpréter correctement un test des 5 mots.
 

Quels examens au-delà du test des 5 mots ? #

Le gériatre a expliqué à Dorinne que pour diagnostiquer ou écarter une maladie d'Alzheimer, il avait besoin de bien plus qu'un score de mémoire. Voici les étapes qu'il a suivies pour Mme V.

1. L'entretien avec la personne et sa personne de confiance #

C'est l'étape que le gériatre a qualifiée comme « la plus précieuse ». Il a demandé à Mme V : « Depuis quand observez-vous des changements ? », « Quelles difficultés au quotidien ? », « Y a-t-il eu des changements d'humeur, de personnalité ? », « Comment gèrez-vous vos médicaments, vos papiers, votre courrier ? ». Dorinne et sa mère ont parlé pendant un bon quart d'heure. Elles ont réalisé qu'elles observaient des choses depuis plus d'un an sans oser les nommer.

« L'entretien a plus de valeur qu'un score », a répété le gériatre.

2. L'examen médical complet #

Le gériatre a ensuite examiné Mme V. Il cherchait des signes neurologiques (AVC silencieux, parkinsonisme), cardiaques (insuffisance cardiaque, hypotension orthostatique), thyroïdiens (hypothyroïdie), des infections chroniques, des problèmes sensoriels (audition, vue), des troubles de l'humeur (dépression, anxiété). De nombreuses affections imitent Alzheimer — leur exclusion est la première étape.

3. La revue des médicaments #

Le gériatre a passé en revue chaque ligne de prescription. Les somnifères (benzodiazépines), les anxiolytiques, certains antihistaminiques, certains médicaments pour l'estomac, certains antidouleurs provoquent ou aggravent les troubles de mémoire. Arrêter un ou deux médicaments améliore parfois le score de 2 à 3 points en quelques semaines.

4. Les tests neuropsychologiques approfondis #

Le test des 5 mots dure 10 minutes. Un bilan neuropsychologique dure 1 à 2 heures avec un neuropsychologue. Ces tests précisent ce que le score initial avait seulement suggéré.

5. L'imagerie cérébrale #

Le gériatre a prescrit une IRM cérébrale. Elle peut révéler une atrophie de l'hippocampe (évocatrice d'Alzheimer), des AVC silencieux (maladie vasculaire), une hydrocéphalie à pression normale (cause réversible), ou d'autres anomalies. Une IRM normale n'exclut pas un Alzheimer débutant. Une IRM anormale oriente fortement le diagnostic.

6. Le bilan sanguin #

Certaines analyses sont indispensables. La vitamine B12 : une carence mime un Alzheimer — et se corrige. La TSH (thyroïde) : l'hypothyroïdie provoque des troubles cognitifs réversibles. La glycémie : un diabète mal contrôlé altère le cerveau. Le sodium et le calcium : leurs déséquilibres causent confusion et oublis. La NFS : une anémie entraîne une fatigue cognitive. Un dosage en vitamine D est souvent ajouté.

7. L'évaluation de l'humeur #

Le gériatre a dépisté systématiquement la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la douleur chronique. Pourquoi ? Parce qu'une dépression du sujet âgé peut mimer Alzheimer. La traiter améliore souvent le score des 5 mots — et ramène votre proche à lui-même.

8. Les biomarqueurs (cas sélectionnés) #

Dans certaines situations, le gériatre peut demander des examens plus spécialisés : dosages sanguins de biomarqueurs amyloïde et Tau (examens récents, en développement), ou ponction lombaire dans les cas complexes et en hospitalisation. Ces analyses concernent surtout les personnes jeunes (moins de 65 ans), les formes atypiques, ou les situations où le diagnostic reste douteux après le premier bilan.

 

Un diagnostic fiable nécessite au minimum un test cognitif ciblé, un examen médical complet, un bilan sanguin, une IRM cérébrale, un entretien approfondi avec la famille, et un suivi d'au moins six mois pour évaluer l'évolution. Aucun diagnostic d'Alzheimer ne se pose à partir d'un seul score.

Les 10 questions à poser au médecin après un test des 5 mots #

Mme V et Dorinne auraient aimé avoir cette liste lors de leur première consultation. La voici — les 10 questions qu'elles ont finalement posées au gériatre, et que vous pouvez poser au vôtre.

Sur le score et son interprétation #

« L'indiçage a-t-il aidé à corriger les réponses ? » C'est l'information la plus importante. Si oui, le souvenir est encodé et l'accès est freiné — orientation plutôt rassurante. Si non, l'encodage est atteint — orientation plus préoccupante.

« Le score est-il plus bas au rappel immédiat ou au rappel différé ? » Un rappel immédiat bas suggère un trouble de l'attention ou de l'enregistrement. Un rappel différé effondré après un rappel immédiat normal est classique dans les atteintes hippocampiques.

« D'autres facteurs ont-ils pu influencer ce score ? » Fatigue ? Anxiété ? Audition ? Médicaments ? Le gériatre a identifié deux facteurs qui contribuaient au score bas de Mme V.

Sur les causes possibles #

« Certains médicaments peuvent-ils altérer la mémoire ? » Insistez si la prescription comporte des somnifères, des anxiolytiques ou certains antihistaminiques. C'est souvent là que se cache une cause réversible.

« Une dépression pourrait-elle expliquer ces résultats ? » La dépression du sujet âgé est une cause fréquente de « faux Alzheimer ».

« Faut-il rechercher des carences dans une prise de sang ? » Les carences en vitamine B12, en hormone thyroïdienne, ou une anémie sont des causes réversibles fréquentes. Un bilan sanguin peut changer tout le diagnostic.

« Une IRM cérébrale est-elle indiquée ? » L'imagerie cérébrale est indispensable pour éliminer d'autres causes et rechercher des signes compatibles avec Alzheimer.

Sur la suite de la prise en charge #

« Quels examens complémentaires recommandez-vous ? » Rappelez-vous qu'un score de mémoire seul ne suffit pas. Si le médecin ne propose rien d'autre, demandez pourquoi.

« Faut-il consulter un gériatre ou une consultation mémoire spécialisée ? » Si le médecin traitant n'est pas gériatre, cette orientation est précieuse. C'est ce qui a tout changé pour Mme V.

« Quand refaire le test, et comment surveiller à la maison ? » Le test des 5 mots est renouvelable grâce à une seconde liste de mots, généralement tous les 6 à 12 mois. Entre-temps, notez les changements concrets : oublis répétés, difficultés nouvelles, changements d'humeur. Vos observations valent autant que le test.

Astuce pratique : Imprimez cette liste de questions et amenez-la à la prochaine consultation. N'hésitez pas à la ressortir — comprendre est un droit, pas une intrusion.

Quand un score de mémoire peut-il changer une vie ? #

Avant de conclure, il est important de parler de cette situation — plus grave — qu'Isabelle, 55 ans, a vécue avec son père.

Isabelle raconte : « Papa a fait une pneumonie sévère. À l'hôpital, un interne lui a fait passer le test des 5 mots : 4/10. Le médecin nous a dit : « Avec ce score, nous ne pouvons plus proposer certains soins lourds. Alzheimer trop avancé. » »

« J'ai exigé un avis gériatrique. Le gériatre a découvert que papa était en plein épisode confusionnel aigu — fièvre élevée, déshydratation, antibiotique mal toléré. Dans ces conditions, aucun test cognitif n'est fiable. Il a proposé de le refaire quelques mois après la guérison. »

« Trois mois plus tard, papa a repassé le test. Résultat : 9/10. Il était chez lui. Sans notre insistance, une décision médicale lourde aurait été prise sur la base d'un score trompeur. »

Pour décisions médicales décisives pour une personne âgée — limitation de soins, entrée en EHPAD, mise sous tutelle — demandez une évaluation complète et surtout l'avis d'un gériatre.

FAQ #

Questions Fréquentes

Quelle est la différence entre le test des 5 mots et le MMS ?

Le test des 5 mots et le MMS sont complémentaires — cependant ils n'évaluent pas la même chose.

Le MMS explore l'ensemble des fonctions cognitives en 30 questions : orientation, calcul, langage, mémoire, praxies. Il dure 10 à 15 minutes. C'est un test global.

Le test des 5 mots explore uniquement la mémoire épisodique — celle qui est la première touchée par Alzheimer. Il dure 5 à 10 minutes et sa sensibilité (91 %) est supérieure à celle du MMS (81 %) pour repérer un Alzheimer débutant.

En pratique : les deux tests sont souvent associés lors d'une consultation mémoire. Le test des 5 mots est plus sensible pour dépister précocement. Le MMS donne une photographie plus large.

Comprendre le test MMS

Q : Ma mère a eu un score normal (10/10) cependant j'observe des changements, que faire ?

A : Faites confiance à votre observation. Un score normal n'exclut pas une maladie cérébrale.

Plusieurs situations expliquent un score normal malgré des troubles réels. La maladie peut toucher des fonctions que le test ne mesure pas (jugement, comportement, attention, langage). C'est le cas de la dégénérescence fronto-temporale, de la maladie à Corps de Lewy, ou d'une aphasie progressive. Votre proche peut aussi avoir « bien performé » grâce à un bon état ce jour-là.

Ce qu'il est utile de faire :

  • Noter les changements concrets (oublis, difficultés nouvelles, modifications du comportement, décisions inhabituelles)
  • Demander une consultation gériatrique spécialisée
  • Demander un bilan neuropsychologique plus complet (MoCA, GRECO)
  • Ne pas se contenter d'un « tout va bien » si quelque chose semble avoir changé

Ce que le test ne mesure pas

Q : Un score bas signifie-t-il forcément Alzheimer ?

A : Non, absolument pas. De nombreuses causes réversibles peuvent expliquer un score bas.

Les causes réversibles les plus fréquentes sont la dépression (cause majeure de « faux Alzheimer »), les médicaments (somnifères, anxiolytiques, certains antihistaminiques), les carences (vitamine B12, thyroïde), la déshydratation, les infections aiguës, et les troubles sensoriels non corrigés.

Exemple concret : Monsieur B. avait 5/10 aux urgences — diagnostic initial « Alzheimer avancé ». Après traitement de sa dépression, arrêt de ses somnifères et correction de sa carence en B12, son score est remonté à 9/10 en six mois. Ce n'était pas Alzheimer.

Ce qu'il est essentiel de faire : demander au médecin de rechercher systématiquement les causes réversibles avant de conclure à une maladie d'Alzheimer.

Les causes réversibles

Q : L'indice sémantique, à quoi sert-il exactement ?

A : L'indice sémantique est la clé de lecture du test des 5 mots.

Quand le médecin demande « C'était quel fruit ? » et que votre proche répond « Abricot ! », cela signifie que le souvenir est enregistré correctement — c'est juste l'accès qui est ralenti. Ce profil oriente vers un trouble de récupération, souvent lié à une dépression, à une fatigue ou à un effet médicamenteux.

Quand l'indice ne suffit pas à retrouver le mot, cela signifie que le souvenir n'a pas été encodé — c'est le signe d'un trouble de l'encodage, caractéristique de l'atteinte de l'hippocampe et évocateur d'une maladie d'Alzheimer.

C'est cette distinction, plus que le score total, qui guide le médecin. Demandez-lui systématiquement si l'indice a permis de retrouver les mots manquants.

L'indice sémantique

Q : Le score varie-t-il d'un jour à l'autre ?

A : Oui, le score peut varier de 1 à 3 points selon les conditions de passation.

Plusieurs facteurs expliquent cette variabilité. L'heure de la journée joue : un test passé le matin donne un meilleur résultat qu'en fin d'après-midi. L'état émotionnel compte : anxiété, stress ou tristesse abaissent le score. L'état physique aussi : fatigue, douleur, infection en cours, déshydratation altèrent les performances. Et l'environnement influence le résultat : un bureau calme et familier donne de meilleurs résultats qu'un service d'hospitalisation bruyant.

Conseil pratique : si le score semble anormalement bas, demandez à refaire le test dans de meilleures conditions — le matin, dans un endroit calme, avec lunettes et appareil auditif.

Les facteurs qui faussent le résultat

Q : Est-il possible de passer le test des 5 mots en ligne ou à la maison ?

A : Non, le test est à réaliser avec un professionnel de santé formé.

Plusieurs raisons rendent l'auto-évaluation peu fiable. Le protocole de passation est strict — présentation, contrôle de l'enregistrement, tâche intercurrente, rappel différé. L'interprétation nécessite une analyse des erreurs (avec ou sans indice) que seul un médecin, un neuropsychologue, une ergothérapeute ou une infirmière peut mener. Et un score isolé, sans contexte clinique, peut être source d'inquiétude injustifiée — ou de fausse réassurance.

Si vous êtes inquiet : consultez le médecin traitant qui pourra réaliser le test dans de bonnes conditions et vous orienter vers un gériatre ou une consultation mémoire si nécessaire.

À quoi sert le test des 5 mots

Q : Mon parent refuse de passer le test, que faire ?

A : C'est fréquent. Le refus traduit souvent une peur — peur du diagnostic, peur de « rater », peur de perdre son autonomie.

Quelques approches peuvent aider. Présenter le test comme un bilan de santé général plutôt que comme un « test de mémoire » — c'est d'ailleurs ce qu'il est, dans le cadre d'une évaluation gériatrique. Rassurer votre proche : ce test n'est pas un examen à réussir ou à rater. Proposer d'accompagner la démarche : « J'y vais avec toi. Je reste à côté. » Si le refus persiste, en parler au médecin traitant, qui pourra aborder le sujet autrement.

Important : le refus lui-même peut être un signe à prendre en compte. Certaines personnes refusent le test parce qu'elles savent, au fond, que quelque chose a changé.

Les questions à poser au médecin

Q : À partir de quel âge le test est-il pertinent ?

A : Le test des 5 mots est pertinent à partir de 60-65 ans, ou plus tôt en cas de plainte mnésique.

Il est utilisé en pratique :

  • En médecine générale, chez toute personne âgée se plaignant de sa mémoire
  • En consultation mémoire, comme test de dépistage de première intention
  • En gériatrie, dans le cadre de l'évaluation gériatrique standardisée
  • Chez les personnes plus jeunes (50-60 ans), en cas d'antécédents familiaux ou de plainte inhabituelle

Chez les personnes très jeunes (<50 ans) avec une plainte mnésique, le test peut être utilisé — cependant un bilan neuropsychologique approfondi reste souvent préférable dès le départ.

Fiche technique professionnelle

 
 

À retenir #

Mme V a rappelé quatre mois plus tard.

Elle avait passé tous les examens. L'IRM était rassurante. Le bilan sanguin avait révélé une carence en vitamine B12 profonde et une hypothyroïdie débutante que personne n'avait dépistée. Le gériatre avait aussi diagnostiqué une dépression discrète, cachée derrière un contact poli. Il avait suggéré d'arrêter un somnifère pris depuis deux ans de façon progressive. Chose faite.

Après quatre mois de traitement — antidépresseur adapté, supplémentation en B12, correction de la thyroïde, sevrage du somnifère — Mme V a repassé le test des 5 mots en présence de Dorinne. Score : 10/10 (avec 2 points gagnés grâce à l'indice). Le gériatre a dit : « La mémoire épisodique est revenue. Nous continuons la surveillance. »

Ce n'était pas Alzheimer. Pas aujourd'hui, et peut-être pas non plus demain. Sans cette évaluation complète, Mme V aurait porté l'étiquette « trouble cognitif débutant » pendant des mois — et serait passée à côté du traitement qui l'a remise debout.

 
Ce soir, si vous rentrez d'une consultation avec un score qui vous inquiète, souvenez-vous de Mme V et de Dorinne. Un chiffre ne raconte pas toute l'histoire. Votre observation quotidienne — ce que vous voyez, ce que vous ressentez, ce que vous savez de votre proche mieux que personne — est l'outil le plus précieux qui existe.

Vous avez le droit de comprendre. Vous avez le droit de poser des questions. Vous avez le droit de demander une évaluation complète.
 
Qui consulter ? Un médecin spécialisé en gériatrie (à partir de 65 ans), en neurologie ou en psychiatrie peut poser un diagnostic de maladie de la mémoire. Vous pouvez consulter en libéral, en consultation mémoire hospitalière, ou dans un centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR).

Associations d'aide : Association Emp@thies, France Alzheimer, France Parkinson, et les groupes de parole locaux (mairies, CCAS).

Références médicales et scientifiques #

Pour les professionnels de santé :

Recommandations officielles :

  • HAS (Haute Autorité de Santé)
  • SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie)
  • SF3PA (Société Francophone de Psychogériatrie et de Psychiatrie de la Personne Âgée)
  • FCM (Fédération des Centres Mémoire)

Ressources complémentaires :

Sources scientifiques :

  • Dubois B, Touchon J, Portet F, Ousset PJ, Vellas B, Michel B. ["The 5 words": a simple and sensitive test for the diagnosis of Alzheimer's disease]. Presse Med. 2002 Nov 9;31(36):1696-9.
    [PMID: 12467149] [ScienceDirect]
  • Cowppli-Bony P, Fabrigoule C, Letenneur L, Ritchie K, Alpérovitch A, Dartigues JF, Dubois B. [Validity of the five-word screening test for Alzheimer's disease in a population based study]. Rev Neurol (Paris). 2005 Dec;161(12 Pt 1):1205-12. doi: 10.1016/s0035-3787(05)85194-x.
    [PMID: 16340916] [DOI: 10.1016/s0035-3787(05)85194-x] [ScienceDirect]
  • Croisile B, Astier J, Beaumont C, Mollion H. [The five-word test in three age-groups of mild Alzheimer's disease (60, 70 and 80 year-old patients): Utility of the Total Score, Total Weighted Score, Learning Score and Memory Score]. Rev Neurol (Paris). 2010 Aug-Sep;166(8-9):711-20. doi: 10.1016/j.neurol.2010.03.008.
    [PMID: 20399477] [DOI: 10.1016/j.neurol.2010.03.008] [ScienceDirect]

 
 
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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