Échelle de Braden : score et prévention du risque d'escarres #

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Qu'est-ce que l'échelle de Braden ? #

L'échelle de Braden est l'outil d'évaluation du risque d'escarres le plus utilisé au monde 1). Développée en 1987 par Barbara Braden et Nancy Bergstrom, elle permet d'identifier objectivement les patients à risque et de mettre en place des mesures préventives adaptées.

Pourquoi évaluer le risque d'escarres ?

Les escarres (plaies de pression) représentent une complication fréquente et grave chez les personnes à mobilité réduite 2) :

  • Prévalence : 10-25% des patients hospitalisés
  • Coût : prolongation d'hospitalisation, soins complexes
  • Impact : douleur, infections, altération de la qualité de vie
  • Mortalité : facteur de surmortalité chez les personnes âgées

La bonne nouvelle : 95% des escarres sont évitables avec une prévention adaptée au niveau de risque.

 

Les 6 critères de l'échelle de Braden #

L'échelle évalue 6 facteurs de risque d'escarres, chacun noté de 1 à 4 (sauf friction : 1 à 3) :

Critère Ce qu'il évalue Score
1. Perception sensorielle Capacité à ressentir et exprimer l'inconfort lié à la pression 1 à 4
2. Humidité Degré d'exposition de la peau à l'humidité (transpiration, incontinence) 1 à 4
3. Activité Degré d'activité physique (alité, fauteuil, marche) 1 à 4
4. Mobilité Capacité à changer de position de manière autonome 1 à 4
5. Nutrition Apports alimentaires et hydratation 1 à 4
6. Friction et cisaillement Frottement de la peau lors des mobilisations 1 à 3

Score total : 6 à 23 points

⚠️ Attention : Contrairement à la plupart des échelles, un score BAS = risque ÉLEVÉ.

 

Comment interpréter le score de Braden ? #

Score Braden Niveau de risque Fréquence de réévaluation
6 - 12Risque très élevé Quotidienne
13 - 14Risque modéré Tous les 2-3 jours
15 - 16Risque léger Hebdomadaire
17 - 23Risque faible Si changement d'état
 

Quand utiliser l'échelle de Braden ? #

L'évaluation Braden est recommandée :

  • À l'admission de tout patient hospitalisé ou entrant en EHPAD
  • Après une chirurgie (immobilisation prolongée)
  • Lors d'un changement d'état (aggravation, alitement, AVC…)
  • En soins palliatifs (risque très élevé)
  • À intervalles réguliers selon le niveau de risque identifié
 

Version interactive de l'échelle de Braden #

Dynamique

Échelle de Braden

Évaluation du risque d’escarre avec le score de Braden.

v1.0 • Vérifié le 2026-01-16

Cette évaluation est destinée à estimer le risque de développement d’escarre à l’aide de 6 items. Veuillez préciser le nom et l’âge du sujet, le nom de l’examinateur et la date de passation.

Perception sensorielle
  • Absente (1)
  • Très limitée (2)
  • Légèrement limitée (3)
  • Non altérée (4)
Humidité
  • Constante (1)
  • Très humide (2)
  • Parfois humide (3)
  • Rarement humide (4)
Activité
  • Alité (1)
  • Chaise (2)
  • Marche rare (3)
  • Marche fréquente (4)
Mobilité
  • Immobile (1)
  • Très limitée (2)
  • Légèrement limitée (3)
  • Non altérée (4)
Nutrition
  • Très pauvre (1)
  • Inadéquate (2)
  • Adéquate (3)
  • Excellente (4)
Friction/cisaillements
  • Problème (1)
  • Problème potentiel (2)
  • Pas de problème (3)
 
 

Version imprimable de l'échelle de Braden #

Instructions pour la passation #

  • Durée : 5-10 minutes
  • Qui : Infirmier(e), aide-soignant(e) formé(e), médecin
  • Comment : Observation du patient + recueil d'informations auprès de l'équipe
  • Quand : À l'admission puis selon le niveau de risque

Cette page peut être imprimée directement pour utilisation clinique.

Échelle de Braden
Évaluation du risque d'escarres

Nom du patient : ______________________________

Service : ______________________________

Évaluateur : ______________________________

Date : ____ / ____ / ________

1. Perception sensorielle #

Capacité à répondre de manière adaptée à l'inconfort lié à la pression

Description Score
Complètement limitée : Aucune réaction aux stimuli douloureux (niveau de conscience diminué, sédation) OU incapacité de ressentir la douleur sur la majeure partie du corps 1
Très limitée : Réagit uniquement aux stimuli douloureux, ne peut communiquer l'inconfort que par gémissements/agitation OU déficit sensoriel limitant la sensation sur la moitié du corps 2
Légèrement limitée : Répond aux ordres verbaux mais ne peut pas toujours communiquer l'inconfort OU déficit sensoriel limitant la sensation sur 1-2 membres 3
Non altérée : Répond aux ordres verbaux, aucun déficit sensoriel limitant la capacité à ressentir ou exprimer la douleur 4

2. Humidité #

Degré d'exposition de la peau à l'humidité

Description Score
Constamment humide : Peau presque constamment humide (transpiration, urine). Humidité constatée à chaque mobilisation 1
Très humide : Peau souvent humide. Literie changée au moins 1 fois par équipe 2
Occasionnellement humide : Peau occasionnellement humide. Literie changée environ 1 fois par jour 3
Rarement humide : Peau généralement sèche. Literie changée aux intervalles habituels 4

3. Activité #

Degré d'activité physique

Description Score
Alité : Confiné au lit en permanence 1
Au fauteuil : Capacité à marcher très limitée ou inexistante. Ne peut supporter son poids, doit être aidé pour s'asseoir 2
Marche occasionnellement : Marche parfois sur de courtes distances avec ou sans aide. Passe la majorité du temps au lit ou au fauteuil 3
Marche fréquemment : Marche hors de la chambre au moins 2 fois/jour et dans la chambre au moins toutes les 2 heures 4

4. Mobilité #

Capacité à changer et contrôler la position du corps

Description Score
Complètement immobile : Ne fait aucun changement de position sans assistance 1
Très limitée : Fait de légers changements occasionnels mais ne peut pas faire de changements fréquents ou significatifs seul 2
Légèrement limitée : Fait de fréquents mais légers changements de position de manière indépendante 3
Non limitée : Fait des changements importants et fréquents de position sans assistance 4

5. Nutrition #

Apports alimentaires habituels

Description Score
Très pauvre : Ne mange jamais un repas complet. Mange rarement plus d'1/3 des aliments proposés. ≤2 portions de protéines/jour. Apports liquidiens insuffisants. À jeun ou perfusé >5 jours 1
Probablement inadéquate : Mange rarement un repas complet. Mange généralement la moitié des aliments. 3 portions de protéines/jour. Suppléments occasionnels OU nutrition entérale sous-optimale 2
Adéquate : Mange plus de la moitié des repas. 4 portions de protéines/jour. Refuse parfois un repas mais prend des suppléments OU nutrition entérale couvrant la plupart des besoins 3
Excellente : Mange la totalité des repas. ≥4 portions de protéines/jour. Prend des collations. Ne nécessite pas de supplémentation 4

6. Friction et cisaillement #

Description Score
Problème : Nécessite une assistance modérée à maximale pour se mobiliser. Glisse fréquemment dans le lit/fauteuil. Spasticité, contractures ou agitation entraînant une friction quasi constante 1
Problème potentiel : Se mobilise faiblement ou nécessite une assistance minimale. La peau frotte probablement contre les draps lors des mouvements. Glisse occasionnellement 2
Aucun problème apparent : Se mobilise de façon indépendante. Force musculaire suffisante pour se soulever complètement lors des mouvements. Maintient une bonne position en permanence 3

SCORE TOTAL

____ / 23

NIVEAU DE RISQUE

☐ Très élevé (6-12) · ☐ Modéré (13-14) · ☐ Léger (15-16) · ☐ Faible (≥17)

Actions préventives selon le score de Braden #

Score 6-12 : Risque très élevé #

Score 13-14 : Risque modéré #

Score 15-16 : Risque léger #

Score ≥17 : Risque faible #

 

Focus sur les points d'appui à surveiller #

Les escarres se développent préférentiellement sur les zones osseuses saillantes :

En décubitus dorsal (sur le dos) :

  • Occiput (arrière du crâne)
  • Omoplates
  • Coudes
  • Sacrum et coccyx (zone la plus fréquente)
  • Talons

En décubitus latéral (sur le côté) :

  • Oreilles
  • Épaules (acromion)
  • Hanches (trochanter)
  • Genoux (face interne et externe)
  • Malléoles (chevilles)

En position assise :

  • Ischions (os des fesses)
  • Sacrum
  • Omoplates
 

Questions fréquentes sur l'échelle de Braden

Quelle est la différence entre l'échelle de Braden et l'échelle de Norton ?

Les deux évaluent le risque d'escarres mais diffèrent par leurs critères. Braden (6 critères, score 6-23) inclut la friction/cisaillement et la nutrition. Norton (5 critères, score 5-20) est plus simple mais moins sensible. Braden est plus utilisée car mieux validée scientifiquement.

À quelle fréquence refaire l'évaluation Braden ?

Selon le niveau de risque : quotidienne si score ≤12 (risque très élevé), tous les 2-3 jours si 13-14 (modéré), hebdomadaire si 15-16 (léger), et à chaque changement d'état si ≥17. À l'hôpital, réévaluation systématique à chaque transfert de service.

L'échelle de Braden est-elle adaptée aux personnes âgées ?

Oui, elle est particulièrement pertinente en gériatrie où le risque d'escarres est élevé. Les personnes âgées cumulent souvent plusieurs facteurs de risque : mobilité réduite, dénutrition, incontinence, troubles cognitifs. L'évaluation Braden est recommandée en EHPAD.

Un score Braden normal garantit-il l'absence d'escarres ?

Non. Un score ≥17 indique un risque faible mais pas nul. Certains facteurs ne sont pas évalués par Braden : diabète, artérite, corticoïdes, hypotension, état de choc. La surveillance clinique reste indispensable même avec un bon score.

Qui peut réaliser l'évaluation avec l'échelle de Braden ?

Tout soignant formé : infirmier(e), aide-soignant(e) sous supervision, médecin. L'évaluation doit être réalisée de manière standardisée pour être reproductible. La formation à l'utilisation de l'échelle est recommandée.

Comment améliorer un score de Braden ?

Agir sur les critères modifiables : améliorer la nutrition (suppléments protéiques), gérer l'incontinence (changes adaptés), favoriser la mobilité (kinésithérapie), utiliser des supports adaptés (matelas anti-escarres), et prévenir la friction lors des mobilisations.

L'échelle de Braden existe-t-elle en version pédiatrique ?

Oui, la Braden Q est une version adaptée aux enfants. Elle modifie certains critères (notamment la nutrition) pour tenir compte des spécificités pédiatriques. Elle est validée pour les enfants hospitalisés.

Que faire si un seul critère est très bas (score 1) ?

Un critère isolé à 1 nécessite une action ciblée immédiate, même si le score total est correct. Par exemple : nutrition à 1 → consultation diététique urgente. Mobilité à 1 → matelas anti-escarres et repositionnements fréquents.

L'échelle de Braden est-elle obligatoire en EHPAD ?

Elle n'est pas légalement obligatoire mais fortement recommandée par la HAS dans le cadre de la prévention des escarres. Son utilisation systématique à l'entrée et lors des réévaluations fait partie des bonnes pratiques de soins.

Comment documenter l'évaluation Braden dans le dossier patient ?

Noter le score total, le niveau de risque, la date et le nom de l'évaluateur. Détailler les scores par critère si l'un d'eux est particulièrement bas. Tracer les mesures préventives mises en place et planifier la prochaine réévaluation.

 

À retenir : l'échelle de Braden, clé de la prévention #

L'échelle de Braden est l'outil de référence pour évaluer le risque d'escarres et adapter les mesures préventives :

Les 3 règles d'or :

  • Évaluer systématiquement à l'admission et régulièrement ensuite
  • Adapter les mesures au niveau de risque (plus le score est bas, plus la prévention est intensive)
  • Agir sur tous les critères modifiables (nutrition, mobilité, humidité)

Message essentiel : 95% des escarres sont évitables. L'échelle de Braden permet d'identifier les patients à risque AVANT l'apparition des lésions et de mettre en place une prévention efficace.

 

Autres échelles d'évaluation cutanée #

 

Références scientifiques #


1) Bergstrom N, Braden BJ, Laguzza A, Holman V. The Braden Scale for Predicting Pressure Sore Risk. Nurs Res. 1987;36(4):205-210. PubMed
2)Pancorbo-Hidalgo PL, Garcia-Fernandez FP, Lopez-Medina IM, Alvarez-Nieto C. Risk assessment scales for pressure ulcer prevention: a systematic review.J Adv Nurs. 2006 Apr;54(1):94-110. doi: 10.1111/j.1365-2648.2006.03794.x.
[PMID: 16553695] [DOI: 10.1111/j.1365-2648.2006.03794.x] [ScienceDirect]
À propos des auteurs

Dr Eric MAEKER
Dr Eric MAEKER
Médecin Gériatre
Médecin gériatre et psychogériatre, spécialisé en soins palliatifs gériatriques. Fondateur et président de l'association Emp@thies dédiée à l'humanisation des soins. Membre des comités pédagogiques de l'Université Sorbonne. Auteur de publications scientifiques sur l'empathie médicale, les troubles neurocognitifs et la communication thérapeutique. Directeur de plus de vingt mémoires universitaires.
Bérengère MAEKER-POQUET
Bérengère MAEKER-POQUET
Infirmière Diplômée d'État
Infirmière diplômée d'État avec plus de quinze ans d'expérience hospitalière. Co-fondatrice et secrétaire de l'association Emp@thies. Co-auteure de publications scientifiques sur l'empathie médicale, l'annonce diagnostique et les soins centrés sur la personne. Formatrice en soins relationnels et accompagnement humaniste des personnes âgées.

 

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